WeWork

Faillite de WeWork. On me dit : enfin, on va revenir à l’économie réelle !

J’en doute, WeWork, c’est l’Amérique. L’Amérique, ce sont des grands bateleurs qui séduisent des investisseurs par leurs folies. Elon Musk, Jeff Bezos, sont des bateleurs qui ont réussi. D’autres, comme Sam Bankman-Fried, échouent. Donald Trump est au milieu. Et, justement, les démocrates cherchent à le faire choir en attaquant ce que l’on tolère un temps chez les autres. L’électeur l’a bien compris : il trouve que ça n’est pas bien jouer. Le businessman est par nature un escroc, pourquoi le lui reprocher ?

En fait, la valeur de WeWork n’était pas plus artificielle que celle du dernier Picasso mis en vente. Le spéculateur sait que le marché leur donne un prix. Leur valeur réelle n’a aucun intérêt.

L’argent du numérique

Les affaires de Microsoft, Google et Facebook vont bien, entends-je dire. Microsoft gagne de l’argent avec le cloud, les deux autres avec la publicité.

Le cloud, ça va, mais la publicité inquiète les marchés financiers, dit-on aussi. Car la publicité, ce n’est pas l’avenir. L’avenir c’est la technique. L’intelligence artificielle, en particulier.

Et si le marché se trompait ? Et si ce qui comptait, pour une entreprise, était de gagner de l’argent ?

Nature de la nature

Ce blog se moque souvent des scientifiques qui croient que la nature est mathématique. Nous brassons des concepts qui n’ont aucune réalité, dit-il. Ce qui est facile à démontrer.

Et pourtant pensais-je, en lisant Feynman, c’est étonnant à quel point ce qui paraît erroné nous a amené loin. Il est vrai que, même dans son domaine, la science sait qu’elle ne sait rien, et qu’elle n’arrête pas de donner de la tête contre les murs, mais, tout de même.

En lisant Victor Segalen, je voyais à quel point la tradition était importante pour la Chine. Je me suis demandé si la science n’était pas le triomphe culturel de l’Occident. Depuis les Grecs, l’Occident incite l’individu à douter des traditions, et à utiliser sa tête. Cela peut être une mauvaise idée, les traditions sont généralement l’accumulation de l’expérience passée. Mais, comme toutes les erreurs, cela finit souvent par être juste…

La séduction de l’IA

Les Chinois tombent comme des mouches. N’est-ce pas ce que l’on nous a annoncé ? Ils ont mis un terme à leur politique de zéro covid, sans disposer de nos merveilleux vaccins, l’hécatombe était certaine. Et que dire des pays africains ?

Lorsque l’homme ne s’accroche pas aux faits, son esprit délire. Les journaux, eux-mêmes, grands combattants de la théorie du complot, en sont les premières victimes.

Et c’est probablement la force de l’intelligence artificielle et de toutes les innovations numériques, notre pain quotidien depuis la bulle Internet : elles se prêtent aux rêves les plus fous.

La fabrique de l’opinion

L’Allemagne rouvre ses mines pour assurer son autonomie minérale. Berlin veut réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine, en extrayant de son sol plus de matière première critique, telle que le fluorospar. (Le Financial Times, dimanche dernier.)-

Il serait intéressant d’étudier les évolutions de l’opinion. Par exemple les idées concernant l’écologie. Elles semblent faire consensus, jusqu’aux manifestations des Gilets jaunes. Puis la guerre ukrainienne leur fait prendre un tournant, nucléaire. Aujourd’hui, elles sont le champ de bataille du protectionnisme nationaliste et de la réindustrialisation.

Validation sociale, dirait le professeur Cialdini ? Nous pensons comme le voisin, ou comme le désirent les lobbys experts dans l’exploitation des biais de notre « rationalité » ? Nous sommes des « mangeurs de vent ». Jusqu’à ce que nos intérêts soient touchés ? D’un seul coup les séductions de la théorie s’estompent. (Parfois remplacées par quelque solution de facilité, malheureusement.)

Béranger

Béranger fut un compositeur de chansons à la fois aimé du peuple et des intellectuels. Il eut un succès énorme dans la première moitié du 19ème siècle. Puis on l’a totalement oublié. Jean-Noël Jeaneney (Concordance des temps, France culture, la semaine dernière) se demandait pourquoi.

Peut-être pour la même raison que Périclès a connu une éclipse de 2000 ans ? Il n’était plus en concordance avec son temps ? Les sociétés changent et elles reconstituent une histoire qui justifie leurs idées actuelles ?

Donneurs de leçons

Je suis bombardé par des dissertations sur le « dogmatisme ». Avec à l’appui, des noms d’autorités scientifiques.

C’est bien les théories sur le dogmatisme, et tous ces gens qui nous donnent des leçons, mais ne faudrait-il pas se demander si elles ne s’appliquent pas à nous-mêmes, et à eux ? 

Un automobiliste entend à la radio : attention, une voiture remonte l’autoroute en sens inverse. Il pense : faux : j’en vois une quantité.

Amazon licencie

Dans la mythologie américaine, le licenciement de masse occupe une place à part. Le dirigeant digne de ce nom doit le pratiquer sans état d’âme. Immédiatement, dès que les marchés s’inquiètent. Et ce, en particulier, surtout ?, si ça ne sert à rien. C’est un signal fort. Un signal de masculinité.

Amazon licencie en masse.

Je m’intéresse à Amazon, depuis la bulle Internet. Amazon a fourni bien des billets à ce blog. Amazon est un dinosaure. Pendant des décennies, il a défié les lois de l’apesanteur : il a conservé une valorisation de start up. Avec ses résultats financiers, une entreprise normale, vaudrait 10, 20, 50 fois moins. Le génie de Jeff Bezos était de sans cesse trouver des idées, qui faisaient rêver le marché.

Au fond cette irrationalité du « marché » a quelque-chose de sympathique. Les marchés financiers, eux aussi, ont, peut-être bien, un sens inné de l’esthétique. Pour l’oeuvre d’art exceptionnelle, ils dépensent sans compter ?

Nature du biais

Le biais de confirmation est le cheval de bataille de la science des comportements. L’homme aurait tendance à croire ce qui l’arrange.

Quand on y réfléchit bien, cela ne va pas de soi. En effet, notre survie dépend, au contraire, de nos réactions, immédiates, à ce qui est « anormal ». Toute la science, d’ailleurs, est « découverte ». Et le conducteur de TGV, l’employé de centrale nucléaire doivent réagir à ce qui a une chance quasi nulle de survenir, et qu’ils n’ont jamais vu.

Cela m’amène à me poser une question : et si le « biais de confirmation » était un acquis social ? Et si la société, pour se simplifier la tâche, cherchait à faire de nous des moutons, à endormir notre cerveau ?

Les travaux du Professeur Cialdini concernant l’influence, vont dans ce sens : tous les biais qu’il identifie sont des biais sociaux, qui permettent à l’homme d’agir et de réagir, sans utiliser son cerveau.

Le paradoxe de l’intelligence

Notre intelligence parait être une fonction de son contexte. Sans agression, notre cerveau dort. D’ailleurs, il n’est rien, s’il n’est pas formé par l’éducation.

Le paradoxe, qui est peut-être celui de la Silicon Valley, de MM.Trump et Musk, est que ce cerveau quasiment totalement dépendant croit, s’il est placé dans certaines conditions, qu’il est totalement indépendant. Il se croit « maître et possesseur de la nature », et des autres hommes.

Où est le rêve de rationalité des Lumières ? Peut-être dans la théorie de Maslow : l’homme a besoin de la société pour se « réaliser ». Maslow entend par « réalisation », que, comme la plante, il donne ce qu’il était en puissance de donner. Mais peut-on aussi y voir l’émergence d’une réelle autonomie : l’homme parvient à penser par lui-même ? La rigueur intellectuelle faite homme ? L’esprit critique, au sens des Lumières ?

Si c’est le cas, la société a encore beaucoup de boulot à faire…

(Remarque : de plus en plus on s’interroge si la pensée est une question de cerveau…)