Le pont qui tombe

Un pont s’effondre, la semaine dernière. Apparemment un camion de cinquante tonnes a voulu l’emprunter alors qu’il était interdit au plus de 19 tonnes. On s’interroge sur les causes du drame. (Le pont avait été contrôlé il y a peu de temps.)

Un expert, qui a écrit un rapport sur la vétusté de nos ponts, voit ici une confirmation de son diagnostic.

Plus curieusement, des riverains disent qu’il n’est pas rare que de gros camions empruntent le pont… Bizarre que le pont soit tombé cette fois, alors que cela n’avait pas été le cas avant ? Preuve de vétusté ?

Peut-être que l’expert aurait du joindre à son étude des ponts, celle des Français ?

(Le Monde.)

Délit d'opinion

Désormais, France Culture s’intéresse au sort de la « classe moyenne » et de « l’homme blanc ».

En effet, on dit que le « vieil homme blanc » vote pour les partis « populistes », et que la disparition de la classe moyenne produit l’instabilité politique.

France culture n’est peut-être, comme nous, que la caisse de résonance de « l’opinion publique ». Une opinion qui évolue. Comme quoi, on aurait tort d’en vouloir à quelqu’un pour ses opinions, puisqu’elles ne font que changer.

Pourquoi n'obéissons-nous pas ?

Un jeune chercheur me disait que son sujet d’étude était les raisons qui font que l’on n’obéit pas à la raison.

Il y a une partie de la question qui est relativement classique : pourquoi ne fais-je pas ce qui est évidemment bon pour moi ? Fais tes devoirs, p’tit con !

Et une autre qui ne l’est pas : pourquoi, ne suis-je pas totalement manipulable ?

Hegel a peut-être une solution. Pour lui, le mécanisme de la pensée, et de l’histoire, est la remise en cause. L’homme, manipulé ou non, commence par penser faux, mais son esprit l’amène, en une série d’étapes, et après quelques millénaires, à parvenir à la vérité.

Peut-être, aussi, que la caractéristique de la manipulation est la contradiction : poussée à l’absurde, elle ne tient pas ? Et que l’homme, c’est le propre de son cerveau, parvient à détecter ces contradictions ?

Ecouter rend intelligent

Notre gouvernement confond communiquer avec donner des leçons. « T’as pas compris, j’vais t’expliquer. »

Ce qu’on lui demande, c’est d’écouter. Or, pour bien écouter, il faut se convaincre que celui que l’on prend pour un con pourrait bien être possesseur d’une vérité que les esprits supérieurs ne suspectent même pas. Ecouter, c’est le chemin vers la sagesse.

D.Trump est-il intelligent ?

On entend dire que M.Trump n’est pas intelligent.

Il semble fonctionner ainsi : il prend une décision sur une impulsion, puis, en fonction des réactions, il change de cap. Cela transforme le monde en chaos, mais, cela n’économise-t-il pas son intellect ? Quand on n’a pas de tête, il faut avoir des jambes. Quand on a des jambes, pas besoin de tête. Et, qui sait ?, il peut trouver une faille que personne n’aurait pensé sonder. C’est, d’ailleurs, la raison qui fait qu’il est président.

N’a-t-il pas de stratégie ? Il est probable qu’il suive son instinct des affaires. Comme lorsqu’il se lance dans un projet immobilier, il doit avoir une direction, qu’il cherche à réaliser, à sa manière.

Tenir parole

« Je n’ai qu’une parole » dit la Bourse de Londres. Curieusement, à une heure où le capitalisme semble triomphant, les paroles sont de moins en moins tenues.

J’ai remarqué ce phénomène, en particulier, chez les femmes. La femme (d’un certain âge ?) a un argument pour cela, qui n’était pas connu chez les hommes : j’ai peur, cette personne a une tête qui ne me revient pas. C’est un argument qui fait qu’un service que vous lui rendez peut vous éclater à la figure.

Que faire ? Comprendre ce qui plaît. C’est un moteur fiable. Ma mère, par exemple, n’aimait pas mes cadeaux. J’ai fini par comprendre qu’elle s’attendait à ce qu’un fils, dans certaines circonstances, offre certains types de fleurs à sa mère. Pas de fantaisie, pas de sentiments.

Comprendre l’autre est difficile, mais, quand on y parvient, c’est gratifiant. Et faire cet exercice empêche le cerveau de s’ankyloser.

Sondage d'opinion

Depuis quelques décennies, nous sommes supposés avoir une opinion instantanée sur tout.

Du coup, face au doute, on s’abstient. On recherche le confort de ce que l’on croit être une opinion qui ne nous vaudra pas d’ennuis. Comme l’explique l’économiste Thomas Schelling, on ne dit pas ce que l’on pense, mais on dit ce que l’on pense qu’il faut dire, donc ce que l’on croit que les autres pensent. 
Est-ce sain ? 

L'erreur est le propre de l'homme

Nous voyons le monde au travers de la « raison ». Autre, le propre de la « raison » est l’erreur. Voilà ce que l’on constate de toutes parts. Ce pourrait même être là la raison qui fait que notre développement ne pourrait pas être durable.

En conséquence de quoi, la raison doit prendre en compte ses erreurs pour raisonner correctement !

Mais pour cela, elle doit résister à la tentation de penser que ses erreurs peuvent être répertoriées par la raison.

(Ce qui est l’objet de « l’économie comportementale ». Seulement, elle fait une erreur fondamentale : elle pense que c’est par manque de rationalité que l’homme pêche…)

Un milliard pour Notre Dame

Notre Dame fait des miracles. On devrait lui donner un milliard.

Que pourrait-on faire avec un milliard ? Réinsérer les SDF (qui n’existaient pas dans ma jeunesse) ? Remettre à niveau l’enseignement, et changer l’avenir de quelques dizaines ou centaines de milliers d’êtres humains, voire, grâce à eux, de la nation ? Investir dans le développement durable, diraient certains ?… 
Je me posais la même question en lisant un article qui constatait que quatre-vingts milliards investis dans la voiture autonome ne donnaient rien. 
De la rationalité humaine ? 

Pourquoi ne pense-t-on plus ?

Il n’y a plus de pensée. Au mieux, il y a des modes, le réchauffement climatique, le féminisme… Les intellectuels ne produisent plus d’idées. Et les mouvements de contestation, Nuit debout ou Gilets jaunes, comme les grandes douleurs ?, sont muets.

Une explication (cf. Bobos in paradise) pourrait être que la société moderne donne le pouvoir aux intellectuels. Ils sont donc riches et heureux, et n’ont plus rien à déclarer.

Je relisais aussi ce que j’avais écrit d’Hannah Arendt. Pour elle, il y a lutte entre espèce et individu. L’espèce veut faire de nous des animaux, uniquement préoccupés de leur physiologie. Elle décryptait comme cela la marche du monde…

(Au fond c’est du anti-Hegel.)