Crime de guerre

On parle de « crimes de guerre » en Ukraine. 

Mais qui a vu une guerre sans crime ? Pas Voltaire, en tous cas !

Dans la série que BBC4 consacre à M.Putin, il y a l’épisode syrien. Ce fut une préparation à la guerre en Ukraine. (Toutes ses tactiques actuelles y sont.) Une victoire à peu de frais qui l’a conduit à surestimer ses forces. 

Pourquoi, alors, n’avoir pas parlé de crimes de guerre ? On nous vente les mérites du machiavélisme. Mais, sur le long terme, la duplicité a un prix. L’homme est beaucoup moins idiot que ne le croient les politiques… Ou beaucoup plus. 

La vérité est-elle subjective ?

A l’envers des croyances modernes, Kierkegaard affirme que la vérité n’est pas objective, mais subjective. Vieil argument : l’homme et Dieu sont de même nature. C’est donc en cherchant en soi que l’on trouve Dieu, donc la vérité. Rousseau semble arriver à la même conclusion. 

Une illustration ? Histoire d’une jeune fille. Bien que douée pour les maths, elle décide qu’elle doit étudier dans une école d’art, car c’est un lieu où l’on s’amuse. Malheureusement, elle dessine comme une enfant de 8 ans. Alors, elle mobilise son professeur de dessin et ses amis, et réussit le concours d’entrée. Elle se révèle l’animatrice et l’organisatrice des fêtes de l’école. Ses professeurs se doutent bien de quelque-chose de bizarre, mais, lorsqu’ils décrètent l’importance des notes de dessin, elle répond qu’il n’y a pas assez de travail de groupe, et prend dans le sien les meilleurs dessinateurs de l’école. Avaient-ils lu Kierkegaard ? Comprenant qu’elle contournera toutes les règles qu’ils créent, ils décident de faire une entorse à une des lois de l’école : elle ne peut profiter d’un « rattrapage » auquel elle aurait eu droit. Elle a continué sa carrière ailleurs. 

L’arbitraire est peut-être une des règles de la vie… A condition de ne pas en faire une fin en soi ?

Vent de sable et biais de jugement

Il y a des gens qui ont le talent de faire briller une voiture. C’est le cas de mes voisins. Mais voilà, un jour brillante, le lendemain poussiéreuse. Ont-ils fait le Paris-Dakar ? me dis-je.

Nettoyages de carreaux : noirs et sales. Pollution de l’usine d’à côté et des avions qui passent en rase-motte. 

Exemple de biais de jugement. Un fait, une interprétation, pas de remise en cause. Car tout cela est faux. L’explication vient de ce que le vent du Sahara nous a apporté du sable. Ce que je ne savais pas, faute d’écouter les informations françaises. 

Voilà le type de biais qui enchante les scientifiques et auxquels ils consacrent beaucoup de leurs travaux. Ils nous disent, en particulier, que nos interprétations confirment nos préjugés. 

Mais les scientifiques ont aussi leurs biais. Car mon jugement a beau être immédiatement biaisé, il n’en reste pas moins que je garde en mémoire que j’ai été surpris. Et quand les circonstances sont favorables, par exemple lorsque je discute avec mon voisin, les faits sortent de ma mémoire, et sont réinterprétés. 

Espérons qu’il en est de même pour le scientifique. 

L'erreur est artificielle ?

L’intelligence artificielle, c’est la bêtise décomplexée. Des gens se pavanent en braillant qu’ils sont des génies parce qu’ils utilisent une technique qu’ils ne comprennent pas. Voilà ce que répète ce blog. 

Eh bien, il se pourrait que la raison tente de reprendre ses droits. Elle en vient à la conclusion qu’il existe des cas dans lesquels l’Intelligence artificielle ne marche pas. Seulement, on ne sait pas lesquels. Pour le coup, c’est démontré. 

« Cela ne pose pas de problème, dans certains cas, que l’IA se trompe, mais il faut le dire. Et ce n’est pas ce qui se passe. On ne peut pas savoir si l’on doit avoir plus ou moins confiance en une décision. » (Article de l’Université de Cambridge.)

Une idée bizarre. Et si l’IA, c’était l’esprit 68 ? Non à la dictature de la raison, des mathématiques, de la démonstration, du sang et des larmes ? Et si nous vivions la fin d’un cycle ? La fin de la grande récréation ? 

Penser avec Montaigne et Miss Marple

C’est curieux comme l’humanité est incapable d’apprendre. Lorsqu’il parle d’éducation, Montaigne est étonnamment moderne. Il écrit qu’elle nous bourre le crâne. Mais, bon sang, pourquoi fait-elle tout pour nous empêcher de penser ? 

Mais qu’est-ce que penser ? Faire ce qu’il fait ? Regarder ce qui se passe autour de soi, et en soi, et se demander ce que l’on en pense, soi, avec ses petits moyens, et non ce qu’en dit la société. 

« Quand bien nous pourrions être savants du savoir d’autrui, au moins, sages ne pouvons-nous être que de notre propre sagesse. » 

Oui, mais comment devenir sage ? Quel chemin emprunter ? Miss Marple, après Montaigne ? Ce qui fait qu’elle résout toutes les énigmes, c’est qu’elle piste le paradoxe. Ce qui est anormal. Et elle lui cherche une logique. Paradoxe après paradoxe surgit la vérité. Au fond, c’est aussi ce que fait Montaigne. C’est un critique, au sens vertueux du terme.

« Mon métier et mon art, c’est vivre. »

Pourquoi la raison déraille-t-elle ?

Enantiodromie. Propriété de certaines de nos actions de donner le contraire de leurs intentions. J’ai découvert ce terme il y a quelques années. Mon enthousiasme a été contagieux : un temps, et peut-être encore, j’étais cité par wikipedia. 

Les exemples d’énantiodromie sont partout. La France lui est propice. Pourquoi ? 

Un exemple le fera comprendre. Celui de la fusée et de la sonde interplanétaire. La trajectoire de cette sonde est calculée par la physique classique. Seulement, la sonde tend à ne pas y demeurer. Les petits écarts s’amplifient jusqu’à l’égarer. Si ce n’est pas le cas, cela tient à ses moteurs, qui la remettent sur les rails. 

Il en est de même de la raison. Or, la France est LE pays de la raison. La raison peut nous donner un objectif, mais, si elle prétend s’affranchir de la réalité, si elle n’est pas associée à un « asservissement », qui nous maintient sur la trajectoire désirée, elle pave l’enfer de bonnes intentions. Et l’ange fait la bête. 

Voilà pourquoi les institutions dont nous étions fiers vont à l’envers de leur mission.

Le rasoir de Spinoza

Conséquence imprévue du coronavirus : j’utilise un rasoir électrique. En revenant du marché, le premier jour du confinement, j’ai constaté que j’avais oublié de renouveler mon savon à barbe. J’ai ressorti mon rasoir électrique. Et j’ai trouvé qu’il rasait mieux que je ne le pensais. 

En fait, je n’ai pas un rasoir électrique, mais trois. Or, l’un après l’autre, ils se sont arrêtés de marcher. L’âge ? Je me suis demandé s’ils n’avaient pas été asphyxiés par les poils de barbe. Mais, pas possible de les démonter. Et, il vaut peut-être mieux ne pas le faire. Donc, je me suis mis à les secouer. Miracle. L’un après l’autre, ils sont repartis. 

Etait-ce le poil la cause de la panne ? Si oui, que coinçait-il ? A moins que le mauvais diagnostic n’ait eu la bonne conséquence ? Le rasoir avait besoin d’être secoué. D’ailleurs, ce que je dis n’explique pas pourquoi ce n’est parfois qu’au dix ou vingtième essai que le rasoir part. Comme souvent, la réelle cause du changement est ma volonté de ne pas baisser les bras, et de ne pas avoir peur de faire des choses stupides. En s’agitant comme une mouche contre une vitre, on finit par trouver la sortie. Rien de pire que la raison.

Quel est l’intérêt de cette histoire ? Elle contredit Spinoza et quelques autres. Il semble évident que tout n’est que causes et conséquences. Mais ma panne a-t-elle une cause ? Le cancer, d’ailleurs, a-t-il une cause ? N’est-il pas juste de dire qu’il résulte de la combinaison de circonstances particulières. Circonstances que l’on n’est pas capable de définir précisément. 

Niels Bohr disait qu’il paraissait que les fers à cheval portaient bonheur même lorsque l’on n’y croyait pas. C’est peut-être la même chose pour les causes. 

La phénoménologie de Miss Marple

Miss Marple, plus forte que Husserl ? 

Ce que raconte Agatha Christie, c’est que nous inventons, collectivement, une réalité. Et qu’il existe des mécanismes extraordinairement puissants pour nous empêcher d’émettre un doute sur elle. Des mécanismes qui tiennent à la fois à la nécessité pour la société d’éviter le trouble à l’ordre public, mais aussi à nos petites faiblesses, à nos petits ridicules. C’est ainsi que l’on admire le dévouement de ce jeune homme admirable, pour sa femme, qui a des moments d’absence, qui la terrorisent. 

Mais, derrière cette vérité d’apparence, il y a une autre vérité, plus vraie. Comme chez Descartes, c’est la raison, la rigueur intellectuelle, qui la révèle. En effet, il y a des accrocs dans le récit que raconte la société sur elle-même. Pourquoi le vieux et riche M.X a-t-il dit aussi fort qu’il ne laisserait rien à sa secrétaire ? Et progressivement, tous ces accrocs racontent une autre histoire, elle sans accrocs. Le jeune homme drogue sa femme, pour qu’elle soit soupçonnée des crimes qu’il commet… 

Les conditions nécessaires de la science

Une des idées qui avait la cote dans les années 2000 était que l’entreprise étant le financier de la société, elle devait donc choisir la recherche qui lui était utile. Simple bon sens. Lors de la crise de 2008, Paul Krugman a écrit que les économistes ne l’avaient pas vu venir, parce qu’ils n’étaient pas payés pour ça. 

Rien n’a changé, la science est aux mains d’intérêts particuliers. Financiers ou non, d’ailleurs.

La mission de la science : nous regarder de l’extérieur ? Aller au delà de l’intérêt personnel du scientifique ? Mais, alors, comment ramener la science à la raison ? 

A force d’accidents, l’humanité finira par penser que l’intérêt personnel n’est pas un bon guide ? Elle réinventera la science ?

2022 : retour à la raison ?

Les Lumières pensaient que le « progrès », c’était la raison. Parvenue à la raison, l’humanité serait heureuse. 

Curieusement, cette idée a été oubliée. On ne se préoccupe plus de raison. Une forme de pragmatisme a envahi le monde. Il vit au jour le jour. Degré zéro de la pensée ?

Le virus nous rappelle peut-être à l’ordre. Que signifie la pandémie, sinon que nous allons de crise en crise ? Et, pourquoi cela ? Parce que nous sommes pris de coups de folies. Nous croyons pouvoir marcher sur l’eau. Comme le dit Denis Meadows, un des rédacteurs du rapport du Club de Rome, l’humanité va de bulle spéculative en bulle spéculative. 

Et si la raison c’était, simplement, cela ? L’anti bulle. Ne plus avoir besoin de crise pour réagir à temps. Comme le « sauvage » dans sa forêt, garder en permanence en tête les dangers de son environnement, et être sur ses gardes ? La raison, une humanité mondialisée redevenue sauvage ?