C’est Thatcher qu’on assassine

Le parti conservateur anglais dénonce les négociations qui se tiennent entre l’UE et l’Angleterre. Et le Brexit ? dit-il.

Ce qui me surprend est l’incohérence de nos gouvernants, anglais ou autres. Car, ce que revendique le conservateur, par exemple le refus de la liberté de circulation, est la négation de l’héritage de Thatcher, son dieu.

D’ailleurs, celui-ci est totalement démantelé, ses « quangos » sont attaqués, et les nationalisations vont bon train, mais personne ne le note. De même que personne ne s’est étonné de l’ire britannique contre la cour européenne des droits de l’homme, alors que les droits de l’homme sont une invention anglaise.

Mais cette incohérence n’est-elle pas perçue ? Ne nourrit-elle pas les désillusions populaires et le vote extrême ?

Théorie de l’administration

La théorie qui sous-tend l’administration a changé.

La théorie initiale est généralement attribuée à Max Weber. Cela tient à la question de rationalité, qui remonte probablement aux Lumières. L’Etat met en oeuvre une politique parfaitement rationnelle. Elle est « orientée résultat ». Elle emploie l’élite intellectuelle.

La guerre semble avoir été le point d’orgue de cette idée. La bureaucratie américaine a gagné la guerre. Puis les bureaucraties ont reconstruit les nations.

Il semble qu’il y ait eu ensuite une vague de critique de la bureaucratie. L’oeuvre de Michel Crozier en est un exemple. La bureaucratie tend à oublier ce pour quoi elle est faite… La bureaucratie est aussi associée au totalitarisme.

Puis, l’on a commencé à dire que la bureaucratie était inefficace, et que, « de manière évidente », l’économie de marché était ce qui se faisait de mieux. Le nom de Mme Thatcher est lié à cette idée. On a alors découvert que le marché n’était pas partout, et qu’il fallait souvent le simuler, en créant une administration pour ce faire…

La question qui se pose aujourd’hui semble être : et si l’on supprimait cette administration et à nouveau on organisait la fonction publique pour qu’elle remplisse sa mission ?

Des notes concernant un ouvrage sur l’évolution de l’Etat, retrouvé dans ce blog :

Le démantèlement de l’Etat démocratique

Chocolat

Je fais la plupart de mes courses dans un magasin parce que j’y trouve un certain type de chocolat. Tout est pourtant plus cher qu’ailleurs. En revanche, j’ai découvert un autre magasin, parce que celui-ci est régulièrement en rupture de stocks concernant des articles (pourtant ordinaires) que j’achète.

Voilà ce que ne comprend pas l’acheteur, une engeance qui a connu récemment des heures de gloire. L’acheteur, et le gestionnaire qui dirige actuellement l’entreprise, et l’Etat, cherche à optimiser les constituants, sans vue d’ensemble. Alors que le tout est la loi de la nature.

Un autre exemple : un temps, j’ai travaillé à la question du « packaging » des offres de télévision câblée. Les gestionnaires des cablo-opérateurs cherchaient à éliminer les « petites chaînes » peu rentables. Ce qui avait un double effet : les amateurs de ces chaînes n’achetaient plus rien, et les amateurs d’autres chaînes minoritaires se sentaient menacés !

Il en est de même de l’économiste : il vous parle de substitution : si vous ne trouvez pas telle marque de beurre, vous prendrez telle autre. Eh bien non !

Et voilà pourquoi le véritable entrepreneur, comme l’artiste, n’est pas un homme de chiffres ou de raison.

Jugement premier

A l’époque où j’enseignais, je me suis rendu compte que je terrifiais certaines promotions. Curieux.

J’ai fini par comprendre qu’elles me jugeaient par rapport à ce qu’elles avaient vécu jusque-là. Et qu’avec une telle interprétation ce que je disais était d’autant plus effrayant que c’était sans précédent…

(J’inquiète aussi les journalistes, et l’élite…)

C’est probablement une règle générale. Contrairement à ce dont nous sommes convaincus, nous ne jugeons pas une personne pour son propre compte, mais par rapport à notre expérience passée.

Ce qui n’est pas une bonne idée. Une seule erreur peut être fatale. Je m’en rends compte quasiment tous les jours en travaillant avec des start-up.

Solution ? Il faut commencer par le doute cartésien. Pas simple. La nature revient au galop. Et que dire des conventions sociales ? Le problème ensuite est de pouvoir reconstituer assez rapidement une image correcte et efficace de la personne.

Glucksmann

L’autre jour, je consultais la fiche wikipedia d’André Glucksmann, philosophe et champion de 68.

Un autre monde. Des parents, qui luttent pour les soviétiques, la guerre, des zigzags au travers de l’Europe, des études brillantes toutefois, mais très militantes.

Ensuite, c’est 68. Mais que les théories du moment étaient compliquées ! Qu’elles semblent incompréhensibles aujourd’hui.

Puis le « sinistrisme ». La dérive de l’homme de gauche vers la droite, à mesure qu’il devient une célébrité.

Notre pensée n’est qu’une rationalisation (complexe et trompeuse) de nos intérêts ?

Le coupable et l’escroc

Une des découvertes de ce blog aura été l’escroquerie.

On croit que l’escroquerie est un délit un rien ridicule, alors qu’elle est un phénomène de haute psychologie. Elle ressortit aux « techniques d’influence ». Les études que j’ai lues expliquent que l’escroc ne dit à sa victime que ce qu’elle a envie d’entendre. D’où le succès des discours parlant de la « fin du travail ». Peut être aussi de celui de Pétain. L’escroquerie est probablement une des techniques de conduite du changement les plus pratiquées. Particulièrement entre amis.

D’où, surtout, la difficulté qu’il y a à redresser la situation : le danger est de révéler à la personne qu’elle est à la fois victime et coupable. J’ai deux mauvaises nouvelles à vous dire, par laquelle voulez-vous que je commence ?

Biais de confirmation

Je n’ai pas confiance en moi. Si bien que je tends à m’entourer de personnes expérimentées et à me reposer sur leur avis.

Ce qui est une erreur. Car ils ne jugent pas mieux que moi. Ils sont eux-mêmes souvent sous l’influence d’une pulsion non rationnelle. Par exemple, ils peuvent ressentir de la sympathie pour un jeune entrepreneur, non pour son talent, mais pour des raisons de fibre parentale. Ou, comme tout Français, ils ont une opinion sur tout. Surtout sur ce qu’ils ne connaissent pas.

Il faut certainement interroger les opinions. Ne pas en rester à la surface.

Un indice de biais : un jugement qui ne vient pas de l’expérience unique de la personne.

Pourquoi fais-je ce que je fais ?

A un âge avancé, alors que bien de mes anciens collègues jouissent d’une retraite anticipée après une carrière de placard, je me suis donné la mission de comprendre ce qui ne va pas en France. D’où un travail de tous les instants d’autant plus épuisant que le mal du pays est que l’on ne peut compter sur personne ! Et que ce que la nation a de meilleur semble anesthésié, sans plus aucun instinct de survie.

Comme excuse, je dis que mon père s’est engagé dans la résistance, qu’il a risqué sa vie et probablement bousillé sa carrière alors que personne ne lui demandait rien. Que suis-je en comparaison ? Je ne joue pas ma vie.

Mais, au moins, il était emmené par un mouvement de fond, même s’il était minoritaire et que la dénonciation faisait rage. Alors que je lutte contre le flot. Il n’y a que des coups à prendre. D’ailleurs ce n’est même pas un bon service à rendre à la nation : il n’y a rien de mieux qu’une crise pour secouer l’inertie intellectuelle.

Ma raison n’arrive pas à me comprendre. Pascal a à la fois raison et tort de dire que « le coeur a des raisons que la raison ne comprend pas ». En fait, nous sommes doubles. Nous avons l’impression que nous « sommes » notre raison, alors que la raison est un appendice aux capacités ridicules monté sur ce qui est finalement notre être réel ?

Intelligence spéculative

Big tech strives to satisfy investor hunger for AI profits

Financial Times de samedi

Depuis quelque temps, je lis que la valeur de l’action Microsoft croit vigoureusement. Explication : le bruit de l’intelligence artificielle.

On s’est interrogé sur la rationalité du marché financier. Il semble qu’elle soit là. De temps à autre émerge un mot, « intelligence artificielle » par exemple. Il n’a aucune signification, sinon qu’il y a de l’argent à gagner, façon ruée vers l’or. Il faut être présent au bon moment, mais pas trop longtemps. Car la bulle finit rapidement par éclater.

Un métier à inventer ? Ou du moins à faire sortir de l’artisanat ? Souffleur de bulle ?

Complexe d’infériorité

Je crois avoir compris ce que je trouve désagréable dans les relations humaines actuelles.

Implicitement, mon interlocuteur me prend pour un inférieur. Il projette sur moi son savoir, comme si j’étais un ignorant. Si bien que je dois absorber un cours, mal digéré, sur un sujet que j’étudie parfois depuis plus de vingt ans. Mais, que sais-je ? C’est pourquoi je l’écoute poliment. Quoi que, progressivement, un peu agacé.

En fait, le phénomène ne m’est pas propre. Je parle souvent d’un mathématicien, inventeur d’une branche des mathématiques, à qui le moindre « petit jeune » prétend faire la leçon. Ce qui se termine d’autant plus mal que notre mathématicien est corse…

Manifestation naturelle à une société d’individus ? Moins on a de culture, plus on l’étale ? Fameux effet Dunning-Kruger ? Qui a une explication ?

En tous cas, la technique corse n’est pas efficace. J’en ai trouvé une autre : lorsque je demande à mon interlocuteur comment il voit l’avenir, il est généralement beaucoup moins sûr de lui, et finit pas me demander de l’aide…