Humanisme

J’ai appris que l’humanisme viendrait de Cicéron. Il avait conçu un plan de formation pour ses concitoyens, qu’il était allé chercher chez les Grecs. Curieusement, il serait une cause du Nazisme. (In our time de la BBC.)

Devrait-on en revenir à Cicéron ? Aurait-il des choses à nous apprendre ?

Et pourquoi le Nazisme ? Justement, croire que se bien comporter est une simple question d’éducation ? Sans confrontation à la réalité, la pensée ne peut conduire qu’à la folie ?

Raison et changement

Il y a des moments où l’on croit trouver la Lumière. C’est ce qui m’est arrivé lorsque j’ai écrit mon premier livre, il y a plus de deux décennies. A cette occasion j’ai fait une recherche biographique, de façon à le rattacher à des travaux antérieurs, et à expliquer ce que j’avais observé. J’ai eu la révélation de la systémique. Un phénomène surprenant : j’ai découvert des textes qui utilisaient les mêmes mots que les miens, alors que nous ne nous connaissions pas ! Je n’ai toujours pas compris comment cela est possible. Mais j’ai cru pouvoir marcher sur l’eau. Ce qui n’arrive pas souvent dans une vie.

J’ai, du coup, beaucoup lu, j’en suis revenu à l’après guerre, et même à l’avant guerre, qui a vu émerger le phénomène. Et il a fait naître des espoirs immenses ! Une science des sociétés, disait von Bertalanffy, était notre seule chance d’éviter un désastre final ! C’est à ce moment que j’ai découvert, par exemple, les limites à la croissance, ultime triomphe de la systémique.

Et j’ai cru au complot. L’intérêt myope d’une société devenue individualiste avait enterré la connaissance qui allait la sauver !

Mais, petit à petit, j’ai déchanté. J’ai pris conscience que cela ne « marchait pas ». Ce n’était que modélisations mathématiques qui ne décrivaient la situation qu’a posteriori. C’est à ce moment que j’ai découvert les sciences humaines, qui correspondent bien mieux à mon expérience, en particulier l’anthropologie anglo-saxonne, et la philosophie, qui est un effort maladroit de maîtriser la raison. J’ai aussi pris conscience de ce que la science n’était pas une parole d’autorité, comme on me l’avait fait croire, mais qu’elle était hautement faillible, et, souvent, sous influence. Et que tout le monde s’en moquait. La systémique a laissé la place à la complexité, mais pas à celle d’Edgar Morin, car la sienne est beaucoup trop mathématique à mon goût. Beaucoup trop « pensée simplifiante » dirait-il. Seulement au sentiment que le monde est « complexe », justement, et qu’on ne peut que le considérer avec stupeur et tremblements. Les Anglo-saxons disent « awe », Victor Hugo, « horreur ».

En fait la raison est incompatible avec le changement. La raison croit pouvoir « prévoir l’avenir », alors que le changement est révélation. Il crée les « lois de la nature », auxquelles il n’obéit pas. Pour bien aborder le changement, il faut adopter l’esprit de l’anthropologue !

Délire philosophique ?

Ma découverte de la philosophie est tardive.

J’en suis arrivé à penser que c’était une sorte de religion. On l’aime pour ses contradictions.

Peu de gens la pratiquent. Ceux qui le font, soit lui doivent leur pain, soit la vénèrent. Aucun n’a d’esprit critique.

C’est la « raison pratique » que je trouve particulièrement utile. Les travaux d’Aristote, par exemple. En effet, c’est, généralement, une réflexion sur le bon usage de la raison.

Je considère la « raison pur », la métaphysique, comme un délire. Mais, c’est un délire utile, lui aussi. Elle montre, probablement, les limites de la raison. Là où elle ne doit pas s’aventurer. Les concepts qu’elle utilise sont « absurdes ».

Exercice curieux : comment construire notre vision du monde et de notre vie, en sachant que ces concepts n’ont pas de sens ?

Sorcières de Salem

On voit parfois les USA comme un pays de progrès, mais, par bien des côtés, c’est un fondamentalisme religieux, bien plus à l’aise avec d’autres fondamentalismes, y compris islamiste, qu’avec l’héritage des Lumières (paradoxalement représenté par l’URSS).

C’est peut-être ce que rappelle l’histoire de sorcières de Salem. Une communauté prise de folie, et qui massacre ses membres. Le massacre ne cessant qu’au moment où il menace la haute société.

La communauté concernée connaît des conditions précaires : elle est à la frontière d’une guerre avec les Indiens et les Français. Elle vit dans la peur. En outre, il semble qu’il y ait beaucoup de haines en son sein. Et, surtout, qu’elle soit une secte à la pensée inquiétante. Etrangement, toutes ses valeurs semblent inversées. Elle croit, finalement, plus au diable qu’à dieu. L’élu, selon elle, se reconnaîtrait à ce qu’il est combattu par le malin, et donc qu’il est poursuivi par la malchance ! Idem pour la justice : c’est la communauté qui juge sans appel, celui qu’elle dit coupable ne peut sauver sa vie qu’en se repentant de ce qu’il n’a pas fait.

Mais, au fond, quoi de différent avec les procès staliniens ? Comment éviter qu’une pensée collective ne se détraque ?

(Idées venues de In our time, de la BBC.)

La grand peur de l’intelligence artificielle

Grande conférence sur les dangers de l’intelligence artificielle, en Angleterre.

J’entendais Elon Musk dire que, demain, elle ferait notre travail. Mais qu’y connait-il, me suis-je demandé ? En quoi le fait d’avoir séduit des investisseurs le rend-il omniscient ?

Pourquoi, d’ailleurs, a-t-on aussi peur d’elle ? Alors que l’on ne se préoccupe pas des dangers des batteries électriques, qui semblent pourtant s’enflammer spontanément, et qui se trouvent, bien souvent, dans des parkings d’immeubles… D’ailleurs, qui est « on » ? Les « people » ?

Mais l’exercice est peut-être sain. Cela nous donnera, ensuite, qui sait ?, envie de traiter d’autres sujets, comme, par exemple, notre propension au conflit armé, ou à écraser le faible, ou encore à la manipulation de notre prochain.

D’ailleurs j’ai entendu quelques propos dignes d’intérêt. Il serait important de comprendre ce que fait l’intelligence artificielle, par exemple.

Voilà une nouveauté. Jusque-là, l’obsession de l’humanité était de comprendre les lois de la nature. Avec l’IA, ce fut le renoncement, le laisser faire. Va-t-on remettre notre cerveau en marche ? Le bon moyen pour qu’elle ne nous prenne pas notre emploi ?

Exoplanètes

L’exoplanète, quête ridicule ? Un moyen, à QI nul, de donner envie au peuple de financer l’astronomie en lui faisant miroiter l’espoir de découvrir une autre « vie » ? « Vie », bien sûr, que l’on est incapable de définir, mais qui doit fatalement être le résultat des conditions que l’on trouve sur Terre ?

Peut-être, mais comme tout ce qui est ridicule, théorème de Fermat ou course de F1, cela stimule l’intellect humain.

Car il faut du génie pour distinguer un minuscule morceau de matière de la lumière aveuglante d’une étoile gigantesque, et ce à des distances astronomiques de nous ! Et, encore mieux, d’analyser sa composition chimique, son atmosphère !

Et, en cherchant, on apprend que l’on a toujours tort : le système solaire n’est pas la règle. D’une cause qui semble commune semble résulter une infinité de conséquences différentes, de « systèmes stellaires ».

Génie de la raison pratique, misère de la raison pure ? Mais, sans le délire de la raison pure, il n’y aurait pas de progrès ?

(Inspiré par In our time, de la BBC.)

Iliade, roman d’apprentissage ?

L’Iliade est une curieuse histoire. Ce n’est pas celle du siège de Troie. C’est celle de la colère d’Achille.

Mais c’est surtout le temps où les dieux se séparent des humains, et le moment où Achille devient mortel.

Et si l’Iliade était, tout simplement, une sorte de roman d’apprentissage, me suis-je demandé ? Apprentissage de la nécessité de maîtriser ses passions ? Le commencement de la raison, c’est prendre conscience que l’on n’est pas un dieu ?

(Réflexion suscitée, as usual, par une émission de In our time, de la BBC.)

Commencement

J’ai cru comprendre que le monde n’avait pas de commencement, ou de créateur, pour l’hindouisme.

Ce qui me semble une bonne idée.

La notion de commencement, comme tous les concepts que nous manipulons, s’éloigne à chaque fois que nous voulons nous en approcher. Quand commence une existence ? Qu’est-ce que la justice ? Une chaise ?…

Je soupçonne un biais de la raison, dont je parle dans « argument ontologique ». L’esprit crée des concepts et croit, parce qu’il les a créés, qu’ils existent. Mais non. Ils appartiennent à un autre univers que la réalité. Cet univers parallèle est notre espace de pensée. Il a avant tout une utilité pratique. Et il s’enrichit de nos expériences.