Irrationalité des marchés

Il semblerait que plus le prix d’une action augmente plus il ait de chances d’augmenter (« inertie »).
Ce qui est contradictoire avec l’hypothèse des marchés efficaces – au centre de la politique de déréglementation des dernières années (cf. les idées de M.Summers). En effet celle-ci part du principe que l’avenir est imprévisible.
L’effet ne serait pas expliqué. Mais serait corrigé, à long terme, par une seconde irrationalité. « Les investisseurs tendent à être trop pessimistes en ce qui concerne les entreprises en difficulté ». Une entreprise en mauvaise forme serait anormalement pénalisée. 

Abeille et voyageur de commerce

L’informatique se casse les dents sur le problème du voyageur de commerce : trouver le chemin le plus court pour faire le tour d’un certain nombre de villes.
Il semblerait (d’après la BBC) que si l’on transforme les villes en fleurs, une abeille soit vite capable de résoudre le problème. Si on arrivait à comprendre comment elle s’y prend ça aiderait nos ordinateurs.
Mais je ne suis pas sûr qu’il n’y ait que les abeilles qui soient intelligentes. Il y a longtemps, un ami travaillait sur une variante de ce problème pour le compte d’une entreprise. Au début son programme a donné de bien meilleurs résultats que ce que savaient faire les planificateurs humains. Mais, curieusement, ils se sont brutalement améliorés, et jamais ils n’ont pu être rattrapés. Nous possédons des mécanismes de calculs bien plus puissants que la raison…
Compléments :

Changement : logique de l’échec

Je prépare une intervention sur l’échec des fusions / acquisitions. Un marronnier de la littérature du management. Une idée me frappe. Acquérir une entreprise est effroyablement complexe. Et très très risqué : on ne compte plus les entreprises tuées par leur politique d’acquisition. Rappelons-nous les 70md de dettes de FT.
Confrontés à de si formidables dangers, comment se fait-il que les dirigeants puissent encore dormir ? Comment se fait-il qu’ils ne cherchent pas à apprendre à acquérir, comme ils l’ont fait pour les autres compétences qu’ils ont apprivoisées – c’est-à-dire par la pratique, par l’amélioration continue ?…
Parce qu’ils croient que leur rôle est rempli lorsqu’ils ont décidé d’une politique de croissance externe. Ensuite c’est aux banques d’affaire d’officier. Et tous nos changements obéissent à cette logique :
Pour éliminer un chômage de 10% il suffit de décréter que le temps de travail va être réduit de 10%, pour que le chercheur fasse la fortune de la nation, il suffit de décréter qu’il doit publier en marche forcée, pour rendre une entreprise rentable il suffit d’acheter un progiciel de gestion… Autrement dit, pour transformer l’entreprise ou la société, il suffit de prendre la « bonne » décision.
Or les décisions ne se mettent pas en œuvre par miracle. Elles doivent être appliquées par des hommes. Et un groupe d’hommes, une société, c’est infiniment complexe !  (Et que dire de la nature !)
A quoi peuvent servir mes livres, si personne ne comprend cette évidence ? 

Internet et lois du marché

Bizarrement l’origine du mot paradis serait un jardin entouré de murs. Internet semble propice à de tels paradis : de plus en plus d’îlots privés apparaissent (cf. Apple, Facebook ou la Chine). The Economist estime que le danger le plus sérieux à la « Net neutrality » est le manque de concurrence entre fournisseurs d’accès haut débit. (The web’s new walls.)
Et si, une fois de plus, arrivait ce qui doit arriver à des individus rationnels, laissés à eux-mêmes (The logic of collective action) : formation d’oligopoles ?
D’ailleurs, loin de créer la fraternité internationale escomptée, les hommes ont reproduit sur Internet ce qu’ils vivaient sur terre : notamment, aux USA, « séparation par classe et race ». « Cela reflète une réalité ancienne, pas une sorte de nouvelle découverte ». (A cyber-house divided.)

Raison du peuple

Influencé par un livre traitant de l’Allemagne d’avant guerre, je me suis insurgé naguère contre le héros américain humble mais droit, qui défie la raison des plus forts. Comment être sûr qu’il sait ?
La réponse du film américain est : le peuple. Ce que dit le héros sonne juste et réveille les consciences. Faux. La plupart des grandes catastrophes mondiales résultent de l’enthousiasme populaire.
En fait, et c’est la raison de ce nouveau billet, je crois qu’il y a un mi-chemin. Derrière ce qui nous semble naturel, se trouvent des principes enfouis dans l’inconscient collectif. Il suffit de les extraire (cf. l’ethnologie) pour pouvoir les soumettre à un traitement rationnel, qui s’assure que leur application ne conduit pas à des conséquences défavorables, et qu’ils n’entrent pas en contradiction avec d’autres principes tout aussi sacrés.  

Intelligence collective ?

La taille du cerveau humain ne semble pas exceptionnelle, simplement corrélée à la taille du corps. Une nouvelle fois je me demande si ce qui fait notre particularité n’est pas simplement notre capacité à créer en groupe.
Herbert Simon définit ainsi notre « rationalité limitée » : être rationnel est obtenir ce que l’on veut, et l’homme construit un environnement (la société) dans lequel il sait ce qu’il peut vouloir et comment l’obtenir. Sa rationalité est limitée à cet environnement.
Effectivement le règne de la raison ne s’est imposé que lorsque la société a été suffisamment organisée, pour que l’homme sache obtenir ce qu’il voulait d’un monde qui n’était plus anarchique. J’observe aussi que les sociétés chaotiques (moyens-âges occidental et chinois) ont développé des modes de pensée qui poussaient l’homme à accepter son sort (cf. Bouddhisme et Christianisme).
Compléments :

Émotion et raison

Animation d’un séminaire dans le cadre de la réforme des chambres de commerce.
L’idée de la réforme est d’organiser les chambres dans une logique régionale (elles s’étaient développées, depuis le 16ème siècle, comme un prolongement d’un tissu économique).
Ce que j’en avais vu jusqu’ici était curieux : une sorte de vent de panique semblait courir sur les CCI. Résistances au changement, coups de Jarnac, trahisons, dépressions et résignation à l’injustice du sort, paralysie et attentisme, impression de fin de monde…
Or, dans la région à laquelle je viens de rendre visite : aucune angoisse. Le changement est une sorte de non événement. Et la réforme sera effective au 31 décembre, avant même le coup d’envoi officiel de sa mise en œuvre. Plus curieux : tout ce qu’ailleurs on agitait comme excuse pour ne rien faire est ici raison d’action urgente. D’ailleurs cette région a trouvé des solutions simples et élégantes à tous les problèmes qui semblent insolubles ailleurs (plus exactement elle ne s’était pas rendu compte qu’il y avait problème, avant que je lui explique ce qu’on en disait ailleurs). Notamment, elle a construit un comité de direction constitué des dirigeants généraux des chambres. (Ailleurs, on envisage un pouvoir régional fort, alors que la région avait jusqu’ici un rôle de représentation auprès de l’État : un changement complexe.)
Cette très bizarre différence de comportements pourrait illustrer quelques-unes de mes thèses :
  • La première étape du changement est l’émotion. La plupart des CCI françaises lui sont encore soumises. Or, les CCI sont faites de gens remarquables sous quelque angle qu’on les observe : expérience, diplômes, réussites passées… l’homme est plus un être d’émotion que de raison. 
  • Le changement est un sport d’équipe. L’homme seul est perdu face à lui. Dans cette région les dirigeants de chambre se sont unis et affrontent le changement en groupe. Ils sont confiants. Impression de force tranquille. Ailleurs, chacun traverse seul la perturbation, et se replie sur lui-même. D’où dilemme du prisonnier, et stress. 

La crise comme folie

Une étude sur les causes de la crise financière montre que les autorités de régulation américaines ont vu les dangers auxquels s’exposait l’économie, pouvaient empêcher la catastrophe, et ont choisi de ne rien faire, et même de démanteler leurs moyens d’intervention.
Qu’est-ce qui peut expliquer cette défaite de la raison ? Illusion collective selon laquelle les marchés s’autoréguleraient ? La rationalité de l’homme se débranche-t-elle lorsqu’il croit que ses rêves les plus fous sont réalisés ? Sommes-nous tous des illuminés suicidaires en puissance ?
Compléments :
  • Je repense à un ancien billet, et je m’interroge : et si la marée noire de BP venait d’une absence délibérée de contrôle par les instances concernées ? Et si la folie ci-dessus avait atteint l’ensemble de l’économie ?

Valeur de BP

La valorisation boursière de BP aurait baissé de 1/3 ce qui correspond à beaucoup plus que l’évaluation pessimiste des pertes que la société devra essuyer.
Le marché penserait-il que l’entreprise va subir d’autres dommages que les réparations des effets de la marée noire ? Ou l’investisseur vend-il parce que ses collègues vendent ?

Compléments :

Rationalité des marchés

Je crois simplement que certains investisseurs internationaux peinent à comprendre l’Europe et ses mécanismes de décisions. Ils ont du mal à prendre la mesure de la dimension historique de la construction européenne et à anticiper la capacité des Européens à prendre des décisions aussi importantes que celles qui ont été prises il y a quelques jours.

Effectivement, il semble que les investisseurs anglo-saxons ne comprennent rien à la zone euro et s’imaginent, probablement comme ils l’ont toujours cru, qu’elle va voler en éclats.
Il n’y a pas de rationalité là dedans, juste des préjugés. Parce que les marchés sont faits d’individus isolés, ils ne peuvent accumuler de savoir partagé, comme les peuples, ils sont stupides et obéissent à la mode du moment ?
Compléments :