La science au service de l’évaluation de compétence

Un ami dirigeant est soumis à un test par un cabinet international de conseil en RH. Sur la brochure de préparation, on peut lire :
« L’objectif est de placer tous les participants dans une situation équivalente et de leur offrir des chances égales de réussite en fonction de leurs compétences ».
Plus loin, on parle de « recherches approfondies » qui permettent « d’excellentes prédictions de succès ».
C’est curieux, je ne connais pas beaucoup de travaux de sciences humaines qui permettent la moindre prévision. La recherche en économie, et ses moyens colossaux, en est un magnifique exemple.
Plus curieux, les « conditions identiques » ne garantissent pas la moindre égalité de traitement : elles favorisent ceux dont les caractéristiques sont favorables (Normale sup lettres ne recrute pas les mêmes étudiants que Normale Sup maths).
La science serait-elle instrumentalisée pour fournir un argument de vente ? 

Rationalité et ritualisme

Un dirigeant d’une agence de communication ne sait pas comment se tirer d’affaires. Moins ses comptes sont bons, plus il écrit de livres, communique, et s’épuise… Pourtant, il suffirait d’ajouter quelques clients pour éliminer tout tracas. Mais voilà, les chiffres et les plans commerciaux sont des abstractions pour lui.
Exemple de ritualisme. Lorsque le ritualiste s’enfonce dans les difficultés, il s’accroche à son rite.
J’ai observé que les Libanais tendaient, aussi, à suivre des algorithmes simples : ils veulent être « gros », et pour cela, ils courent après toutes les affaires qui se présentent. Ça marche généralement bien, mais parfois la faillite succède brutalement au plus grand des succès apparents. Ils n’avaient pas su compter.
La rationalité, c’est savoir compter. C’est se donner un objectif et s’y diriger d’une manière efficiente.
Malheureusement, il est rare que l’on puisse voir l’objectif. Et c’est pour cela que le rite demeure notre meilleur ami. (Bien que ça ne fasse pas de mal de le marier à un peu de raison.)

Procrastination

Pourquoi certains actes sont-ils difficiles pour certains et pas pour d’autres ?
Je me demande si l’homme n’est pas un être de rites. S’il n’est pas « programmé » pour faire quelque chose, il ne le fera qu’avec beaucoup d’efforts.
Par contre, dans le cas contraire, il tendra à répéter l’action sans réel objet. (Nécessaire pour maintenir sa spécialisation ?)
Voilà comment j’interprète mes difficultés à faire certaines tâches de routine, qui ne posent aucune difficulté à d’autres… (Inversement, écrire ce blog est devenu une sorte de rite…)

Japon en panne de décision ?

L’accident de Fukushima continue de donner une image déplorable du Japon.
La société qui possède la centrale en cause a toujours clamé que tout allait pour le mieux, enterrant ce qui la contredisait, à tel point que le Japon n’a pas cru bon de développer des solutions de dépannage, notamment des robots.
À tel point qu’elle doit utiliser des robots américains. Mais ils ont été choisis, simplement, par reconnaissance pour l’aide humanitaire américaine… Et on découvre maintenant que des robots japonais existaient. (NukeBots)
Qu’arrive-t-il au Japon ? J’ai l’impression qu’en cas de difficulté il est incapable de prendre des décisions « conformes » selon l’expression de Robert Merton. Retour d’un mal que paraissait avoir guéri les techniques de la qualité ?
Le Japon devrait-il tirer profit de cet accident pour chercher ce qui ne va pas dans sa manière de prendre des décisions ? Aurait-il besoin, comme après guerre (comme pour Nissan ?), d’un regard étranger pour ce faire ? 

Foule modélisée

Le comportement d’une foule semblerait pouvoir être modélisé par deux règles. 
  1. Tout d’abord des gens cherchant à atteindre un objectif, ce qui donne un comportement collectif fluide tant que la densité humaine est faible puis, quand elle augmente, une avancée par à-coups. 
  2. Si elle croît encore, l’homme perd tout contrôle de son sort et se comporte comme une molécule dans un liquide. (Wisdom about crowds)
Au fond, sans règles sociales nous serions les esclaves du hasard. Il faut des contraintes pour se libérer ?

Justice alimentaire

Le juge est clément lorsqu’il a déjeuné. Beaucoup moins ensuite. Effet saisissant : dans le cas dont il est question dans I think it’s time we broke for lunch… les jugements favorables passent de plus de 60% à quasiment 0 à mesure que l’on s’éloigne du repas.
L’effet serait lié à la fatigue qui amènerait le juge à rechercher les solutions qui économisent son intellect.
De l’indépendance de la justice, et de la rationalité humaine ?

Criquets et investisseurs

Il semblerait que l’on soit capable de prévoir le mouvement de nuées d’animaux ou d’insectes par des règles très simples. Par exemple, pour les criquets, avec l’hypothèse que l’individu tend à imiter ses voisins. (Self propelled particles)
Curieusement ces modèles seraient aussi efficaces pour expliquer les marchés financiers.
La finance donnerait-elle à l’homme le QI du criquet ?

État et libéralisme

Le libéralisme veut qu’il n’y ait rien en dehors de l’individu et que ce qu’il gagne lui soit propre. Dans un tel système, il n’y a pas d’inégalité. Mais il y a quand même une forme d’entraide qui passe par la charité, acte volontaire de l’individu.
Curieusement ce modèle n’élimine pas non plus l’État, puisqu’il semble qu’il y ait besoin de maintenir l’ordre, mais il est subventionné lui aussi par la charité.
Compléments :
  • Subrepticement cette vision du monde a pénétré nos vies : les ONG s’occupent des déshérités et nous indiquent les maladies que notre argent doit aider à soigner, l’économie sociale remplace l’État. (Le projet de Big Society de David Cameron.)
  • Si je comprends bien le modèle de Mancur Olson, une société dans laquelle les riches subventionneraient l’État-bien commun serait une mauvaise affaire pour eux. En effet, l’allocation optimale leur permet de s’offrir une quantité de bien commun moindre que si toute la communauté y avait contribué (par exemple une milice), et, en plus, le reste de la population peut en profiter gratuitement. 

Sagesse des foules ?

En économie, du moins, les foules verraient justes quand elles sont faites d’individus isolés (la moyenne des avis est le bon). Dès qu’ils s’influencent, elles divaguent. The foolishness of crowds.
Pour Aristote, la foule est intelligente lorsqu’elle est encadrée par des principes bien pensés. La différence de point de vue s’explique probablement par le fait que l’économie croit que l’homme est essentiellement un électron libre alors qu’Aristote considérait qu’il était un être social. On retrouve le débat sur Gemeinschaft et Gesellschaft, qui a fait longtemps rage en Allemagne.