La résistance au changement est-elle le propre de la raison ?

Et si le changement dont parle ce blog, comme le rire, était le propre de l’homme ?

Le propre de l’homme, c’est la raison (au sens fonction du cerveau). Cette raison a besoin de lois, semble-t-il. Ces lois peuvent être explicites, ou implicites : « ici, on fait comme cela ». Elles sont inculquées par l’éducation. Elles sont une seconde nature. Ces lois sont artificielles. Le propre de la raison est d’être irrationnelle.

Le changement c’est la gymnastique que nous devons faire pour avancer en dépit de toutes les contraintes artificielles qui nous entravent, et nous masquent l’évidence. La première étape du changement, c’est « l’éveil ». C’est comprendre que ce que nous croyons, inconsciemment, est faux. Cela tient du miracle. Il résulte du paradoxe, de l’interrogation que crée l’écart entre ce que nous croyons et ce que nous observons. Cela crée parfois une « angoisse existentielle ». Ensuite, la caractéristique de nos lois est de découler d’un principe. Elles forment un « système ». C’est en partant de lui que l’on peut faire bouger l’édifice, immédiatement, et sans effort.

Et le rire ? L’homme découvrant que les grands montages théoriques auxquels il croit dur comme fer sont ridicules ?

(Tout cela pourrait bien être une redite des idées de Bergson…)

Pour vivre heureux, vivons maintenant ?

Marc Aurèle dit, en substance : ne nous préoccupons pas du passé et de l’avenir, nous ne sommes surs que du présent, puisqu’il n’y a que lui qui existe. Marc Aurèle était un empereur, et on dit que gouverner, c’est prévoir…

Les stoïciens, dont Marc Aurèle était élève, voulaient éliminer la souffrance de la vie. La souffrance, selon eux, n’est qu’une « vue de l’esprit ». Si l’on sait maîtriser sa raison, on ne souffre plus. (C’est aussi ce que dit le « développement personnel » moderne.)

Seulement, il y a plusieurs façons de la maîtriser. Et jouer les autruches n’est pas la meilleure, cher empereur. En particulier, si l’avenir fait peur, on peut se demander pourquoi. En général, c’est parce qu’il nous met en face d’une situation inhabituelle : nous nous sentons désarmés. (C’est le mécanisme de la dépression.) En conséquence, si l’on veut désamorcer la crainte, il faut chercher comment résoudre le problème. Impossible n’est pas humain.

Qu'est-ce que la réalité ?

Quel est notre avenir ? Voyons nous la réalité, ou l’essentiel nous est-il caché ? Comment concilier la vie telle que nous la voyons et telle que la science la représente ?… Et si l’angoisse existentielle était le simple signal du dysfonctionnement de la raison ?

Notre erreur n’est-elle pas d’utiliser la raison a priori, alors qu’elle n’est qu’un outil ?

L’homme expérimente, et, au fur et à mesure qu’il progresse, la raison interprète, modélise. La réalité se forme petit à petit ? La lumière est ?

En revanche, dès que la raison fonctionne à vide, elle délire ?

Qui a tué Edwin Drude ?

Edwin Drude est le dernier roman de Dickens. Il est inachevé. Dickens est mort en son milieu (il le publiait en feuilleton). Ce qui est malheureux parce que l’on ne saura jamais qui a commis le crime dont il parle. Si bien qu’une grande quantité de fins ont été publiées. France Culture en parlait, il y a quelques temps.

Ce serait l’histoire de deux jeunes gens qui doivent se marier. Mais un sinistre personnage est jaloux du promis, qui est Edwin Drude. Ce dernier disparaît. Qui est le coupable ? Mais l’affaire est plus compliquée qu’il n’y paraît, car il n’est pas sûr que les jeunes gens se soient vraiment aimés…

Ce qui m’a frappé est que ceux qui ont essayé de la conclure ne parlent pas du roman précédent de Dickens, le seul que j’ai lu. En effet, on y voit quelqu’un que l’on croit mort, mais qui réapparaît sous une fausse identité. Il devait se marier avec une personne, qu’il ne connaît pas. Et qui ne l’aime pas, quand elle le rencontre (elle veut épouser un riche, il est pauvre), mais qui finit par changer d’avis. D’autres personnages, de bons deviennent mauvais, mais c’est un jeu pour tromper les vrais mauvais… Dickens ou le changement ?

Morale ? Pour interpréter un fait, nous projetons nos a priori, or, ils sont issus de notre expérience, limitée par nature. Il est  probablement plus pertinent de penser que l’on ne sait rien, et de partir, non de soi, mais de ce que l’on cherche à interpréter.

(Une autre hypothèse est que Dickens, lui non plus, ne connaissait pas le dénouement de son ouvrage.   Ce serait ce qui l’aurait tué. Il serait à la fois victime et coupable. D’autant qu’il menait une vie un peu louche. Jekyll en Hyde ?)

Pourquoi l'élite est-elle haïe ?

« Elite » est devenu une insulte. Pourquoi ? Accusé, levez-vous.

« Un savant est une merde » est une formule de Proudhon qui a eu moins de succès que « la propriété, c’est le vol« .

« Pourquoi Monsieur Guizot n’a-t-il pas osé dire que les capacités intellectuelles étaient les plus corruptibles, les plus corrompues et généralement les plus lâches, les plus perfides de toutes les capacités… un savant est une merde. » (Trouvé dans Proudhon, l’enfant terrible du socialisme, d’Anne-Sophie Chambost.) 

Le débat est lancé.

  • « Elite » désigne l’intellectuel. S’il est accusé, c’est qu’il dirige le monde. Et qu’il le dirige dans son intérêt, contre celui de son prochain. 
  • En termes d’hypocrisie, il a dépassé Tartuffe. C’est un champion de la « contre-culture », un disciple des Bohèmes qu’étaient Baudelaire, Flaubert et leurs amis, alors qu’il est le plus grand profiteur du système. 
  • C’est pourquoi le mot élite a été détourné de son sens. L’élite justifie ses privilèges par sa supériorité génétique. Le peuple la lui renvoie à la figure en lui mettant le nez dans sa stupidité. C’est une satisfaction d’amour propre. Pour le reste, ce qui lui est reproché remonte à la nuit des temps.  
  • Albert Camus et Hannah Arendt l’accusent de nihilisme. C’est la graine du totalitarisme, l’arme de destruction définitive de l’humanité. L’intellectuel croit à des utopies et veut y faire entrer le monde. 
  • Platon, le saint père de la raison pure, aurait inventé l’enfer, selon Hannah Arendt. Avec Spinoza, Gramsci et beaucoup d’autres esprits d’élite, l’intellectuel croit que le peuple, qui est incapable de comprendre ses raisons, doit être manipulé par l’illusion, l’opium du peuple. L’intellectuel est le champion de l’influence, de « l’emprise ». 
  • Il y a opposition entre le coeur (la foi), et la raison. C’est la parabole d’Adam. Adam est chassé du paradis, parce que la raison, et ses appas trompeurs, lui ont fait perdre la foi. Celui à qui le paradis est destiné est le « simple d’esprit », qui ne se fait pas mener en bateau par la raison. L’Américain de base, en d’autres mots. 
  • La raison, c’est la perfidie, la tromperie. Les USA sont construits sur ce principe. Ceux qui les ont fondés ont fui l’Europe et sa culture aristocratique, dont le raffinement est le masque du vice, comme la sauce celui du mets faisandé. (On retrouve ce thème dans beaucoup de films hollywoodiens.) La patrie de ce raffinement trompeur est la France, qui a envahi l’Angleterre et a perverti l’honnête Anglo-saxon. (Ivanhoe, de Walter Scott, représente l’affrontement des deux cultures, qui aboutit, dans cette oeuvre, à une fusion, représentée par les personnes d’ivanhoe et de Richard Coeur de Lion.)
  • Une partie de la philosophie (l’existentialisme) et la science disent la même chose : ce qui est essentiel est au delà de la raison. La raison n’est qu’un outil. 
  • Les neurosciences constatent qu’un homme qui ne serait que raison serait artificiel, il serait incapable de décider. Sans émotion, sans irrationnel, pas de jugement. 
  • La patrie de l’intellectuel, et du mal, c’est la France, donc. On l’oublie, parce que la France n’est plus rien, et que personne ne voudrait revendiquer un tel héritage, mais elle survit par ses idées, qui ont contaminé les intellectuels de tous les pays. Même Mao, en dépit de ses efforts pour rééduquer les intellectuels en les envoyant à la campagne, n’a pas réussi à extirper le mal français. 
  • Mais le mal vient certainement de plus loin, des Grecs, les inventeurs officiels de la raison. Le sophiste a suivi le chemin de « l’élite ». Initialement, c’était un professeur de raison (voir J. de Romilly), mais il est devenu immédiatement « sophiste » au sens moderne du terme : manipulateur des esprits. 
  • A moins qu’il ne faille évoquer, du fait d’Adam, la Bible et ses écrivains, les Juifs ? Ce qui serait, déjà, une raison d’espérer. Car, s’ils ne sont pas encore revenus au paradis, contrairement aux précédents, ils sont parvenus à survivre. Peut-être ont-ils trouvé un antidote ?

    Que dirait la défense ? Que le miracle existe, et que l’intellectuel peut se racheter. Mais surtout que « ce qui ne tue pas renforce ». L’intellectuel est une catastrophe naturelle parmi d’autres. Ce sont de telles catastrophes qui nous ont faits, nous humains. L’intellectuel est donc un bien. Un défi lancé à notre vice réel : la paresse intellectuelle.

    Qu'aurait fait Nietzsche ?

    Nietzsche était-il nazi ou anti-nazi ? se demande-t-on.

    On est incapable, apparemment, de s’en faire une idée en lisant son oeuvre.

    Ensuite, son comportement d’avant le nazisme aurait-il été le même que celui qu’il aurait eu pendant le nazisme ? Comme le dit Hegel, le propre de la pensée humaine est d’avancer par contradiction d’elle-même. En conséquence, on ne peut jamais être sûr que ce que je pense aujourd’hui soit représentatif de ce que je penserai demain.

    D’ailleurs, on l’a vu lors de l’épisode du vote de la confiance au maréchal Pétain. Un grand nombre de ceux qui semblaient ses opposants naturels se sont trouvés dans son camp, et quelques-uns de ceux qui semblaient des alliés évidents sont partis dans la résistance.

    J’ai entendu dire un psychologue, appliquant probablement les travaux de B.Cyrulnik, qu’Hitler n’aurait pas été Hitler, s’il avait rencontré la « bonne » personne dans sa jeunesse.

    Comment peut-on faire confiance, dans ces conditions ? Nous avons intérêt à suivre les lois, en situation normale. Par exemple, le code de la route. Ensuite, il y a les « convictions ». Il semble que l’homme obéisse à des « méta principes », qui sont très stables. Application à Nietzsche ?

    Bien décoder

    Les « décodeurs » du Monde ont pour objet de démêler le vrai du faux dans l’information que nous recevons. Curieusement, à chaque fois que je lis un de ces articles, il me semble qu’il est passé à côté de quelque-chose, ou masquer une hypothèse implicite, qui, elle, mériterait d’être examinée. Comment « bien penser » ?

    La psychologie parait dire que la pensée tend à être un réflexe. Un événement est décodé instantanément et produit une réaction. Si le décodage est incorrect, on réagit mal, et on échoue, d’où dépression.

    Pour beaucoup de philosophes, « liberté » signifie « penser juste ». Et le moyen pour ce faire est la « critique », au sens où l’emploie Kant. Il me semble que la logique de « critique », qu’il faut entendre au sens positif, est celle que la pensée juste vient de la contradiction. Je vois deux sources de contradiction :

    • La contradiction dans sa propre pensée, l’hypocrisie. Par exemple, je suis un écolo, qui passe sa vie dans un avion. 
    • La dialectique. Hegel observe que la pensée évolue par contradictions. Ce qui amène au procédé pratique suivant : je pense quelque-chose, j’examine la thèse inverse, et cela me donne l’intuition de la « bonne solution ». C’est le procédé de la justice. 

    Sans contradiction, pas de pensée ?

    On entre alors dans un procédé de pensée lent. C’est celui de la justice, ou de la thèse universitaire. C’est le temps de l’enquête, qui demande, avant tout, de collecter de l’information. Et de le faire, jusqu’à ce que l’on arrive à une « conviction ».

    Penser c’est, d’abord, mettre en cause les certitudes que l’on nous a léguées, pour construire ses, propres, convictions ? C’est ainsi que l’on construit des déclencheurs fiables, qui nous permettent de réagir instantanément à la nouvelle ?

    Reprocherais-je au Monde de ne pas avoir fait ce travail ?

    L'entrepreneur comme bateleur ?

    Hier, on adorait (au moins aux USA) les fondateurs de WeWork et de Uber. Brutalement, on découvre qu’ils étaient tellement incompétents, qu’ils en étaient ridicules. Il en a été de même de Donald Trump, dans sa jeunesse. Et même de Steve Jobs, quelques temps après le lancement d’Apple. Loué dans le succès, maudit dans l’échec.

    Ce qui a lancé ces gens ce sont, avant tout, les financiers qui les ont crus. Ces financiers sont-ils idiots ? Ou, comme le dit une théorie économique, ils savent que ce n’est pas leur rationalité qui compte, mais « l’opinion commune » ? Ils choisissent donc des projets et des profils psychologiques qui ont fait la preuve, par le passé, qu’ils avaient la capacité d’enflammer les esprits ? Et, d’ailleurs, lorsque l’on prend le cas de Steve Jobs, peut-être, effectivement, que cela marche ? Pas à tous les coups, mais on n’a pas trouvé mieux ?

    (Ce blog cite aussi des investisseurs de la Silicon Valley qui ont soutenu très tôt Barack Obama, parce qu’il avait les caractéristiques du projet qu’ils aiment.)

    Le marché est-il rationnel ?

    Paradoxe : le réchauffement climatique aurait eu la peau du secteur de l’énergie, mais pas de ce qui fait gaspiller de l’énergie ! Est-ce bien rationnel ?

    Ou, comme le disent certaines théories économiques, c’est l’opinion qui fait le marché ? J’achète une action parce que les autres vont l’acheter, et les autres sont, très, très, bêtes ?

    Première victime du réchauffement climatique : Mercedes

    Mercedes annonce qu’il va licencier des milliers de personnes, dont un dixième de ses cadres de façon à « payer les énormes coûts du développement de la voiture électrique« .

    Ce qu’il y a de curieux dans cette affaire, c’est que la voiture électrique semble poser énormément de problèmes (environnementaux) que l’on ne sait pas résoudre, pour des gains qui ne sont pas gigantesques. C’est un peu « Nucléaire, saison 2 ». N’y avait-il pas des solutions plus intelligentes ? Quelqu’un s’est-il posé la question ?

    Cela pose, surtout, la question de la façon dont notre société prend ses décisions. Des lobbys manoeuvrent les opinions et les gouvernements qui édictent des lois, que l’industrie doit appliquer. Tout cela se veut développement durable mais ce n’est pas ISO2600. En effet, ce processus de décision n’inclut pas les parties prenantes capitales dans ce dossier.