Trader : homme ou animal ?

Les scientifiques étudient le trader. Il serait shooté à la testostérone, qui met en veilleuse la raison. Du coup, il se croit invincible, quand il a de la chance. Mais l’incertitude (ce qui se passe actuellement) finirait par lui griller le cerveau et le plonger dans une forme de prostration. (Rogue hormones)

Dans ces conditions on comprend pourquoi les Anglo-saxons parlent de « greed and fear ». 
Rassurant de savoir que le sort de la planète est entre de telles mains ? Conséquence d’un individualisme forcené ? La raison ne sert qu’à l’homme social ?
En tout cas, rendre la raison au trader, et au marché ?, est possible : il suffit de le remplacer par une femme. Elle est nettement moins susceptible à des poussées de testostérone que lui…
Compléments :
  • Wikipedia traduit trader en « opérateur de marché »…

Que reproche-ton à nos banques ?

On reproche à nos banques de ne pas être « mark to market ». Leurs comptes ne reflètent pas la valeur de bourse de la dette grecque. Du coup, les réserves qu’elles possèdent pour parer à une crise sont insuffisantes.

Pourquoi les actifs d’une société devraient-ils avoir la valeur que leur donne le marché, alors qu’ils pourraient en avoir une autre lorsqu’on les vend ? Il faut, donc, peut-être, manier cette idée avec prudence. À moins d’être convaincu de la rationalité des marchés ?

Et l’argument sur le niveau de garantie est douteux : face à la crise que semblent prévoir les marchés, les niveaux de garantie jugés sûrs seraient insuffisants, probablement. En effet, ils étaient beaucoup plus élevés à l’époque où les banques devaient se défendre seules.

En fait, on reproche à nos banques d’avoir des comptes opaques, mais surtout de dépendre de la bonne volonté des gouvernements à transformer l’Europe en une fédération. Or, depuis des mois les journaux économiques anglo-saxons dénoncent les atermoiements des politiques de tout poil. Sans comprendre que ce qui se joue en Grèce, par exemple, est un cataclysme social, et que cela ne peut pas réussir par miracle.
Les marchés, qui ne connaissent que l’action immédiate, sont affolés par l’incertitude ? Et quant ils ont peur, ils vacillent ?

Compléments :

Rationalité des marchés et euro

Les marchés financiers évaluent-ils correctement le risque des États européens ? se demandent deux économistes.

Ils l’ont nettement sous-estimé avant la crise (toutes les dettes de la zone euro avaient le même taux), et, maintenant, il semblerait qu’ils le surestiment tout aussi nettement. À moins qu’ils voient quelque chose que nous ne voyons pas… (The risk of default in the Eurozone: New analysis of fiscal space, CDS spreads, and market pricing of risk | vox)

En fait, je ne crois pas que les marchés soient irrationnels : ils obéissent à des règles. Par exemple, un trader me décrivait les veilles d’explosion de bulle spéculative comme une sorte de jeu de la patate chaude formidablement excitant.

Bien sûr, il y a des moments où les cours font du yoyo alors que leurs fondamentaux sont stables (cf. SHEFRIN, Hersh, Beyond Greed and Fear: Understanding Behavioral Finance and the Psychology of Investing, Harvard Business School Press, 2002). Mais, généralement, ils paraissent plutôt susceptibles au phénomène que Thomas Schelling appelle l’ancrage : la recherche d’un repère commun. (Par exemple, sans rigueur point de salut.)

Empire du mal

L’Amérique a été bâtie sur le principe que la nature de l’homme est le mal.

  • Ses pères fondateurs avaient lu l’histoire dont ils avaient tiré cette conclusion (fréquente dans le monde anglo-saxon). Du coup, ils ont construit un système de contre-pouvoirs qui cherche à équilibrer le mal par le mal. En fait, ils étaient surtout inquiets du comportement des masses, qu’il fallait contenir. « Il était  généralement reconnu que le peuple était souverain, mais il était aussi plus ou moins concédé qu’il ne devenait pas gouverner. »
  • Complétant ce dispositif, ils comptaient sur l’effet apaisant d’une classe moyenne nombreuse (une idée d’Aristote), et sur un partage d’intérêts collectifs : nationalisme et colonialisme (expansion internationale).
  • Dans cette pensée se trouve aussi « l’idée radicale des sophistes, que les désirs naturels de puissance et d’enrichissement sont derrière toutes les actions sociales ». Bref, que derrière le bien se trouve le mal. Et c’est pour cela que la liberté d’exercer une forme de mal est vue par beaucoup d’Américains comme un droit :

Ce que St Augustin avait perçu comme un esclavage, voire une punition divine, l’asservissement sans fin de l’homme aux désirs de la chair, l’économiste néolibéral, le politicien néoconservateur et la plupart des habitants du Kansas, le prennent pour une liberté première.

(Hypothèse qui se retrouve dans les théories scientifiques dominantes) le gène égoïste (…) le darwinisme social (…) le choix rationnel, des théories des économistes.

Voilà ce que dit Marshall Sahlins dans le livre cité par un billet précédentCompléments :

  • C’est une théorie que développe aussi Michael Moore (Bowling for Columbine). L’Américain aurait naturellement peur de son prochain, ce qui expliquerait sa tendance à le massacrer.

Amnésie

Pourquoi le Dreamliner de Boeing a-t-il connu autant de problèmes ? Parce que Boeing a combiné trop d’innovations en même temps.

Curieux. Depuis toujours on me répète que c’est ce qu’il ne faut pas faire, et que l’avoir compris a été le secret du succès des Japonais, à l’époque de leur gloire, ou de Marcel Dassault (par exemple). (Nightmareliner)

Pourquoi Boeing ne le savait-il pas ? Éternelle difficulté à transmettre le savoir ?

Ou conséquence du Postmodernisme (Poststructuralisme) ? Mes maîtres ne me disaient-ils pas, après 68, que leur rôle était de faire s’épanouir la personnalité de leurs élèves ? L’individu n’était-il pas supposé tout savoir ? Dans ces conditions comment concevoir de retenir quoi que ce soit du passé ?

Compléments :
  • Paul Krugman se pose une question similaire concernant les économistes. Pourquoi, ont-il était victimes d’une pensée unique qui leur a fait oublier une grosse partie de leur science, les rendant incapables non seulement de concevoir l’hypothèse même d’une crise, mais surtout d’y répondre.
  • Au fond, cette hypothèse de l’homme omniscient conduit naturellement à l’hypothèse des marchés rationnels. 

Dette excessive ?

Il semblerait qu’il y ait un consensus selon lequel l’endettement des États est excessif.

Mais lors des guerres l’endettement est aussi excessif, et cela ne choque personne. Et si l’on était dans une forme de guerre ? Après tout si certains experts ont raison, la rigueur entraîne la rigueur jusqu’à ce que mort s’en suive… Alors qu’investir et fournir des perspectives stables peut entraîner un redémarrage de la croissance qui éliminera les dettes…

Les crises ne seraient-elles qu’une question de rumeurs aléatoires ? (Comme le dit un dessin humoristique fameux.)

Rationalité des marchés

Pourquoi les marchés doutent-ils de l’Italie et pas de l’Angleterre, se demandait un interviewé de la BBC, ce matin. En effet la situation de la première est relativement meilleure que celle de la seconde.

Oui, mais l’Angleterre a pris des mesures de réduction de son déficit qui ont convaincu les marchés.

Ce qui est bien. Seulement, on aimerait qu’un peu plus d’attention soit apportée à la création d’emplois dans le secteur privé en remplacement de ce qui a été supprimé dans le public, sans quoi…

Règle du moment : c’est la détermination d’un gouvernement qui fait la crédibilité de son économie ? Même si cette détermination peut creuser la tombe de son pays (ce qui explique les hésitations de certains) ? Et demain ?

Comme le montre les Crash : le capitalisme n’est qu’une question de confiance, et d’idées reçues qui vont et qui viennent, aléatoirement : plus de confiance, plus de « valeur » ? Paradoxe de l’hyper matérialisme ?

Compléments :

Le Parisien comme guide

5 minutes d’avance à un rendez-vous. Deux couples de touristes ont le temps de me demander leur route.

J’ai un mode de repérage qui fait que je surcharge aussi peu que possible mon esprit d’informations inutiles. Je ne me perds pas, mais j’ai bien des difficultés à indiquer une route, y compris dans mon quartier. Il va falloir que tout ceci change, et que je me forme au renseignement. D’ailleurs, il me semble que tout Parisien devrait faire de même.
Pendant longtemps j’ai pensé le contraire. N’était-il pas honteux que le tourisme profite plus à certains (Bernard Arnault par exemple) qu’à d’autres (moi) ? Ces derniers ne mériteraient-ils pas d’être dédommagés des externalités négatives qu’ils subissent (métro surchargé, bousculades…) ?
Mais c’est agréable d’être utile. Et puis, se sentir entouré d’amis est bon pour la santé, comme le dit un billet précédent.
Compléments :
  • Finalement, on optimise mieux sa fonction d’utilité en donnant qu’en recevant ? À quoi ressemble une théorie économique basée sur le don ?
  • Aristote (Ethique à Nicomaque) fait de la générosité une des vertus morales. Mais il semblerait qu’il n’ait pas prévu mon cas : n’est généreux que celui qui donne un bien matériel (tout ce dont la valeur se mesure en monnaie)…

Faillite de la raison

Paul Watzlawick raconte la curieuse histoire suivante :

  • Soit un enseignant qui annonce à ses élèves une interrogation surprise la semaine prochaine.
  • Ses élèves lui répondent que c’est impossible : si elle n’a pas été exécutée avant jeudi, elle ne pourra pas l’être vendredi, puisqu’elle ne serait plus surprise. Du coup, idem pour jeudi, et ainsi de suite jusqu’à lundi.
  • Mais, si les élèves sont convaincus qu’elle ne pourra pas avoir lieu, alors il y aura surprise.
La raison, de l’individu, aboutit à des absurdités et ne peut prétendre à mener le monde ?
Compléments :

De l’intérêt de l’eurobond pour l’Allemagne

L’Angleterre emprunte à taux négatif (-2%), entendais-je dire ce matin à la BBC. Elle gagne de l’argent en s’endettant !

Phénomène paradoxal : l’endettement de l’Occident inquiète les marchés qui se jettent sur tout ce qui semble un peu sûr, à savoir l’or, la dette anglaise et américaine. À cela s’ajoute l’inflation, relativement élevée en Angleterre.

Mais alors, et si le bon sens allemand était erroné ? La BCE, en maintenant des taux élevés, empêche l’inflation. S’il existait des eurobonds, la finance mondiale se détournerait de la dette américaine pour les acquérir, et, qui sait ?, les amènerait à un taux inférieur à celui des obligations allemandes…

Compléments :
  • En fait, ce raisonnement, outre qu’il est à court terme, oublie un phénomène psychologique majeur : l’homme aime mieux perdre que de gagner, si un autre profite de la situation en trichant. Il est possible que certains Européens préfèrent un cataclysme, plutôt qu’une prospérité injuste. (Ce phénomène se voit à l’œuvre dans la constitution du groupe humain : l’entente interne prime la survie du groupe : SCHEIN, Edgar, Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.)