La nature est elle mathématique ?

Le langage de l’univers est mathématique, aurait dit Galilée. In our time de la BBC se demandait si c’était juste.

L’émission en est arrivée à une question que ne s’est jamais posée l’Education nationale, me suis-je dit. Are mathematics invented or discovered ? Sont-elles une création de l’esprit humain, ou lois de la nature.

Le sentiment que j’ai retiré de ma formation est que notre culture française est intimement convaincue que les mathématiques sont « découvertes ». Et que l’on devrait avoir honte qu’elles ne soient pas des évidences. Je pense maintenant qu’il faudrait interroger cette certitude.

Un autre point curieux que soulevait l’émission est, qu’originellement, les mathématiques étaient une religion. On prêtait des propriétés surprenantes aux nombres. La capacité de l’homme à construire des systèmes de pensée foireux, et à les croire, est stupéfiante.

Quant à la réponse à la question initiale, elle n’a rien de simple. L’émission disait que, pour que le monde soit, il a besoin d’un minimum d’ordre et de structure, et que c’est ce que saisissent les mathématiques. En fait toute la raison humaine semble de ce type, je crois. Nous brassons des concepts, comme la justice ou la démocratie par exemple, qui sont évidemment utiles, mais qui nous fuient dès que nous voulons les définir précisément et que personne ne comprend vraiment de la même façon.

J’en arrive aussi à penser que la raison tend à nous faire creuser le même sillon et que l’on a besoin d’un peu de folie pour en sortir. Ce que je crois le rôle de l’esthétique.

Dissonance cognitive

Un ami, grand militant de la cause écologique, prend des vacances à l’île Maurice. Perfidement, je l’interroge sur son emprunte carbone. Il n’y avait pas songé. (Il a passé d’excellentes vacances, il vous remercie.)

Il est bien connu que les nouvelles générations utilisent énormément l’avion. Or, en même temps, elles militent contre lui.

Comment comprendre ces comportements illogiques ?

Ma théorie est que la logique n’est qu’une découverte récente de l’humanité. L’homme comme l’animal réagit à l’instinct. Sa décision dépend de la façon dont on lui présente une situation, pas de la situation elle-même.

Esthétique de la raison

A force de lire et d’écrire, il m’est venu une étrange idée. Et s’il y avait quelque-chose en commun entre la plume du paon et la raison de l’homme ?

Et si leur fonction première était esthétique ? Et si les fonctions qui nous sautent désormais aux yeux n’étaient qu’accessoires ?

Ainsi le « logos », parole et raison selon les Grecs, a peut-être eu pour premier intérêt « d’emballer les meufs » (et réciproquement). La sélection naturelle a donné un avantage concurrentiel au beau parleur sur la montagne de muscles. Peut-être d’ailleurs que le biais pour l’esthétique n’est pas aussi irrationnel que cela : c’est un moyen d’injecter dans l’histoire une forme d’aléa créatif. Sérendipité dit-on maintenant. Sans lui nous creuserions toujours le même sillon. Ce qui serait fatal.

Progressivement, il est possible que l’homme se soit rendu compte qu’il y avait un autre usage possible au logos. Et, depuis, il n’arrête pas de le perfectionner.

Espoir

Une fois ouverte, la seule chose qui reste dans la boîte de Pandore, qui contenait tous les maux de la terre, c’est l’espoir. Comment interpréter ce mythe ? L’espoir est-il ce que les dieux auraient donné aux hommes pour supporter leur sort, peu enviable ? Ou, au contraire, le pire des maux ?

A chaque étape de l’histoire, le mot « espoir » paraît avoir changé de sens. En particulier, il a eu une forte coloration religieuse. Le seul espoir qui compte, est lié à Dieu. Mais, encore une fois, ce sens a oscillé d’un côté ou de l’autre. (In our time, de la BBC.)

Il y a longtemps, j’ai fait un test de Martin Seligman. Il montrait que j’étais exceptionnellement pessimiste, au sens dépression du terme. Mais, ce qui me sauvait était « l’espoir ». On équivaut souvent le suicidé au « désespéré », ce qui semble dire qu’il y a une forme d’espoir qui est vitale.

Ce que je retiens surtout de cette histoire est l’aspect insaisissable du sens des mots. « Espoir » veut à la fois dire beaucoup, mais ne signifie plus rien lorsque l’on veut le cerner de trop près. Et chaque lobby cherche à y accrocher ses obsessions, ce qui contribue à le vider de sa signification existentielle.

Cela est vrai, je crois, de tous les concepts que nous manipulons. J’ai l’impression, parfois, que ce phénomène est une manifestation de la mécanique quantique. La mécanique quantique : simple manifestation des limites de notre raison ?

Obésité

Effrayante obésité, 1 milliard de victimes. Croissance accélérée. Une émission de Christine Ockrent, la semaine dernière.

Tout cela tient à la nourriture industrielle. Et, aussi aux conditions de vie. Notamment au numérique et à ses jeux. Notre société de consommation fait de ses membres des légumes obèses.

Mais, bonne nouvelle ?, il y a là un gros marché pour l’industrie pharmaceutique. 230md€, si j’ai bien compris. En forte croissance. Quand on a un marteau, on voit des clous partout ?

Un espoir ? La mode. Elle est aux maigres.

Il y aurait peut-être aussi la raison. Mais elle n’était pas au programme de l’émission. Ni de l’Education nationale.

La biologie d’Aristote

Aristote serait-il le père de la science moderne ? On le dit, et pourtant on peut en douter. Il faisait grand usage des observations, fantaisistes, des bergers, par exemple. Ou, autre exemple, affirmait que les mouches se reproduisaient par génération spontanée.

Je me faisais cette même réflexion, en écoutant parler des stoïciens. Une partie de leurs théories étaient des « contes de bonnes femmes », dirait-on avec un vocabulaire « daté ». Où étaient-ils allés les chercher ? Pourquoi y croire, alors que cela semblait si fantaisiste ?…

A moins que la raison ne soit qu’une invention récente ? Peut-être que nous projetons dans le passé, ce qui est le fruit d’une lente évolution ?

L’homme a, peut-être, une capacité innée d’invention d’histoires, capacité qui fait les écrivains et les poètes, et ces histoires séduisent les esprits. Mais elles ne sont pas inutiles. Le stoïcisme, par exemple, était une doctrine qui convenait bien au gouvernant.

Aristote a peut-être engagé un mouvement qui, paradoxalement, a sorti l’individu de la croyance en « l’idée », et l’a amené à chercher à tirer des enseignements de l’observation ?

(Inspiré de In our time de BBC 4, à la fois pour Aristote, et pour les stoïciens.)

Socrate le sophiste

Le Socrate de Platon à tous les vices du sophiste (au sens désobligeant du terme). Cela m’a frappé, dès que je l’ai rencontré, en terminale.

Son questionnement est basé sur des vérités apparentes (« n’est-il pas vrai que l’on aime que ce que l’on n’a pas ? »), qui amènent son interlocuteur là où Socrate veut aller. Car Socrate, grand hypocrite, ne cherche pas la vérité, mais la connaît.

Ce que la pensée de Socrate a de faux est qu’elle croit que l’on parvient à la vérité par le raisonnement, alors, qu’au contraire, l’intuition est première et le raisonnement second. Il vérifie, et, éventuellement, invalide.

Mais ce n’est pas parce que Platon est un intellectuel totalitaire (oxymore), que son oeuvre n’a pas d’intérêt. Il a le rare talent de faire parler des gens qui ne pensent pas comme lui. Ce faisant, il illustre la « complexité » de la question, dont il n’est qu’un aspect.

Pensée sauvage

Le flagellant de Séville amène à s’interroger sur l’Occident. La Reconquista n’a-t-elle pas été le monde à l’envers ? La victoire des ténèbres sur la civilisation ?

L’histoire de l’Occident n’est-elle pas celle d’un Moyen-âge de l’humanité, toujours en cours ? Sous le signe de la religion chrétienne, qui a inventé la morale, le bien et du mal, et l’absolu. La « pensée simplifiante » à l’opposé de la complexité du monde ? L’être fruste qui en est résulté, poussé par la foi du charbonnier, a inventé la science et la technique, et a conquis un monde englué dans le confort du raffinement ?

Cadavre exquis

Dino Buzzati raconte l’histoire d’un inventeur qui a trouvé le moyen de programmer les étoiles pour qu’elles écrivent des messages publicitaires. Il meurt prématurément, laissant son travail à moitié fini. Nous nous épuisons depuis à les étudier.

J’ai l’impression qu’il en est de même des idées qui règlent notre vie. Elles avaient une origine très bête, mais on l’a oubliée. Du coup on se perd dans les théories les plus farfelues.

Antichiante BBC ?

Je suis surpris par la quantité et la qualité des séries radiophoniques de la BBC.

Contrairement à ce que l’on trouve chez France Culture, on n’essaie pas (trop) d’en faire des oeuvres d’art. Elles ressemblent, plutôt, à la bande son d’un film. Je les préfère au film, d’ailleurs : je n’ai pas besoin de les regarder, et mon imagination est plus belle que la réalité…

Déception, tout de même : les classiques. Ce qu’un classique a de miraculeux, c’est le style de l’auteur. Or, c’est le style qui, justement, est la victime du traitement cinématographique de l’oeuvre. La seule exception est la pièce de théâtre.

Les consultants, les journalistes, les agriculteurs, les avocats, les architectes, le gouvernement, Internet… il n’y a pas un sujet d’actualité dont elle ne soit capable de parler, avec dérision, et surtout, une connaissance d’initié.

Comment y parvient-elle ? L’Anglo-saxon est formé à être un citoyen, c’est à dire à l’art du forum, la rhétorique. Penser et parler. Les deux sens de « logos ». Boris Johnson, qui a étudié les lettres classiques, aurait pu être un consultant en management. En conséquence, cette élite formée à la pensée, à l’esprit critique, est partout, et capable de décrire ce qu’elle voit, et d’en faire une oeuvre d’art.

C’est drôle, mais aussi inquiétant. Car, lorsque l’humour se dissipe, beaucoup de vérités apparaissent. Et ce n’est guère rassurant. La force de la série anglaise est de corriger les moeurs par le rire ? La définition d’antichiant ?