Facebook et la rationalité des marchés

Des scientifiques essaient d’évaluer Facebook. Conclusion ? Son prix d’introduction en bourse est surévalué de 50 à 200%. Pire : « la nouvelle génération commence à trouver que Facebook est peu intéressant, « c’est ce qu’utilisent les parents » ». (Facebook shares are overvalued, say financial analysts – New Scientist)

Mais pourquoi veut-on évaluer une entreprise en fonction de ses revenus futurs, comme le font tous les modèles économiques ? La bourse est un marché et fonctionne selon l’offre et la demande. Si l’action de Facebook vaut aussi cher, c’est qu’il y a des gens qui sont prêts à acheter à ce prix. Dans ce groupe, il y a des gogos qui croient au Madoff et des gens qui savent qu’ils jouent, mais qui ont confiance en leur talent (et en leur chance). 

Le piège de la causalité

Je n’arrête pas de lire des articles qui me disent que l’homme est piloté par ses gènes, ou que le comportement (par exemple rationnel) de l’individu doit être généralisé pour connaître celui des populations.

Ceci me semble idiot. Imaginez que vous êtes un navigateur solitaire et que vous tombiez de votre bateau. La cause de votre chute n’a aucun intérêt pour vous. Maintenant vous devez nager.

Il en est de même de la vie. Les causes ont des conséquences sans rapport avec elles. Par contre, ces conséquences ne sont pas aléatoires et correspondent à un petit nombre de situations types. Comme se retrouver à l’eau lorsque l’on est navigateur.

Ces situations ont leurs gestes de survie. Le rôle de la science est de les trouver. 

Instagram, Facebook et le mécanisme de la spéculation

C’est amusant comme les événements se répètent.

La bulle Internet a été marquée par une révolution des méthodes de valorisation. À l’époque, on s’était mis à multiplier le nombre d’abonnés à un service, que les gourous appelaient « infomédiaire », par une somme qui pouvait atteindre 40.000F (6000€), si mes souvenirs sont bons. L’infomédiaire était supposé contrôler les achats de ses abonnés, et donc prendre une part des dits achats, comme le fait une grande surface.

Ce raisonnement a été repris pour évaluer Instagram et Facebook. Leur utilisateur vaut entre 20 et 50$. (Facestagram’s photo opportunity) La raison en est la même : avec toute l’information que ces sites récoltent, il se peut qu’un jour ils sachent s’en servir pour aider les entreprises à améliorer leur marketing.

Ridicule ? Pas du tout. Ceci représente une forme de rationalité. Le spéculateur a établi une règle à durée déterminée entre spéculateurs. Il sait que tant qu’elle tiendra il s’enrichira. Mais qu’il ne faudra pas être le dernier à porter la patate chaude. Le monde de la finance est follement excitant. 

Économie comportementale

Ces derniers temps l’économie a cru que l’homme était parfaitement rationnel. La crise lui a montré son erreur. Du coup, une nouvelle théorie a émergé : celle qui estime que l’homme n’est pas rationnel. C’est « l’économie comportementale ».

Cette nouvelle science aide les puissants à obtenir ce qu’ils désirent de nous, avec notre consentement enthousiaste. Pour cela, il suffit de jouer sur les lois sociales, sur ce que les ethnologues appellent « culture ».

Parmentier nous en a donné une grande leçon, lorsqu’il nous a amené à voler ses pommes de terre, en les faisant encercler par la troupe. Avant lui, les plus grands stratèges et les plus grands politiques avaient utilisé en maîtres la psychologie des peuples et de leurs adversaires.

Faut-il rire de l’économiste ? Ou l’encourager dans sa redécouverte du monde ?

Changement et systémique : exemple pratique

Systémique, théorie mathématique compliquée, éloignée de la vie ? Que nenni.

Il y a longtemps, j’ai eu le problème suivant. Mon appartement était envahi par l’odeur désagréable que l’on sent les soirs d’hiver dans les rues de Paris, et ma salle de bain par l’odeur de gaz d’échappements. J’en parle à mon syndic qui m’explique que c’est une vue de l’esprit. L’architecte de l’immeuble est dépêché, il me dit de colmater quelques fentes, envoie un message triomphal au syndic, mais ne donne plus de signes de vie quand je lui indique que je sens aussi une odeur de cigarette (qui ne peut venir que du veilleur de nuit du parking).
Ne trouvant personne pour m’aider, y compris chez mes amis du BTP, je finis par me rappeler que j’ai été directeur du marketing d’une entreprise de contrôle technique. J’y identifie un spécialiste des bâtiments qui vient analyser mon système de ventilation. Effectivement, elle fonctionne à l’envers de ce qui est prévu : mon appartement aspire l’air du parking.
J’obstrue l’orifice incriminé, ce qui me permet à nouveau d’ouvrir la porte de ma salle de bain. Or, dans les vieux immeubles, l’air est aspiré par les fentes des fenêtres et est évacué par les pièces de service. (D’où le danger d’installer du double vitrage, sans revoir le système de ventilation.) Ce qui rétablit plus ou moins l’aération de mon appartement, et élimine l’odeur désagréable.
Ce n’est pas tout. J’ai aussi compris pourquoi mon appartement aspirait l’air du parking. Ses ventilateurs créent une dépression qui permet à l’air de l’immeuble de circuler de haut en bas. Or, pour des raisons de fatigue des dites machines, il a été décidé de les ménager (plutôt que de les remplacer).
Morale de l’histoire

La régulation d’air de mon appartement est un système. Ce système s’est déréglé quand la ventilation des parkings a été modifiée. En bouchant une des aérations je l’ai à nouveau transformé (changement). Exemple « d’effet de levier » : le changement est immédiat et ne demande aucun moyen.
Cette histoire montre aussi qu’il n’y a pas que la systémique dans la vie. En effet, j’ai mis un temps fou pour trouver la cause du problème, et je n’ai pas été loin de me faire insulter par mes copropriétaires, qui ne m’ont épargné aucun sophisme (y compris un numéro de mécanique des fluides d’anthologie). De l’irrationalité de l’individu, et de l’effet de la culture (française).

Choisir un président (10) : les mystères de la décision

Dixième et dernier billet sur les techniques de sélection d’un président. Conclusion ?

Rien de très décisif. Comme le dit James March (A primer on decision making), « les décisions surviennent », on ne les prend pas après une démarche rationnelle. Mais, même si le phénomène est mystérieux, c’est en se posant des questions que l’on trouve des solutions.
Plus étrange peut-être, réfléchir permet de s’entraîner et d’être prêt au cas où. C’est ce que j’ai compris en lisant les spécialistes de prospective. La prospective ne permet pas de prévoir l’avenir mais de s’y préparer.
Plus étrange encore, les psychologues (ma référence favorite ces derniers temps : Robert Trivers et The Folly of Fools) ont remarqué que lorsque l’on a décidé de quelque chose, on tend à filtrer les informations qui nous parviennent ensuite dans le sens de notre décision (en ne retenant que ce qui la renforce, et en étant sourd au reste). Bref, si nous voulons être libres de préjugés, soyons indécis jusqu’au bout.

Abeille et décision de groupe

Comment les abeilles parviennent-elles au consensus ?

Elles utiliseraient un double mécanisme. Une abeille qui a trouvé quelque chose d’intéressant (par exemple un emplacement pour une nouvelle ruche) se lance dans une sorte de danse, qui amène d’autres abeilles à faire comme elle. Jusqu’à ce que toutes fassent de même.
Mais plusieurs abeilles peuvent avoir des idées différentes. Pour éviter une scission, il semblerait que les partisans de chaque option aient le pouvoir de bloquer la danse des autres. Si je comprends bien, dès qu’une option a le moindre avantage numérique elle emporte l’adhésion collective.
Il semblerait aussi que ce phénomène soit celui que suit notre cerveau pour décider.
Est-ce aussi comme cela qu’une foule applaudit de la même façon ?

The artist, ou comment mériter un prix ?

Comme prévu, The artist reçoit de nombreux oscars.

Il y a une corrélation inverse entre mes goûts et ce type de récompenses. Il me semble que les prix ne sont pas le résultat de coups de cœur, mais des calculs théoriques.

Le festival de Cannes, par exemple, fait preuve « d’engagement » et dénonce la perversion de notre société. Les superprivilégiés qui composent son jury se donneraient-ils bonne conscience ?

Quant aux oscars, ils paraissent récompenser le numéro d’acteur d’une star installée (paraplégique qui veut jouer au football, roi bègue qui veut parler…) et un succès commercial (le marché n’a-t-il pas toujours raison ?).

The artist me paraît avoir deux atouts supplémentaires :
  1. Il est français. La France est le leader d’opinion européen, en termes de cinéma. Il est d’un bon sens commercial de lui plaire. (N’est-ce pas pour cela qu’un nombre croissant de Français joue à Hollywood ?)
  2. C’est un film sur l’Amérique, qui fait allégeance à ses valeurs. D’ailleurs, son réalisateur a travaillé pour Canal+, ce que l’Amérique fait de mieux. 

Existentialisme et raison

Je trouve inconfortable que l’existentialiste démontre par la raison qu’elle est inutile.

Pourtant, je rencontre souvent cette situation. Définir la stratégie d’une entreprise n’est pas résoudre une équation, mais c’est une sorte de coup de génie qui fait apercevoir une idée à la fois désirable et qui paraît résoudre toutes les questions en cours.

Cependant, « l’acte de foi » des existentialistes m’inquiète. Il me semble que les drames de ces derniers siècles viennent des conséquences imprévues de tels actes de foi.

Même si l’on ne sait pas d’où vient la solution, on doit raisonnablement savoir comment y parvenir.  

Équilibre des marchés

Les cours d’économie disent que le marché conduit naturellement à un équilibre entre offre et demande qui se situe à l’intersection de deux belles droites. La chose ne semble pas si simple.

D’après une modélisation apparemment plus réaliste, tout dépend de la vitesse de réaction des offreurs et des demandeurs. Si les seconds sont les plus rapides, les prix s’effondrent. Si c’est l’inverse, il y a formation spontanée d’une sorte d’oligopole de gougnafiers. (Cartels Are an Emergent Phenomenon, Say Complexity Theorists – Technology Review) La sélection naturelle défavoriserait-elle le meilleur rapport qualité / prix ?

D’après l’article, cela correspondrait effectivement à des comportements réels. Mais, s’il est clair que tous les secteurs économiques sont dominés par des oligopoles, est-il vrai pour autant que leur production soit de basse qualité ? Peut-être la susdite modélisation est-elle un peu simpliste ?

Compléments :