Valeur

Le marché ne semble pas croire au vaccin. Moderna gagne plus de 15md$ par an, mais sa valeur pour le marché n’est que quelques-fois ce montant.

Une théorie économique dit que la valeur d’une entreprise est fonction des revenus que peut en attendre l’investisseur. Ce qui est logique. Seulement, lorsque l’on compare les entreprises les unes avec les autres, on est surpris des différences de valorisation. Pourquoi de tels écarts entre les « price earning ratios » (PER) ? GM a un PER double de celui de VW, mais d’un dixième de celui de Tesla (même si ce dernier a beaucoup baissé). Or VW a un savoir-faire et une force de frappe qui devraient ridiculiser Tesla.

(PER : 4 pour Moderna, 58 pour Tesla, 6 pour GM, 3 pour VW, 78 pour Amazon.)

D’ailleurs, dans beaucoup de cas, ce PER n’est pas calculable : les grosses valeurs du NASDAQ sont souvent en pertes.

Pour une autre théorie, le prix d’une action est fonction de ce que l’on pense que le marché pense qu’il doit être…

Il semble qu’il y ait des moments où la seconde théorie rejoint la première. Soudainement, on se rend compte que Twitter perd de l’argent, qu’Amazon s’essouffle, que Salesforce a de faibles marges… Peut-être qu’il y a alors moins d’argent à placer et que le marché a moins besoin de croire à de belles histoires ? Peut-être aussi que, en dépit de toute la volonté de l’investisseur, les belles histoires ont besoin de donner quelques signes rassurants pour être crues ?

Appointment with fear

Une série d’histoires horrifiques de la BBC. Surprise : la première que j’écoute a été diffusée début 1944 !

N’y avait-il pas suffisamment d’horreurs en ces temps, pour ne pas en demander plus à la radio ?

De la capacité de l’individu à s’isoler du monde, et, paradoxalement, à échapper à la peur, quand elle est réelle ?

Comment s'écrivent les mythes

La RAF détruit les barrages nazis. Peu connu en France, cet épisode fut le sujet d’un film en Angleterre, qui en a fait une des (innombrables) fiertés nationales. 

Un groupe d’avions arrive en Allemagne en rase-motte, et lâche, sur les barrages qui alimentent la Rhur en électricité, des bombes qui rebondissent sur l’eau (elles tournent : c’est l’effet « balle de golf »).

La BBC rediffusait une analyse de cet exploit. 

Il avait été totalement inefficace. Une partie des équipages, l’élite de la RAF, n’était pas revenue de la mission. Le dommage avait été rapidement circonscrit. Et, s’il y avait eu des morts chez l’ennemi, c’était des centaines de prisonnières ukrainiennes, noyées… La guerre a été gagnée par des bombardements, peu coûteux, des populations civiles, pas par l’exploit de surhommes. 

Mais le surhomme fait vendre des places de cinéma, pas le bombardement de l’innocent. Incurable irrationalité humaine ? Comment apprendre de l’histoire, dans ces conditions ? 

Je comprends, ou je m'habitue ?

Une sommité des mathématiques me disait que lorsqu’elle reprenait une discipline, elle devait relire ses livres de cours à partir du premier chapitre. Apparemment, Hannah Arendt aurait dit qu’elle ne parvenait plus à comprendre sa thèse de doctorat…

Je me rends compte qu’il en est de même pour moi. Même ce qui fut évident ne l’est plus. Curieusement, si je m’acharne, ça finit par revenir. (A l’époque, où je programmais, j’avais développé un système très sophistiqué de « pseudo code » : eh bien, même dans ce cas, j’avais un mal fou à retrouver la logique du programme : j’étais longtemps convaincu d’avoir fait des erreurs grossières.)

Alors, est-ce que je comprends ou est-ce que je m’habitue ? Est-ce que mon cerveau a accès à des idées immanentes ou est-ce que, tout simplement, il se configure pour résonner à l’unisson de celui qui a écrit le texte qu’il lit ? 

Le second cas n’est pas moins efficace que le premier. Car celui qui a écrit avait de bonnes raisons de le faire. Si mon cerveau fonctionne comme le sien, je dois être capable d’agir efficacement. Seulement, je dois aussi garder en tête que tout cela est relatif et qu’il peut y avoir d’autres « états d’esprit » qui pourraient être, parfois, mieux adaptés ?

Coucou et évolution

Comment le Coucou parvient-il a faire nourrir sa progéniture par les espèces qu’il parasite ? se demande David Attenborough. 

Apparemment, grâce à un petit nombre de mécanismes. D’abord, il éjecte son oeuf, ce qui lui permet d’entrer dans un nid étroit. Mais surtout, il a trouvé comment tromper son hôte. Leurs oeufs ont la même couleur, et leurs oisillons font le même bruit. Il n’en faut pas plus pour que le dit hôte prenne des vessies pour des lanternes. Ce qui paraît un peu ridicule. 

Et s’il en était de même pour l’homme ? Les scientifiques qui étudient la « rationalité » humaine parlent de phénomènes similaires. Par exemple, notre comportement dépend de la façon dont on nous présente un problème (« framing »). D’une manière générale, il est essentiellement conditionné par notre environnement. 

Herbert Simon, dans son étude de la création de l’OCDE (dont le rôle initial était de distribuer le plan Marshall) raconte l’histoire suivante. On enferme dans un même lieu des spécialistes de diverses questions, apparemment pertinentes. Chacun cherche à pousser ses idées et son sujet. Dans certains cas c’est impossible. Ils disparaissent. Dans d’autre, c’est un succès, et ils occupent le terrain. 

Mais comment naissent ces « idées » ou « réflexes » qui se disputent nos décisions ? Façon « big bang », comme en physique ? Il y a des moments, mystérieux, de transformation et de création ? 

(Billet qui illustre le fonctionnement de la raison humaine : comprendre, c’est inventer un « modèle » ?)

Innovation au 21eme siècle

De mon temps on innovait à l’intérieur de l’entreprise. Maintenant, c’est l’affaire des start up. Qu’est-ce que cela change ? 

Innover est avant tout une affaire d’équipe. Il faut combiner des talents. Cela est naturel et facile à l’intérieur d’une entreprise, mais pas à l’extérieur. D’autant que la start up n’a pas d’argent, or, elle doit tout acheter…

Mais la start up a des avantages, qui ont fait son succès. C’est que la bourse ne comprend rien à l’innovation interne. Elle la confond avec un coût. Donc, la grande entreprise et ses dirigeants, salariés à stock options, ont tout intérêt à ne pas innover. Et ce, d’autant que les start up sont devenues des objets de spéculation. Les virtuoses du beau discours vivent, sans gagner d’argent, pendant très longtemps. 

Seulement, ce sont des objets extraordinairement inefficaces. L’argent de la spéculation donne bien peu de résultats tangibles.

On essaie de compenser cette inefficacité par des moyens essentiellement publics : en les faisant profiter de la recherche universitaire, où en les installant dans des accélérateurs. Seulement, ces accélérateurs sont faits d’entreprises qui se ressemblent. 

Une solution intermédiaire est le « business cluster ». C’est un écosystème, qui a la richesse de compétences de l’intérieur d’une grande entreprise, mais qui est constitué d’entreprises. Cela marche ou ne marche pas selon la nature des liens qui se tissent entre entreprises. Paradoxalement, elles ne doivent pas avoir de secret les unes pour les autres. Et leurs dirigeants doivent avoir suffisamment d’énergie pour monter sans arrêt de nouvelles coalitions. 

La morale de cette histoire est que ce n’est pas la raison ou l’efficacité qui dirige l’économie, ou la société, mais l’air du temps. Il est probable que l’individualisme moderne est incompatible avec l’innovation à l’ancienne mode. Et qu’il a fallu compenser l’inefficacité du modèle économique qui en résulte. 

Miss Marple

Au fond, Agatha Christie a anticipé les travaux modernes sur les biais humains. Elle aurait dû recevoir le prix Nobel d’économie. Les émissions de BBC4 extra, suite. Miss Marple

En effet, tout son travail consiste à jouer sur l’inertie intellectuelle du lecteur, sur ce qui l’amène à être victime des apparences, et à utiliser des « euristiques » pour passer, instantanément, de l’observation au jugement. 

Tout le talent de Miss Marple est celui du paradoxe. Elle ne croit pas les gens sur paroles. Car ils trichent avec eux-mêmes. Elle cherche la bizarrerie, révélatrice. Et c’est d’infime bizarrerie en infime bizarrerie qu’elle finit par reconstruire une toute autre réalité que la pièce de théâtre que joue la société. 

Boris Johnson, le dirigeant qui déraille

Cette semaine, on parle beaucoup du « chaos » qui règne dans la tête de Boris Johnson. (Il se trouve qu’il semble avoir perdu le contrôle d’un de ses discours.)

Est-ce dangereux d’avoir un tel homme à la tête d’un pays ?

Son équipe faisait savoir qu’il n’était pas seul. 

Mais il est surtout possible que ce comportement soit le résultat de la sélection naturelle. M.Johnson ne serait pas là s’il n’avait pas quelques qualités. Et être chaotique en est une, parce que cela rend imprévisible. 

Société de raison

Les Lumières pensaient que l’humanité serait un jour gouvernée par la « raison ». Alors, elle serait sage et heureuse. Cette raison était un fait individuel. La société des Lumières était une société d’individus libres. 

Les Lumières se sont-elles mis le doigt dans l’oeil ? On sort d’une phase de grand individualisme, et notre sagesse, individuelle et collective, ne semble pas y avoir beaucoup gagné. 

Je soupçonne que la raison est une question de « milieu ». Les problèmes que nous posent la société sont trop complexes pour une tête isolée. Que penser du « bio hacking », des vaccins à ARN messager ou autre, du recyclage de la batterie électrique, des centrales nucléaires, de la politique du gouvernement… ? Seulement, ils deviennent beaucoup plus simples dès que l’on peut penser à plusieurs. Surtout si chacun a un bout de spécialisation. C’est la logique du « cluster », dont parle beaucoup ce blog. Mais c’est aussi celle de Maslow, lorsqu’il s’intéresse à la « réalisation » du potentiel individuel. 

Et s’il fallait à la société créer les conditions locales qui rendent l’individu capable d’une rationalité parfaite, c’est à dire, de pouvoir étudier et tirer des conclusions pertinentes de toutes les questions qui se posent à cette société ? 

Chief Speculation Officer

Un fabricant de voitures électriques qui ne vend rien a une valeur boursière qui dépasse celle des plus grands constructeurs. De l’irrationalité humaine et de la spéculation ? 

Et pourquoi les entreprises traditionnelles ne profiteraient-elles pas de ce phénomène ? Qui peut le plus peut le moins ? Après, la créativité comptable et les Chiefs Revenue Officers, le Chief Spéculation Officer ?

(FT annonçait : Rivian, the electric vehicle maker that has yet to record any meaningful revenue, surged on its Nasdaq debut, with an opening market value of more than $100bn, greater than Ford and General Motors.)