Thèse

Le hasard m’a fait assister à Ma thèse en 180 secondes (MT180) de la Sorbonne. 12 thésards, 4 hommes et 8 femmes, ont été sélectionnés pour expliquer en 3 minutes le sujet de leurs recherches.

Excellente idée. J’ai était impressionné par ce que la science moderne permet de faire. Voilà qui est une bonne publicité, pour elle et ses thésards. Curieusement, j’ai trouvé ces sujets bien plus intéressants que ceux dont me parle l’université de Cambridge, qui, pourtant, espère me faire financer sa recherche.

Quant aux lauréats, je pense qu’ils l’ont été pour la clarté du propos. En revanche, je soupçonne qu’on les a poussés à la recherche de la métaphore compréhensible du grand public. Parler des intérêts ou des difficultés de leur travail aurait été plus efficace. Encore un effort ?

Science et patience

AI-powered drug discovery demands investor patience
Machine intelligence is not yet a substitute for the experimentation that underpins understanding of a disease

Financial Times, 12 mai

A côté des messages triomphalistes, exploits isolés montés en épingle, il y a la réalité, qui l’est moins. (Et le FT qui semble avoir un esprit un peu plus critique que celui de sa profession.)

Les désirs du spéculateur ne sont pas des ordres pour la nature… Et l’IA n’a pas encore remplacé le scientifique. Et si le scientifique s’intéressait à l’IA ? S’il essayait de la comprendre, avec ses forces et ses limites ? Et s’il lui apportait son intelligence, et ses travaux venus d’autres disciplines ? Peut-être alors que la recherche médicale, et la recherche en général, y gagnerait ?

Paul Dirac

Qui était Paul Dirac ? Je me demandais d’où venait son nom, si français. Mais pas considéré comme français par les Anglais. Eh bien son père était suisse. Et il lui parlait français dans son enfance.

L’émission dans laquelle j’ai appris cela (In our time de BBC 4), en faisait un signe de maltraitance. Or, j’ai remarqué que, aujourd’hui, les parents bilingues tendent à parler dans leur langue d’origine à leurs enfants, et même proposent à leurs invités d’une autre nationalité de faire de même.

Que retiens-je de cette émission ?

Que la contribution de Dirac à la physique me semble beaucoup plus fondamentale que celle d’Einstein. Il a fait un pont entre la relativité et la mécanique quantique, et a construit les bases de la physique moderne. Au passage, il a découvert l’anti matière. Et il a écrit un livre sur la mécanique quantique qui est toujours une référence, et qui fait dire à ses lecteurs que jusque-là ils n’avaient rien compris au sujet !

Mais aussi que la recherche est une chasse en meute. La physique, en ces temps, était explosion de découvertes. Aujourd’hui, elle s’est noyée. On obtient, quasiment, un prix Nobel, pour avoir interrogé la ponctuation d’un article de Dirac.

Finalement, il est surprenant d’entendre que Dirac a fait trembler la physique avec une simple licence de mathématiques. Il avait accès à la fois aux dernières avancées de la physique, et à celles des mathématiques. (Il avait une formation initiale d’ingénieur, et, semble-t-il, c’est grâce à son esprit d’ingénieur, qui cherche ce qui « marche » et non ce qui est parfaitement rigoureux, qu’il a produit ses plus grandes avancées.) L’enseignement d’alors semble avoir été beaucoup plus efficace que le nôtre. Peut-être serait-il utile d’en revenir aux sources ?

Vive le praticien ?

Boris Cyrulnik se définissait comme un « praticien », pas un chercheur. 

Je me reconnais bien dans cette idée. J’ai eu à quatre occasions la possibilité de faire une thèse, à chaque fois dans des conditions honteusement exceptionnelles. J’ai toujours refusé. Et pourtant, depuis l’école primaire, on me considère comme une caricature de chercheur. 

Pour moi, la recherche se fait au contact de la vie, pas dans le confort d’un laboratoire. C’est un peu la dialectique du maître et de l’esclave, que l’on attribue à Hegel. On n’apprend qu’en se confrontant à la réalité. Le véritable chercheur est un esclave ?

Le fléau administratif

Nous réveillons-nous d’années folles ? On est au temps des bilans, et il n’y a pas grand chose qui ne soit pas préoccupant dans l’état du pays. Cette fois, c’est la recherche. Elle manque de financement, le chercheur est sous-payé, et il est assommé par le travail administratif… (article.)

Ce qu’il y a de curieux, c’est que le dirigeant de PME dit la même chose : il croule sous l’administratif. Aurions-nous connu une grand moment de développement de la bureaucratie, sous toutes ses formes ? Paradoxe d’une ère qui s’est dite libérale ?