C’est la marque qui fait l’homme

Il semblerait que l’on juge l’homme en fonction du logo de la marque de ses vêtements. En fait le logo serait un signe des qualités de l’individu qui le porte. À tel point que l’on ferait, spontanément, plus volontiers confiance à une personne avec marque qu’à une personne sans marque (avec des habits identiques).
J’avais remarqué un phénomène similaire, à l’époque où je faisais des études de marché. L’homme associe des qualités à une marque qui peuvent aller très au-delà de ce qu’elle produit.
Par contre, je ne savais pas que les qualités de la marque pouvaient s’étendre à l’homme qui les porte.
En tout cas, c’est une nouvelle démonstration de notre susceptibilité à l’influence, et du peu de rôle que joue la raison dans nos choix.
Compléments :
  • Question : est-ce que le phénomène peut jouer à l’envers ? Une personne qui a une mauvaise image peut-elle nuire à la marque qu’elle porte ? Quid de la popularité de M.Sarkozy et de celle de Rolex ?
  • Ce que dit J.N.Kapferer de la marque : un billet.
  • CIALDINI, Robert B., Influence: Science and Practice, Allyn and Bacon, 4ème édition, 2000.

Diversification et concentration

Décidément le monde de l’entreprise est celui de la mode.
  • Dans de nombreux secteurs la bourse dit que les groupes valent moins que leurs entreprises composantes. Du coup, les groupes sont décomposés.
  • Dans d’autres (high tech et pays émergents), c’est le contraire.
Quand la raison reprendra-t-elle ses droits ?

Les faiblesses de la mémoire

Dans un procès, un journaliste démontre que ce que Pierre Perret raconte de ses relations avec Paul Léautaud ne peut qu’être faux.
Or il a écrit, il y a 25 ans, un article qui dit exactement le contraire. Il ne s’en souvenait plus.
Ce que je retiens de tout ceci est à quel point il faut se méfier de nos facultés, de nos raisonnements, et des témoignages humains.

Sport : l’avantage à domicile expliqué

Pourquoi les équipes sportives tendent-elles à gagner à domicile ? Des scientifiques semblent avoir trouvé une explication : l’arbitre.
À jugement équivalent (coup franc, carton rouge, prolongation…) l’arbitre tend à être plus favorable à l’équipe qui reçoit qu’aux visiteurs. L’arbitre serait (inconsciemment) à l’unisson de la foule.
Et l’hypothèse se vérifie (en partie) : si l’on vide le stade des supporters de l’équipe locale, le phénomène s’estompe. (The referee’s an anchor)

Accident nucléaire au Japon

Pourquoi les centrales nucléaires japonaises explosent-elles ?
Les systèmes de refroidissement ne fonctionnent pas.
Problème habituel, me suis-je dit en me rappelant mon expérience du contrôle technique : les équipements de secours ne redémarrent jamais. D’ailleurs c’est pour cela qu’on ne les contrôle pas ! Eh bien non. Tout a remarquablement bien redémarré, si j’en crois Wikipedia. Ces Japonais avaient fort bien fait leur travail.
Mais ce qui a mis le système à plat, c’est le tsunami et ses conséquences (la centrale est en bord de mer – l’eau de mer sert au refroidissement).
Bien sûr, ne pas avoir prévu qu’il puisse y avoir tsunami au Japon est une erreur grossière. Mais, elle est humaine, elle montre à quel point l’entendement humain est extraordinairement limité.
Malheureusement cette loi de la nature n’a pas pénétré l’esprit de notre élite intellectuelle. Combien de temps faudra-t-il attendre pour qu’elle nous dise à nouveau que nos centrales ont une chance sur des milliards d’avoir un pépin ou que les marchés s’autorégulent, ou quelque nouvelle baliverne ?
Compléments :
  • Si on ne contrôle pas les installations de secours, c’est parce que, pour cela, il faut stopper les installations principales. Or, si le secours ne part pas, on se trouve dans une situation périlleuse (penser à une usine chimique). En fait, il existe une solution : 1) se convaincre qu’il est impératif de contrôler les installations de secours ; 2) se préparer à un incident (quand on y met les moyens adéquats on sait effectuer le contrôle sans difficulté). 

Solidarité patronale

Un commentateur américain observe un fait extrêmement curieux. Sur un grand nombre de sujets les entreprises américaines présentent un front commun. Ce qui est contraire à la logique économique, qui voudrait qu’elles défendent leurs intérêts et que ces intérêts soient souvent divergents.
Explication ? Conscience de classe. Les dirigeants défendent leurs intérêts personnels.
Forme de communisme prévue par Schumpeter ? Collectivisation de l’outil de production, pour éliminer la concurrence ? Mais collectivisation réduite à une seule classe.
Compléments :
  • Les oligopoles tendent à se coordonner (The logic of collective action), ce qui est suffisant pour couler toutes les théories sur l’efficacité du marché. Mais une coordination sur une échelle aussi large ne semble pas avoir été prévue. Pour la rompre, il faut probablement suivre l’exemple des armées de 14 : pour éviter la fraternisation, elles ont fait monter au front de nouvelles troupes (AXELROD, Robert, The Evolution of Cooperation, Basic Books, 1985). Devrions-nous renouveler nos dirigeants ? Par exemple faire venir des « low cost CEOs » indiens ? Ou faut-il prendre acte de la collectivisation de l’économie et remplacer les gros bonus par des commis de l’État peu payés ?
  • SCHUMPETER, Joseph, Capitalism Socialism and Democracy, HarperPerennial, 1962.

De l’irrationalité populaire

Le peuple (au moins américain) veut réduire les émissions de CO2, et de bien d’autres produits nocifs, mais par la loi et non par des mécanismes de marché. Or, ils sont plus efficaces et moins coûteux. En particulier, il semble allergique au mot « impôt », or le Parti républicain a habilement associé l’échange de droits à émettre du CO2 à un impôt…
Irrationalité du peuple semble conclure The irony of the tragedy of the commons.
Je me demande s’il ne devrait pas conclure à sa propre irrationalité. Car la supériorité des dits mécanismes a été établie, avec beaucoup d’efforts, par des gens très intelligents. Pourquoi devrait-elle être évidente à quelqu’un qui n’y a jamais réfléchi ? D’ailleurs comment faire confiance à des économistes alors qu’ils nous mènent en bateau depuis aussi longtemps ? 

Médecine américaine, notre modèle

Les États-Unis présentent une situation paradoxale qui illustre la notion de choix dans le système de santé. Le système a progressivement exclu un nombre croissant d’individus du fait des augmentations des primes d’assurance, mais ceux qui sont assurés préfèrent payer plus de primes et garder le choix de leur assurance plutôt que de devoir payer plus d’impôts pour un système public universel. Les médecins américains ont longtemps préféré s’allier aux assureurs privés plutôt que de passer sous la coupe de l’État au nom de la liberté de leurs pratiques, et ils se retrouvent aujourd’hui contrôlés dans le moindre détail de leurs agissements par des assureurs soucieux de rentabilité financière. Le second paradoxe tient à la situation d’exemplarité que semblent avoir certaines expériences américaines au niveau international. (PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.)

C’est effectivement curieux. Une volonté farouche de liberté conduit à l’esclavage et à l’exclusion. Et nous admirons et copions un système qui ne fonctionne pas.
C’est la défaite de la raison.
D’ailleurs, qu’est-ce que la raison ? Comprendre qu’il est dans notre intérêt que notre comportement suive des règles qui maximisent l’intérêt collectif, et adhérer volontairement à ces règles ?

Comportement néoclassique

Histoire qui m’est racontée. Travail d’une commission. Suivi par quelques uns de ses membres seulement. Conclusion unanime d’une réunion de travail : chacun doit contribuer à un document commun. Après un dernier rendez-vous de mise au point, le document sera diffusé à toute l’organisation. Les dates du projet sont arrêtées.
Rien ne se passe. Seul le leader du groupe fait le travail prévu. Au moment de se rendre à la réunion finale. Il découvre, à la dernière minute, que personne ne peut être présent. Il transmet ce qu’il a fait en demandant à ses collègues de l’annoter afin que le processus parvienne à son terme, malgré tout. Surprise. Tout le monde veut maintenant une réunion. Y compris ceux qui n’ont jamais assisté à aucune. Ce qui est étrange est que personne n’a tenu parole, or, c’est le seul à avoir respecté ses engagements (en fait les idées des autres !) qui se sent en position d’accusé !
Une interprétation possible. Modèle de l’optimisation de l’utilité (cf. théorie économique néoclassique).
Nous cherchons en permanence à exploiter les événements à notre bénéfice. C’est pour cela que nous avons avantage à ce que les autres prennent l’initiative. De ce fait, ils dégagent notre responsabilité. Et, en leur opposant notre inertie, nous pouvons leur imposer nos conditions. (C’est la stratégie qu’ont opposée les banques américaines à leur gouvernement.)
La subtilité de cette tactique est qu’elle ne peut pas nous être reprochée. De même que l’on ne peut pas signaler à un cycliste qu’il passe au rouge, sans se faire insulter. De même, il n’est pas possible de faire remarquer à quelqu’un qu’il a trahi sa parole, ce serait un manque d’éducation grossier.
Quant à la situation du leader, on peut la comprendre ainsi. Si chacun pense l’autre calculateur, il évaluera ses actes comme manifestation de son intérêt personnel. Que le leader du groupe ait fait un travail aussi rigoureux signifie certainement qu’il prépare un mauvais coup. D’ailleurs ne profite-t-il pas de l’annulation de la réunion pour passer en force ? Il est temps de l’annihiler.