Professeur Raoult

Surprise. J’écoute The origin of infectious deceases de In our time, de la BBC, une émission de 2011. Ai-je bien entendu ? Il est question du professeur Raoult. Et avec beaucoup d’admiration. Or, que cette émission cite un Français contemporain est quasiment sans précédent.

Comme il le disait, le professeur Raoult était effectivement un « hot shot » ?

En tous cas, on n’en entend plus parler. Il a été proprement liquidé ? Cancel culture ?

La disparition du professeur Raoult

On n’entend plus parler du Pr. Raoult, me disais-je. Eh bien, il a droit à une interview. Et ses propos sont intéressants, notamment parce qu’ils différent de ce que l’on entend d’ordinaire. Plutôt dans le registre du bon sens scientifique, que dans celui du complot, d’ailleurs. 

Je n’ai toujours pas compris pourquoi il suscite une telle haine. J’entendais l’autre jour un invité de France Culture faire allusion, me semble-t-il, à ses déclarations, en disant qu’elles avaient été relayées par une presse qui a besoin de sensationnel pour vendre. Indirectement cet homme appelait, donc, la censure de ses voeux. Le Pr. Raoult aurait-il été un révélateur de certaines tendances peu démocratiques de notre société ?

Ainsi parlait le Pr Raoult ?

En discutant avec des médecins, je découvre que, sans que cela se sache, ils ont appliqué les préceptes du Pr Raoult, et que ces préceptes ne sont pas ceux dont parlent les médias.

L’idée, si j’ai bien compris, serait la suivante. A l’envers de ce que préconisaient les ARS, il ne faudrait pas attendre que le mal empire, pour en parler à un médecin. Il faut traiter le plus tôt possible. Et là, la cloroquine serait efficace. Du coup, il y aurait beaucoup moins de cas graves.

Les études qui auraient été faites pour départager les traitements auraient donc été inefficaces par construction, car elles n’auraient porté que sur des cas graves.

Il aurait fallu comparer des populations sous traitement Raoult, à des populations traitées autrement. Si c’est juste, dommage que le Pr Raoult ait cru bon d’adopter un comportement qui a nuit à sa cause.

Raoult président ?

Le professeur Raoult attire les foules.

Que lui trouvent-elles ? Croient-elles en la quinine ?…

Je n’ai pas l’impression qu’il y a unanimité sur le traitement qu’il propose. Alors, sa popularité viendrait-elle de sa personnalité ? Tout le contraire de ce que l’on appelle par dérision « l’élite » ? Le Gaulois, façon Goscinny et Uderzo ?

Celui qui résiste, comme de Gaulle ? Il se trouve d’ailleurs qu’il a l’âge qu’avait le général lorsqu’il est devenu président.

Serions-nous immunisés contre le coronavirus ?

Le professeur Raoult (un précédent billet) observe que, depuis longtemps, les enfants seraient sujets au coronavirus, qui produit, chaque année, des épidémies de troubles gastro-intestinaux.

Cela pourrait signifier qu’une partie de la population, ces anciens jeunes, serait immunisée.

Il se trouve qu’un médecin m’avait dit quelque-chose de semblable : il avait lu dans des ouvrages médicaux que le coronavirus, dans les années 2000, était recensé, effectivement, comme cause relativement bénigne de maux intestinaux chez les enfants. Et il se demandait comment le virus avait pu, aussi rapidement, subir des mutations qui l’ont fait attaquer le système respiratoire.

Voilà qui est intéressant. Enfin de la recherche qui ressemble à de la recherche ? Je me demande si la médecine cherche correctement, et si elle n’est pas biaisée par ce qui est supposé rapporter beaucoup… Et si l’on retrouvait l’esprit de la recherche ? L’instinct du limier ?

Sommes-nous dirigés par des seconds couteaux ?

Le professeur Raoult dit qu’il suscite la haine des seconds couteaux. Ils dirigent la médecine et les journaux. Et, en dehors de lui, ils ont fait fuir les premiers couteaux français.

Curieusement, cela rejoint une étude citée par The Economist puis par ce blog, il y a fort longtemps. Il y était dit que ce n’était pas la compétence qui menait au sommet d’une entreprise, mais, en substance, les techniques du courtisan. Le phénomène ne serait pas propre à la France.

Cela prouve que l’on a vécu une grande période de calme : l’occasion de tester nos compétences ne s’est pas présentée !

L'honneur perdu du scientifique

Etrange histoire que cet article du Lancet sur la chloroquine. Un statisticien écrivant pour le blog de Mediapart s’est penché sur les données de l’article, avant même qu’on ne se mette à les critiquer. Il explique que l’on ne peut rien en tirer, car on ne peut pas savoir réellement les conditions dans lesquelles on a appliqué le médicament, et à quoi l’on compare l’échantillon qui l’a reçu. Apparemment, donc, il n’y avait pas besoin d’être un grand expert pour émettre des doutes sur la solidité de l’étude.

Que se passe-t-il ? Le professeur Raoult semble avoir le don de rendre fous ses collègues. Qu’est-ce qui se joue ? Pourquoi autant d’irrationalité ? Pourquoi des universitaires importants prennent-ils le risque de compromettre leur crédibilité aussi facilement ?

C’est d’autant plus surprenant que le gouvernement semble avoir un respect religieux pour les experts, justement au moment où ils ne se comportent plus comme des experts.

Peut-on encore croire celui qui s’affiche comme un scientifique ? Il faut impérativement remettre la maison des scientifiques en ordre.

Eric Raoult

J’ai entendu parler de M.Raoult rappelant à Marie NDiayé son « devoir de réserve ». Une succession d’idées m’est venue.

  • Nos plus grands écrivains ont pour la plupart été violemment critiques de la France et de son gouvernement. D’ailleurs, il en est de même pour beaucoup d’intellectuels étrangers : la production d’Hollywood, par exemple, paraît condamner sans appel la civilisation anglo-saxonne.
  • Cette critique est généralement utilisée, comme le sous-entend M.Raoult, par ceux qui n’aiment pas le peuple concerné, contre ses intérêts. Cependant, sans cette critique, il y a peut de chances que le dit peuple évolue. Surtout, elle est la preuve d’une liberté qui est sûrement l’arme la plus efficace des démocraties contre leurs ennemis.
  • Arrivé ici, j’ai pensé que personne n’aurait fait attention aux propos (anciens !) de Mme NDiaye sans l’intervention de M.Raoult. Certainement il leur a donné un retentissement international. N’était-ce pas à lui que l’on devrait rappeler son devoir de réserve ?
  • Alors, manœuvre politique, pour faire hurler les intellectuels et valoir au gouvernement l’affection d’une partie stratégique de l’électorat ?

Compléments :

  • Le Monde semble penser, un peu comme moi, que la manœuvre vise les ex votants FN. De manière inquiétante l’article croit qu’il y a surtout là l’expression de la nature profonde du parti de gouvernement. Un gouvernement contre la liberté d’expression ? Confirmation de mon analyse précédente ?