Fahreneit 451

La BBC me fait redécouvrir un livre lu dans mon enfance, et oublié.

Ce que tout le monde sait, même moi, est que les pompiers y brûlent des livres.

Quand je l’ai lu j’ai dû penser, comme tout le monde, que les bons étaient du côté des livres. L’esprit critique, que je suis devenu, peut aussi dire qu’un écrivain ne peut rien écrire d’autre, et que c’est un peu malhonnête. Mais à la troisième écoute, il se révèle que la chose est plus subtile qu’il n’y paraît. Car on brûle les livres, parce qu’ils rendent les gens malheureux. (Ce qui n’a rien d’idiot. Les utopies intellectuelles nous ont coûté cher.) En échange on leur offre des distractions à la TF1. Curieusement, cela produit une société dépressive et violente. Elle finit par se détruire, pour renaître comme le phénix. Et retrouver un rien de sagesse. Répétition de l’histoire de Noé, mais, cette-fois, il s’agit de sauver des livres, pas des animaux.

Voilà un enseignement que l’on peut tirer de l’histoire. Il y a des moments où l’humanité est prise d’une crise d’irrationalité telle qu’elle ne peut se terminer qu’en destruction. Si elle n’est pas totale, elle sert de leçon aux survivants. Seulement, comme on le voit probablement actuellement, la leçon est bien vite oubliée.

Harmonie

Our findings suggest that if you use different instruments, you can unlock a whole new harmonic language that people intuitively appreciate, they don’t need to study it to appreciate it. A lot of experimental music in the last 100 years of Western classical music has been quite hard for listeners because it involves highly abstract structures that are hard to enjoy. In contrast, psychological findings like ours can help stimulate new music that listeners intuitively enjoy.

Article de l’Université de Cambridge

Curieux qu’on ne l’ait pas fait plus tôt. On s’est demandé ce que l’homme trouvait harmonieux. Curieusement, ce n’est pas ce que disaient nos théories, quelles remontent à Pythagore, ou qu’elles soient le fait des « musiciens » modernes.

Décidément, l’art ne fait pas bon ménage avec la raison ?

La loi de la raison

Curieux. On voit Edgar Morin comme un vieux monsieur sympathique, mais on n’entend pas ce qu’il dit.

Or, il dit quelque-chose de très simple : notre raison déraye. Le monde est « complexe », ce qui la fait disjoncter. Seulement, nous avons mis la société sous le contrôle de la dite raison… Cela va-t-il nous être fatal ? Il est vraisemblable que si un Martien avait à parier sur notre avenir, il ne jouerait pas un kopeck sur nos chances.

A moins que ce ne soit une nouvelle expérimentation de la nature ? Ce qui ne tue pas renforce.

Sommeil paradoxal

Un motard somnambule ! Cela existe. En fait, la seule chose qui ne soit pas éveillée chez le somnambule est sa conscience, le lobe frontal du cerveau. Tout le reste est parfaitement au point. Et il avance d’ailleurs les yeux ouverts. (J’imagine qu’un auteur de romans noirs a dû avoir l’idée du crime perpétré par le somnambule, irresponsable donc.)

Plus surprenant, et peut-être inquiétant : le rêve qui se poursuit alors que l’individu est éveillé. Ce qu’il croit réel, et qui est généralement délirant, n’est pas.

Décidément la division âme, corps est stupide ?

(Mysteries of sleep, BBC 4.)

Pourquoi fais-je ce que je fais ?

A un âge avancé, alors que bien de mes anciens collègues jouissent d’une retraite anticipée après une carrière de placard, je me suis donné la mission de comprendre ce qui ne va pas en France. D’où un travail de tous les instants d’autant plus épuisant que le mal du pays est que l’on ne peut compter sur personne ! Et que ce que la nation a de meilleur semble anesthésié, sans plus aucun instinct de survie.

Comme excuse, je dis que mon père s’est engagé dans la résistance, qu’il a risqué sa vie et probablement bousillé sa carrière alors que personne ne lui demandait rien. Que suis-je en comparaison ? Je ne joue pas ma vie.

Mais, au moins, il était emmené par un mouvement de fond, même s’il était minoritaire et que la dénonciation faisait rage. Alors que je lutte contre le flot. Il n’y a que des coups à prendre. D’ailleurs ce n’est même pas un bon service à rendre à la nation : il n’y a rien de mieux qu’une crise pour secouer l’inertie intellectuelle.

Ma raison n’arrive pas à me comprendre. Pascal a à la fois raison et tort de dire que « le coeur a des raisons que la raison ne comprend pas ». En fait, nous sommes doubles. Nous avons l’impression que nous « sommes » notre raison, alors que la raison est un appendice aux capacités ridicules monté sur ce qui est finalement notre être réel ?

Avec philosophie

Sur le tard, je me suis intéressé à la philosophie.

Drôle de chose que la philosophie. Notre société considère les étudiants de philosophie comme des égarés, alors que le diplômé de philosophie est révéré, comme une autorité. La cohérence n’est pas le propre de l’homme.

Philosophie, art de la sagesse ? Les philosophes sont incompréhensibles et se critiquent les uns les autres. D’ailleurs, si on les adore, qui les lit ? Quelle influence ont-ils sur la vie de la plupart d’entre-nous ? (Heureusement ?)

Et, parlent-ils de nous ou d’eux-mêmes, êtres élevés hors sol ? Et si leurs théories complexes n’étaient qu’une rationalisation de la façon dont ils aimeraient que la société les laisse vivre ? Et si, derrière toute leur abstraction, si séduisante pour le néophyte, il n’y avait que des réalités banales ?

Toutes ces réflexions m’ont amené à un paradoxe. L’erreur philosophique est productive. Elle offre un excellent exercice à l’esprit. L’exercice de la critique « constructive ». Celui de la liberté ?

Paradis artificiel

Peut-on prédire le degré de sévérité d’une dépression, distinguer dépression unipolaire et bipolaire et enfin réaliser un suivi de l’apathie ?

(des universitaires) cherchent à modéliser une variété dans un espace de faible dimension qui représenterait au mieux l’espace des émotions.

Cette modélisation doit se faire de façon faiblement supervisée : il faut que cette variété « sorte » des données et ne soit pas contrainte par des représentations à priori. Les données d’entrée sont les expressions du visage, la prosodie de la voix et les phrases prononcées par les personnes.  

Annonce d’une conférence

Autrement dit, on met dans la machine ce qu’un individu interprète, d’ordinaire, et on attend à ce qu’elle nous trouve des idées que l’on n’avait pas eues.

Ma première rencontre avec l’IA ressemblait à cela. C’était en 1984. On m’a parlé d’une machine à innover. Elle avait déjà trouvé quelque-chose comme un Klaxon qui faisait un appel de phares, je crois. C’était un début, qui montrait que l’on était sur la bonne voie.

Ce que l’IA a de formidablement séduisant, c’est qu’elle vous promet de penser pour vous.

Passions

Les passions comme maladie de l’homme sont un des grands thèmes de la philosophie. (Voir Les passions de l’âme, de Descartes, par exemple.) Que l’homme soit pris de coup de folie n’étonne personne.

Or, parallèlement, une autre grande thèse est la démocratie. Le règne de l’individu totalement libre. Comme si l’individu était une merveille de sagesse.

A moins que la vertu de la démocratie ne soit justement là : elle ne donne jamais de pouvoir absolu ? La bonne démocratie n’est pas conçue pour la raison, mais pour la folie ?

Changement et raison

Nous sommes dirigés par des économistes. Or, l’économie n’est qu’un tissu de sottises.

Pourquoi ? Parce que ce sont des théories sorties de la tête d’individus qui ne les ont jamais testées. Et que ce qu’il y a dans notre tête n’a rien à voir avec la réalité.

Si le scientifique n’arrête pas de faire des découvertes, cela en est la cause. A chaque fois qu’il améliore un télescope ou un autre outil, il se rend compte qu’il y a des choses qu’il ne pouvait imaginer. Par exemple, j’ai lu récemment, qu’il n’y avait pas que des « systèmes solaires » dans l’univers. Des planètes se promèneraient sans étoile.

En fait, non seulement il faut vouloir tester, mais il faut vouloir « changer ». C’est ainsi que se révèlent les propriétés de ce qui nous entoure, à commencer par celles du groupe humain.

(Bien sûr, nous finissons toujours par tester les théories des économistes. Comme le disait un oncle, ancien militaire : « une balle perdue est si vite retrouvée »…)