Choisir un président (3)

Que donnerait l’impératif catégorique de Kant appliqué au choix du président ? : Kant, impératif

Une de ses versions dit qu’il faut décider comme on aimerait que tout le monde décide. « Agis seulement d’après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle. »

Certes, mais quid du tsunami de 2006 ? Un élan de générosité international a produit des masses d’argent inutiles. Ne faut-il pas tenir compte du comportement du reste de la population dans notre choix, sachant qu’elle ne suit pas Kant ? C’est d’ailleurs probablement ainsi que nous votons.

D’ailleurs Kant, lui-même, est pragmatique : le monde ne se fera pas en un jour, le tout est d’aller dans la bonne direction.

Aboutirait-on à une sorte d’impératif « relativement » catégorique : chercher la direction dans laquelle doit aller le pays ; évaluer le comportement prévisible de ses concitoyens ; et agir en fonction ?

Compléments :

Lumières et Progrès

Les Lumières définissaient le Progrès comme l’émancipation progressive de l’esprit humain. Un parcours de la croyance aveugle vers la raison. Y a-t-il du vrai là dedans ?

  • Les religions sont vues comme la cause, inacceptable, de guerres. L’Islam en fait actuellement la démonstration. Si les religions n’ont pas disparu, elles se cantonnent de plus en plus à la sphère de l’individu. Elles ont d’ailleurs été remplacées par des idéologies (Marxisme et Libéralisme), qui, à leur tour, se sont révélées dangereuses. L’homme commencerait-il à se méfier de ce qu’il ne comprend pas ?
  • Le principal obstacle sur le chemin de la raison est maintenant le « réalisme » politique qui joue sur les faiblesses humaines. Mais, créant des édifices non durables, il finira par perdre la partie ?
Compléments :
  • Réflexion sur le billet précédent.
  • L’ethnologue Marshall Sahlins dit qu’un des biais culturels américains est de croire que l’homme est le mal.
  • Les religions et l’égoïsme ont sûrement un avantage concurrentiel à court terme. Les religions soudent les peuples et leur donnent la force d’écraser leurs voisins (cf. Histoire de l’Arabie saoudite). La Realpolitik de l’égoïste lui permet de dominer des altruistes divisés (c’est probablement pour cela que nos politiques privilégient le court-termisme et leur intérêt). La raison est longue à s’imposer. 

Comment bien frôler les catastrophes ?

Curieusement, frôler à répétition la catastrophe convaincrait l’homme de son invulnérabilité. Cela expliquerait bien des désastres récents (cf. BP par exemple).

Deux biais de l’esprit humain seraient à l’œuvre :
  1. « normalisation de la déviation » : si l’anomalie est fréquente, elle devient la règle.
  2. « biais du résultat » : le succès justifie tous les comportements.
Au contraire, il faut utiliser les succès chanceux pour apprendre de et corriger ce qui aurait pu mal tourner. Voilà ce que dit : How to Avoid Catastrophe.
Compléments :
  • Ce phénomène aurait-il joué un rôle dans la crise actuelle : elle a été précédée d’une dizaine de crises locales qui ont pu être circonscrites ? (Consensus de Washington)

Aéroports en grève

Les personnels de sécurité des aéroports font grève. (Aéroports : le gouvernement sommé d’agir – Economie – TF1 News)

Ils paralysent les aéroports, alors qu’ils sont une poignée (si je comprends bien, il suffit de 400 personnes pour les remplacer). Et ce à Noël et en ayant une visibilité mondiale. Est-ce bon pour notre image de république bananière ?

D’ailleurs, une grève aussi agressive est-elle judicieuse en période de crise ? Souvenir des usines d’armement en grève d’avant guerre, dont parle Marc Bloch dans L’étrange défaite ?

Et si, dans les deux cas, ce comportement apparemment irrationnel était une conséquence de la crise ?

Les psychologues disent que lorsque l’homme est paralysé par l’incertitude, il tend au ritualisme, à s’agripper à ce qu’il juge être le fondement de son identité : l’Allemagne s’accroche à la lettre de ses lois, le religieux devient fondamentaliste, les syndicats font grève, et le blogger écrit ? 

Europe de dupes ?

La mauvaise manœuvre faite par l’Angleterre la semaine dernière lui fait découvrir les intérêts que l’Europe présente pour elle. Que veut l’Angleterre ? Une grande zone de libre échange, et la city, sans entraves. (A comedy of euros)

Est-ce la vision qu’ont les continentaux de l’Europe ? Est-il possible de construire un groupe, si ses membres ne partagent pas une même idée de l’intérêt général ? 

Europe, Allemagne, crise et raison

Dans la crise de l’euro, l’Allemagne semble tenir tête au monde. Face aux arguments des économistes internationaux, elle répond (La zone euro espère vaincre la défiance des marchés malgré ses divisions – Coulisses de Bruxelles) :

Le patron de la Bundesbank :

selon moi, il est incroyable de penser que l’on peut gagner la confiance de quelqu’un en enfreignant les règles

Le chancelier :

Je suis convaincue que si nous avons la patience et l’endurance nécessaires, si nous ne laissons pas les revers nous abattre, si nous avançons systématiquement vers une union budgétaire et de stabilité, si nous parvenons réellement à réaliser l’union économique et monétaire (…), l’Europe ne surmontera pas seulement cette crise, l’Europe sortira de cette crise plus forte qu’elle n’y est entrée.

Acte de foi ? Le pays de Kant a renoncé à l’usage de la raison ? La presse internationale ne fait pas l’effort d’enquête nécessaire pour comprendre le fond de la pensée allemande ? 

Organisation spatiale de notre esprit

Pourquoi perdons-nous la mémoire lorsque nous franchissons une porte ? (Why Walking through a Doorway Makes You Forget: Scientific American)

Parce que notre cerveau, pour des raisons d’efficacité, doit se vider régulièrement pour dégager de la capacité pour de nouvelles tâches. Et qu’il a fini par associer son contenu avec le lieu dans lequel nous sommes. Si nous sortons d’une pièce, c’est probablement que ce que nous y faisions n’a plus d’importance. 

Émancipation des esprits

Sortir l’esprit humain du poids des coutumes, « thinking out of the box », semble avoir été au cœur de la pensée des Lumières, des combats de nos instituteurs d’avant 14, et de Jaurès, parmi beaucoup d’autres.

Apprendre l’individu à penser semble avoir deux intérêts, pour eux. Tout d’abord, lui éviter de se faire manipuler. Ensuite, le libre arbitre est gage d’efficacité : plus efficace est la raison de l’individu, plus la population est globalement efficace.

Mais qu’est-ce que bien utiliser sa raison ? Il me semble que c’est pouvoir décider vite et bien. Pour cela je crois qu’il faut 0) avoir un minimum de pratique de la prise de décision, 1) un minimum de connaissances sur beaucoup de sujets différents, 2) être au cœur d’un réseau de plus spécialistes que soi. 1) et 2) ont la même justification : pouvoir vite acquérir les informations nécessaires à une décision.

Média social et influence

Que nous réservent en 2012 les médias sociaux ? se demande un expert américain.

Les médias sociaux y apparaissent totalement instrumentalisés. Leur rôle est de nous faire consommer le plus possible, de coca et de pizzas, par une forme sophistiquée de manipulation. Exemple :

Le culte de l’influence. De la même manière que Google a créé un système qui récompense ceux qui produisent un contenu que l’on a envie de chercher, il y a actuellement une course au développement du système qui va récompenser ceux qui ont le plus d’influence sociale. 

Conseil gratuit

On me reproche de donner beaucoup de « conseils gratuits ». Je pense avoir trouvé une justification rationnelle à mes actes.

Si je donne, c’est que cela me prendrait trop de temps de vendre. Je passerais l’essentiel de ma vie à palabrer, alors que j’ai besoin de pratique pour apprendre et m’améliorer.

Ce qui est peut être plus curieux est que les techniques que j’emploie, certaines au moins, étaient d’un usage courant il y a quelques années. D’ailleurs on les trouve dans les livres de cours. Alors, bien que très efficaces, elles sont passées de mode ?

Cette histoire dirait-elle quelque chose des caractéristiques de nos mécanismes de décision ?

À de rares exceptions près, l’homme est incapable de mesurer la valeur de ce qui lui est offert, la société choisit pour lui ?

Ce n’est pas totalement optimal puisque cet effet de mode amène certains à consommer ce qui ne leur est pas utile, mais cela représente une formidable économie, puisque l’innovation peut pénétrer une masse énorme sans avoir besoin d’être analysée par chaque individu.