Rumeur et spéculation

Les bourses auraient été sauvées par l’interdiction du « short selling », vente à découvert. L’efficacité de la mesure indique-t-elle qu’il y avait bien une vigoureuse spéculation ? (Avait-elle en partie la France pour origine ? Quid de la SG ? N’est-elle pas le spécialiste français des produits dérivés ?)

Deux observations, sous forme d’hypothèses :
  • La succession de crises que nous vivons ressemble à ce que décrit Galbraith au sujet de la crise 29. Les opérateurs financiers cherchent des cibles sur lesquelles, sans se parler, ils puissent coordonner un mouvement spéculatif (ceux qui l’enclenchent, et sortent à temps, ont beaucoup à gagner). Il était logique que l’Italie suive l’Espagne, et que la France suive l’Italie. Cette thèse est progressivement apparue dans les journaux économiques (ce blog fut-il un précurseur du mouvement ?), fournissant un signal d’attaque.
  • Le système financier a échappé aux deux modes de nettoyage habituels : la faillite et la nationalisation. Il est donc toujours soumis à sa logique d’avant crise, qui lui demande de chercher des bénéfices irréalistes. La spéculation est le seul moyen rationnel d’agir.
Compléments :

Qui s’est révolté en Angleterre ?

On a trouvé des gens fort riches parmi les pillards anglais, et beaucoup de membres des classes moyennes.

Explication ? Effet d’entraînement et peut-être désir de ne pas moins profiter de bonnes affaires que ses voisins… (UK riots: Why respectable people turned to looting – New Scientist)

En outre, il semblerait que les villes anglaises soient un mélange de classes vivant côte à côte, notamment parce que certains relativement aisés sont venus s’installer chez les pauvres. Absence de solidarité + tentation = pillage ? (Londres, un modèle de mixité urbaine fragilisé par la crise économique – LeMonde.fr)

Résultat naturel de l’organisation libérale de la société anglaise : des individus isolés les uns des autres, et l’enrichissement comme seul horizon ? (Après tout c’est une hypothèse centrale du modèle de l’économie néoclassique.)

Compléments :
  • Une société libérale est nécessairement un Etat carcéral : il faut bien compenser l’absence de lien social ?
  • Bientôt un retour de balancier ? Du libéralisme à l’ordre moral ? J’entendais David Cameron incriminerle manque de moralité de la société britannique. 

Rationalité humaine

On me racontait il y a quelques temps que des employés s’étaient convaincus que le nouveau logiciel qu’on allait installer était tellement mal conçu que la touche d’ordinateur (« F4 ») qui, chez son prédécesseur, permettait de sauvegarder leur travail, ferait exactement le contraire. À tel point que des directeurs d’unité envisageaient de la supprimer des claviers ! Rumeur sans aucun fondement.

Comment se peut-il qu’il puisse y avoir de la fumée sans feu ? Des rumeurs aussi précises, et totalement fausses ?
Cela expliquerait’il le comportement des marchés ?
Faut-il évoquer la théorie de Paul Watzlawick selon laquelle de telles fables ont un rôle dans la régulation interne des groupes humains. En fait, ça les empêche d’exploser ? (Il cite une pièce de théâtre dans laquelle un couple a inventé l’histoire d’un enfant mort.)
Compléments :
  • Watzlawick, Paul, Beavin Bavelas, Janet, Jackson Don D., Pragmatics of Human Communication: A Study of Interactional Patterns, Pathologies and Paradoxes, WW Norton & Co, 2011. (cf. billet)

Erreur de Kant ?

Le billet précédent me fait penser que l’impératif catégorique de Kant est erroné.

Il estime que c’est la raison de l’homme qui doit lui dire comment se comporter correctement.

Sa recommandation de prendre des « décisions universelles » conduit tout le monde à faire la même chose, d’où, lors du Tsunami de Noël 2004, une avalanche de dons finalement inutiles.

L’homme ne doit-il pas agir, comme dans l’exemple précédent, en fonction de ce qu’il « sent » que vont faire ses congénères ?

Ce qui est curieux est qu’il me semble que c’est aussi ce que dit Kant, au sujet de l’art : seule l’intuition permet à l’homme d’appréhender ce qui dépasse son entendement. 

Rationalité des marchés

Les pays que les marchés pensent les plus certains de faire faillite : La Grèce, le Portugal et l’Irlande sont au sommet, plus risqués que le Venezuela et le Pakistan ; l’Espagne est moins sûre que l’Égypte révolutionnaire. (How much closer a union?)

Raison ? Cacophonie de la communication gouvernementale européenne.

Autrement dit la rationalité des marchés (dont on nous a rebattu les oreilles) est nulle. On les manipule par la propagande.  

Bénéfices de l'altruisme (suite)

Les États américains riches subventionnent les États pauvres dans des proportions étonnantes. S’il était un pays indépendant, le Nouveau Mexique, par exemple, aurait un rapport dette sur PIB de 260%. C’est bien plus terrible, et de très très loin que la Grèce (dont l’endettement serait de l’ordre de celui de la Virginie). (Greek Americans)

Dans les mêmes conditions, si vous donnez des noms différents aux gens (Allemands, Grecs…), vous avez une crise ; si vous leur donnez le même nom (Américains), pas de crise. Rationalité humaine. 

Le Français invente les lois

À répétition cette semaine on m’a parlé de grossières violations de la loi par le Français. Police, Éducation nationale, patrons, administrateurs d’association… tout y a passé, en seulement quelques jours.

Mon père, qui était juriste, disait que « le Français invente la loi ».
Explication ? La législation sur l’amiante ouvre peut-être une voie à explorer :
Les entreprises ont longtemps ignoré les risques de l’amiante et les injonctions du législateur. Du coup celui-ci a durci la loi. Elle est devenue virtuellement inapplicable (l’entreprise est supposée coupable par défaut).
Le mieux est-il l’ennemi du bien ? Et s’il fallait que nous fassions des lois moins ambitieuses, mais dont nous-nous donnons les moyens de l’application ?
Compléments :
  • Il y a une histoire de ce genre dans l’Ancien régime et la révolution de Tocqueville. La réglementation par l’Ancien régime du droit d’expression était effroyable. On risquait sa tête pour un mot de travers. Mais elle n’était – presque – jamais appliquée. (Malheureusement ce « presque » fait de notre pays une nation de l’arbitraire, ce que n’avait pas vu Tocqueville, me semble-t-il.)
  • L’opinion d’Aristote.
  • D’ailleurs le Français ne respecte pas plus ce qu’il a appris à l’école. Probablement pour les mêmes raisons : l’école n’est pas très sérieuse. Mais il suit tout de même des règles. Les siennes. On peut les déduire de son comportement. C’est l’enseignement central du cours que je donne.

Spéculation ?

L’Europe est-elle attaquée par un gang de spéculateurs ? « Une bande organisée de spéculateurs cherche à faire tomber les pays de la zone euro » dit un professeur d’HEC.

Pourquoi s’en étonner ? La spéculation est le métier même du banquier. Par définition les marchés financiers cherchent à gagner de l’argent par quelque moyen que ce soit. Si l’explosion de la zone euro est possible, un financier ne mériterait pas ce nom s’il ne voulait pas profiter de l’occasion. Son rôle est de maximiser les revenus de l’établissement qui l’emploie.
D’ailleurs les financiers qui ont une morale affirment que la « main invisible » du marché fait le bien.
Compléments :