Comment peut-on être croyant ?

J’écoute parler de religions et de philosophie. Tout cela paraît souvent bien fantaisiste.

Mais y croit-on vraiment ?

L’homme, dans sa vie quotidienne, est mu par son instinct, me semble-t-il. Quel qu’il soit, pris en chasse par un taureau, il fait à peu près la même chose. Mais il y a aussi d’autres moments lors desquels son esprit est disponible. Par exemple lorsqu’il regarde un film ou lorsqu’il est en cours. Et alors, il s’évade de la réalité. Après avoir été ému par un beau sermon sur la fraternité, il ira massacrer son prochain sans aucune arrière-pensée.

Serait-ce le véritable sens du conte de la caverne de Platon ?

Argument ontologique

Anselme aurait démontré l’existence de Dieu par la raison. Argument ontologique.

En fait, je ne pense pas qu’il était le premier à le faire. Dans la République, Platon « démontre » que l’âme est éternelle. Il utilise un raisonnement qui me semble d’une nature identique à celui d’Anselme.

Je soupçonne qu’on est en face d’une pathologie de la raison. La raison invente un concept, et se convainc que, parce qu’elle l’a inventé, il doit exister. Jeu sans fin de Paul Watzlawick ?

Ce n’est pas étonnant que la maladie soit apparue chez les Grecs qui, les premiers, ont osé l’individualisme, et la rationalité non mâtinée de tradition.

Le philosophe : ce malade qui nous gouverne ?

(Pour autant, cela ne veut pas dire que le « concept » soit faux. Simplement, il n’est pas du ressort de la raison. Il est une question de croyance et d’expérience.)

(Réflexions venues de In our time, de la BBC.)

Green deal et France

Suite des aventures du Green deal.

Armé des convictions du billet précédent, j’explore l’opinion qu’en a la France. Ma thèse : il y a la une opportunité inespérée de sauver le pays. Green deal = business.

Réaction ? Je ne pense pas me tromper en disant qu’en dehors du cercle intime de la présidence, j’ai rencontré un échantillon représentatif de ce qu’il y a de mieux informé en France, Etat, politique, presse, université. Résultat : encéphalogramme plat. Ou plutôt : les réactions de l’homme de la rue. On n’est pas loin de me dire que c’est encore un coup de l’élite européenne, perdue dans ses délires ! (Mais je suis en face de l’élite européenne !)

Conseil que l’on me donne : vous devriez informer la nation !

Grande leçon ? Quand on pense « ils savent sûrement », on a tort. Au fond, chacun, qu’il soit ministre ou balayeur de déchets radioactifs, est pris dans le rite du quotidien. Il peut s’exprimer avec vigueur sur des sujets de société, mais, ce n’est là aussi qu’un rite. Etre vert, par exemple, ne l’empêche pas d’avoir plusieurs voitures, de multiples trottinettes électriques, de la climatisation, une piscine chauffée et de parcourir le monde en avion, dès qu’il a des vacances, ce qui est fréquent. Au contraire ? Son engagement n’est-il l’équivalent d’un droit à polluer ?

Voici ce que j’ai imaginé.

Bas bleu

Le bas bleu serait une traduction de « blue stockings » anglais.

C’était un club de femmes de la haute société, à la fin du 18ème siècle. Son concept aurait été différent de celui du « salon » parisien. On y prônait la raison, et l’on recevait ce qu’elle comptait de mieux.

Sa fondatrice était une femme de tête ayant épousé un noble parmi les plus riches, possesseur de mines de charbon, mines qu’elle gérait. Elle avait acquis la célébrité en critiquant le traitement que Voltaire avait fait subir à Shakespeare.

Le club a souffert, dans ses dernières années, de la mauvaise image qu’avaient, en Angleterre, les clubs français de la révolution.

Pourquoi le terme est-il péjoratif ? Vengeance masculine ? Ou rire selon Bergson ? On devient ridicule lorsque l’on perd le sens de la mesure ?

(D’après In our time, de BBC4.)

Le siècle français

Et si le 19ème siècle avait été le siècle français ? Les idées de la révolution ont gagné le monde.

Elles ont réveillé l’Allemagne, qui nous a livré trois guerres, dont deux mondiales. Elles sont à l’origine de l’URSS et de la Chine de Mao.

Le monde anglo-saxon semble s’en être protégé. Peut-être parce qu’il était immunisé : c’était ses idées ?

Quelles étaient-elles ? L’invention de l’intellectuel ? La raison qui commande aux éléments ?

Faut-il voir une répétition de la Boîte de Pandore ? Une illustration du Catastrophisme, dont il était question dans un précédent billet ? L’humanité « innove » en lâchant dans la nature des principes nouveaux. Ils font de formidables dégâts, jusqu’au moment où l’on parvient à les maîtriser ?

Occident barbare ?

Pourquoi le Moyen-âge ? Le monde entier était civilisé et raffiné, y compris la partie est de l’empire romain, qui a survécu un millénaire à la chute de Rome. L’Europe de l’ouest, sauvage. C’est ce qui ressort de toutes les émissions d’histoire que j’entends. C’est l’envers de ce que l’on m’a enseigné.

La Chine et l’Inde se sont fait conquérir à plusieurs reprises. Mais, à chaque fois, les conquérants s’installaient à la tête de la civilisation qu’ils avaient trouvée. En Occident, il semble que les barbares ont été trop violents, trop nombreux, et la civilisation trop faible. Les barbares ont bien essayé de récupérer ce qu’ils pouvaient, en particulier, ils se sont convertis, mais il y avait peu.

Cette destruction fut-elle créative ? L’Occident a pris un nouveau départ, et il a trouvé une nouvelle voie. Peut-être celle, un rien barbare ?, de la raison nue, par opposition au raffinement de la coutume. Il a changé les règles du jeu ?

Aristote et le poissonnier

A un moment, j’écoutais l’information de France Culture. Lorsque le gouvernement disait quelque-chose, elle donnait, ensuite, la parole à une obscure ONG, qui disait le contraire. Est-ce cela un débat ? 

On ne met pas face à face Aristote et le poissonnier du coin. Encore moins en donnant le dernier mot à celui-ci. Cela s’appelle de la manipulation. Le poissonnier peut mériter d’être entendu, mais aussi des milliards d’autres humains. Et pourquoi s’arrêter à l’humanité, diraient les écologistes ? (Et les milliards de poissons ? me dit une amie.)

Attention aux sophismes qui mènent, au mieux, à un relativisme délétère. S’il y a une vérité, elle n’est pas dans tel ou tel livre, elle est à trouver, parce que la vie n’est pas écrite, mais en constante invention. Et c’est le travail de chacun d’entre-nous de contribuer à cette invention. C’est ma conviction !

Laboureur ou mangeur de vent, à vous de choisir votre camp. 

Grandes illusions

Lorsque je me tourne vers ma jeunesse, je constate que les grands choix de ma vie ont reposé sur des idées auxquelles je croyais dur comme fer, et qui étaient totalement fausses. Elles m’ont fermé beaucoup de portes.

Ces idées m’ont été enseignées par la société. Souvent, ce que nous considérions comme des « autorités » les appuyaient de tout leur prestige de prix Nobel, ou équivalent. Elles ne reposaient, je le comprends maintenant, sur rien de matériel. En outre elles ne jouaient pas le même rôle pour tous. Pour ceux, par exemple, qui pensaient que la « fin justifiait les moyens », elles n’avaient pas grande influence.

Je ne parviens pas à regretter mes erreurs, toutefois. Elles m’ont fait sortir d’une voie qui, a posteriori, était toute tracée. J’ai roulé ma pierre, je n’ai pas amassé de mousse : j’ai beaucoup découvert, sans jamais étudier suffisamment un sujet pour pouvoir prétendre bien le connaître. Ce qui fait que je roule encore…

En tous cas, si j’avais des enfants, j’essaierais de les aider à rechercher quelles sont leurs certitudes, et à se demander quelles portes s’ouvriraient, si elles étaient erronées.

Jeu sans fin

Jeu sans fin. Une expression que j’ai découverte chez Paul Watzlawick. Et qui depuis me terrifie. Et si j’étais dans un jeu sans fin ? Et si l’humanité était dans un jeu sans fin ?

Le jeu sans fin est le piège que tend à l’homme sa raison. Il invente un jeu qu’il prend pour la réalité. Et le jeu le rend fou : pensant apprendre quelque vérité essentielle, il se livre à une quête obsessionnelle.

L’exemple même est celui des nombres. Les anciens Grecs en avaient fait une religion. Ils croyaient y trouver les secrets de l’univers.

Hegel a appelé ce phénomène, quand il concerne l’humanité, « aliénation ». L’homme « marche » pour un principe, qui le détruit. Même si ce n’est pas exprimé ainsi, c’est la peur de ce type de malédiction qui me semble tant inquiéter l’homme moderne.

Comment s’en tire-t-on ? me demandé-je. En étant à l’écoute du doute, probablement. Autrement dit en ne s’isolant pas. Et même, peut-être, en se mettant un peu en danger. Mais sans sombrer dans des recettes systématiques.

Peut-être faut-il être « in quiet », comme je le disais dans un livre ? Ce qui ne se décrète pas. Mais peut se contrôler. Danger : je suis content de moi ?

De quoi « élite » est-il le nom ?

Une des découvertes de ce blog est que nos grands hommes ne le sont pas autant qu’on le dit.

En fait, s’ils sont grands, c’est par la dimension de leurs erreurs. Tous ont cru avoir trouvé la pierre philosophale. Seulement, ce qu’ils ont trouvé est important pour la pensée humaine. Ne serait-ce que parce qu’il faut s’en méfier.

En dehors de cela, le plus frappant est que le grand homme n’est pas très malin. Au fond, il utilise une forme de bon sens qui n’est vraiment pas très sophistiqué. Il a des préjugés. Et le préjugé est l’ennemi de la raison.

D’où vient ce phénomène ? Deux idées :

  • Jusqu’ici, il y avait peu de personnes qui avaient une éducation supérieure. D’une part, le gros de la population était incapable de juger de la qualité de leur pensée, d’autre part, ils pouvaient dire ce qu’ils voulaient sans aucune contradiction. Ce qui leur donnait certainement une arrogance excessive. Jusqu’à se proclamer « élite ».
  • Pour parvenir à émettre une pensée intéressante, il faut un long travail, du type de celui que demande une thèse, ou la fameuse « décennie qui fait les génies » de la littérature anglo-saxonne. Notre pensée spontanée est primitive.