France Culture

Les nouvelles de France Culture me déprimant, j’écoute celles de France Info. J’ai l’impression de changer de monde. On y parle du dernier crime sordide, de sport, de politique, minute par minute. La nature de l’information n’est plus la même. Ce qui m’a fait penser aux USA. Là bas, chaque camp ne consulte que les médias qui pensent comme lui. A quoi cela sert-il de faire du « fact checking » dans ces conditions ?
On se méprend sur la puissance de l’information. Ce qui fait changer l’opinion des gens, ce sont les faits. En particulier leurs conditions de vie. Zweig l’explique bien : lorsque Hitler a essayé de prendre le pouvoir une première fois, il a été chassé par la prospérité. C’est la crise qui l’a élu chancelier. Il est demeuré en place parce qu’il a remis l’économie en ordre, en lançant son pays dans la préparation de la guerre. Idem pour l’Union Soviétique : ce n’est pas la propagande qui l’a abattue, mais l’économie. 

Qui a trahi François Fillon ?

Qui est derrière les tracas de M.Fillon ? La presse ne le sait pas. La réponse dépend du type de documents qui incriminent M.Fillon : dans certains cas, seul le ministère des finances pouvait y avoir accès. (Mais il y a beaucoup de monde au ministère.) A défaut, elle se demande : à qui profite le crime ? 
Bonne question ? Mais que pèse l’intérêt par rapport au désir de vengeance ? Dans une négociation conflictuelle, celui qui gagne est celui qui est prêt à mourrir. Pour vivre, un comportement suicidaire est un atout. La vengeance, c’est le bras de la justice. Et, justement, j’entendais que si M.Fillon n’avait pas été abandonné par les sarkozystes, c’est par indécision : M.Sarkozy ne veut pas de M.Juppé. Mais il n’a pas d’autre solution. 
Cela prouve-t-il l’innocence de M.Sarkozy dans l’affaire ? La vengeance est irrationnelle. 

Effet Macron

Ce matin, France Info interviewait des partisans de M.Fillon et de M.Valls. J’ai été surpris d’entendre « Macron » des deux côtés. Les premiers disant qu’ils auraient envisagé Macron, si M.Fillon ne s’était pas montré à la hauteur de l’attaque qu’il subit. Les seconds se demandaient si M.Macron n’est pas plus proche d’eux que l’idéologique Hamon. Comment quelqu’un qui n’était rien il y a quelques temps peut faire croire à autant de monde qu’il peut être un président crédible ? 
Une théorie traite de cette question. Il s’agit de « l’anchoring », l’ancrage. Un groupe de gens peut se mettre d’accord sur une même action, par exemple se retrouver en un même endroit, sans avoir besoin de se parler. C’est ainsi que l’on peut avoir l’impression de savoir ce que « les autres » pensent. Je ne suis pas sûr que l’on sache expliquer ce phénomène. En tout cas, il semble que l’on partage des sortes de stéréotypes culturels de ce que doit être la « bonne solution ». Par exemple certains endroits d’un bâtiment ou d’une campagne semblent de « bons endroits » pour se retrouver. M.Macron doit avoir de telles caractéristiques. 
(On pourrait peut-être les déterminer par « perceptual mapping« .)

Que sais-je ?

Que sais-je ? disait Montaigne. Il n’était pas honnête. Il avait ses certitudes. « Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition. » Les Essais partent de l’hypothèse que les hommes se ressemblent, et qu’il suffit d’en connaître un, Montaigne, par exemple, pour les connaître tous.

Un monde d’incertitude totale, est-il possible ? Il demeure une certitude : si l’on cherche, on trouve… Le monde est, par nature, compréhensible. Si, d’aventure, un jour il ne l’est plus, nous serons dans le lac.

Vraie beauté

Et si la bête de la belle et la bête ne s’était pas transformée ? Et si c’était simplement le regard de la belle qui avait changé ? Après tout, c’est ce qui arrive dans la vie. Un Mirabeau était fort repoussant et pourtant il fut un grand tombeur.

La morale de la belle et la bête est peut-être que la beauté se trouve au delà de la raison. Mais la raison et le matérialisme ont récupéré le conte. La belle a fait une bonne action, et elle a touché le gros lot. Dormez bien.

La logique de M.Hollande

M.Macron serait bloqué dit Politico. A la fois il n’a pas d’argent pour alimenter son parti, et, curieusement, il a le même électorat que celui de M.Juppé. C’est un ministre de gauche, qui a un électorat de droite, et bien à droite !
Encore plus bizarre, il est protégé par M.Hollande. Quelle stratégie poursuit donc M.Hollande ? 
Il est possible qu’il ne cherche pas à atteindre un objectif (stratégie dite « rationnelle ») mais à conserver une situation qui lui est favorable (stratégie dite « ritualiste »). Pour maintenir son pouvoir, il juge peut-être bon d’entretenir une forme de chaos. 
Question : est-ce que ce chaos ne provoque pas le chaos ? 
(La stratégie du chaos est une stratégie de haut fonctionnaire, cf. France Télécom ou Crédit Lyonnais, elle permet de bloquer les contre-pouvoirs. Il est aussi possible que M.Hollande soit « génétiquement » à l’aise dans cet état de faits : toute sa vie professionnelle s’est passée au milieu du chaos du PS, et il semble même que son enfance ait été marquée par le chaos, entre un père extrémiste, et mal dans sa peau, et une mère socialiste.)

Vive les grèves !

Les grèves peuvent être bénéfiques. Une grève du métro anglais a permis à une fraction de ses usagers de trouver des routes plus courtes que celles qu’ils utilisaient jusque-là. Le gain qu’ils ont fait a suffi à contrebalancer les pertes occasionnées par la grève. Contrairement à ce que dit l’économie, l’homme n’optimise pas. Il est coincé dans ses habitudes. C’est l’imprévu qui met en branle son génie. 
Je peux produire des exemples de ce phénomène. Ils ne viennent pas du métro, certes. Mais des commerces des environs. Plusieurs fois, un mécontentement m’a fait modifier mes habitudes. Et j’y ai souvent beaucoup gagné. Il me semble surtout que subir souvent des imprévus est un entraînement qui permet de se préparer au pire… Et si la grève faisait partie de la mission du service public » ?

Paul Krugman : notre mal ? être français

look at “crisis-hit” France; investors are so worried about France that they won’t hold its bonds unless offered, um, 0.64 percent, the lowest rate in history. But never mind — everyone knows that the French must be in crisis, because they still believe in social insurance, and besides, they’re French. 
dit Paul Krugman.  Plus loin :
Will the QE policy turn this around? Unless it’s shockingly larger and more aggressive than expected, it’s hard to see how. Unconventional monetary policy works, if it does, largely by changing expectations
Que signifie tout ceci ? C’est que le marché n’a rien de parfait. Google a raison, et les Suisses le prouvent (deux précédents billets). L’économie est le terrain de bataille de l’idéologie et du bluff. Nos dirigeants le savent. Ils savent aussi que leurs paroles ne sont que l’opium du peuple.  

Auto punition, rationalité et liberté

Si vous n’avez pas la force d’esprit de tenir une bonne résolution, il est efficace de s’auto-infliger une pénalité en cas de défaillance… Décidément, les théories qui affirment la rationalité humaine (et qui sont la justification scientifique des politiques actuelles) ne sont que balivernes.
Mon interprétation. Nous sommes construits par la société. Elle nous impose ce qui est bon pour nous. Etre libre demande donc un apprentissage. En particulier, il faut tenir compte des usages sociaux que nous avons acquis, et les compenser.(C’est probablement ce que n’avaient pas compris les révolutionnaires. Ils ont cru que l’homme libéré se comporterait spontanément de manière rationnelle. Loupé.)