Je ne pense pas, donc je suis

« La valeur travail est une valeur de droite » aurait dit une femme politique. Ne pas être « de gauche », pour elle, est une infamie. 

Que dirait Montaigne de ce type de déclaration ? L’exercice de la raison dont il rêvait ? 

Aucune idée personnelle ? Encéphalogramme plat ? Des réflexes pavlovien. Telle « valeur » est mauvaise parce qu’elle n’est pas dans la ligne du parti ? 

Où l’on comprend la devise des anarchistes : « ni dieu, ni maître » ? 

(Et l’observation du professeur Cialdini : la seule chose que l’être humain optimise : c’est son cerveau : il l’utilise le moins possible ?)

Chacun à sa place

Il y a longtemps, j’ai voulu faire un stage ouvrier. J’ai été embauché par Bouygues. Mais, arrivé sur le chantier, on m’a dit que je risquais l’accident du travail. Et l’on m’a nommé conducteur de travaux. 

Une drôle d’idée, car je ne connaissais rien, et personne n’avait de temps à m’accorder. Le chantier était en retard. Mais, paradoxalement, j’ai été utile. Peut-être comme peut l’être un anthropologue à une tribu primitive. Je suis devenu une sorte de casque bleu des relations conflictuelles (ce qui est le propre des relations sur un chantier). Comme je ne savais rien, je forçais le monde qui m’entourait à s’expliquer. Je découvrais des problèmes mal posés. Et l’on a même trouvé ce qui causait les retards.

Leçon pour les inspecteurs des finances qui nous gouvernent ? S’ils sont des dangers publics, cela tient à ce qu’ils veulent s’occuper de tâches pratiques ? (Malheureusement, l’argument de l’accident du travail n’est pas utilisable dans leur cas. C’est nous qu’ils accidentent.) S’ils parvenaient à comprendre qu’ils sont des extraterrestres, alors, en nous aidant à bien saisir la réalité qui nous entoure, ils nous illumineraient ? 

Ne désespérons pas ?

Un été avec Montaigne

Histoire de me dépayser : je lis les essais de Montaigne. 

Montaigne fait le même exercice que ce blog. Il prend des sujets et se demande ce qu’il faut en penser. De l’amitié à la cuirasse, tout y passe ! 

Jugement ou vanité du jugement ? Un mot revient sans cesse : « fortune », c’est-à-dire « hasard ». La raison humaine, dont l’homme est si fier, est un leurre. L’homme est le jouet des événements, et de ses fantasmes. L’homme est un clown. D’ailleurs, à le bien considérer, l’animal est plus raisonnable que lui.

Cela devrait conduire Montaigne au désespoir. Comme Pascal, il ne devrait voir qu’une issue : se jeter dans les bras de la religion. 

Montaigne est tenté. Mais, outre que la multiplicité des religions n’a rien de rassurant, il semble tout de même extrêmement content de lui et de sa vie : il se donne sans cesse en exemple. 

Serait-ce la leçon des essais ? Il y a quelque-chose, au delà de la raison, qui est le véritable bien ? Un sentiment qui fait que la fortune (et la mort) ne nous inquiète plus ? Et cela émerge de l’agitation de la raison, et des contradictions qui lui sont inhérentes, dans tous les sens ?

Le blog comme psychanalyse

Je consacre peu de temps à ce blog. Généralement quelques heures le samedi matin. A chaque fois, ma tête est vide. Comment relancer la mécanique, à la manivelle ? 

Son principe, qui ne bouge pas depuis mon premier billet, en 2008, est le paradoxe. Qu’est-ce qui m’a frappé, cette semaine ? Difficile de l’exhumer. Et surtout de retrouver l’idée qui m’est venue alors. Ou plutôt de la formuler, car elle n’était pas aboutie. Elle ressemblait à quelque-chose comme : « je le savais bien ». 

Du coup, l’idée succède à l’idée. Et bien souvent, en écrivant un billet, en m’escrimant à le rendre intelligible, je saisis une vérité que je n’avais pas vue. Effet eurêka qui change, radicalement, ma vision du monde et de la vie. 

De l’influence de la forme sur le fond. 

Le blog, c’est l’art, extraordinairement difficile, de la pensée. La pensée est changement, alors que l’esprit tend à la rigidité. Mais la pensée est aussi, peut-être, un processus. Ce n’est pas parce que je suis, que je pense. On ne naît pas penseur, on le devient ? 

(Reste à ne pas attendre le samedi matin pour se mettre à penser ?)

Super insecte

Génial insecte ? Voilà ce que je pense en écoutant « Metamorphosis – How insects transformed our world », une émission de BBC4.  

L’insecte plus fort que l’animal ? Il vit dans ce que nous considérons les pires conditions. Par exemple, dans le désert, certains coléoptères absorbent l’eau du brouillard. D’autres constituent des bulles d’oxygène pour vivre sous l’eau. Quant aux mouches, elles transforment quasiment n’importe quoi en un matériau consommable par la vie. Ce sont les agents tous terrains de la « bio dégradation ». (Et les adjoints de la police. Elles permettent de dater un décès, et de résoudre des mystères qui auraient désarçonné Sherlock Holmes.) L’insecte défie notre inertie intellectuelle, en fait. Il invente sans cesse. Par exemple, ce qui sera le papillon se voit dans la structure de la chenille. Etre double, occupant deux niches écologiques ? Actuellement, ce qui intéresse le plus l’homme est le talent de l’insecte pour la chimie, et la chimie à « basse énergie ». La puce, par exemple, doit ses capacités extraordinaires à une substance élastique, sans équivalent. 

Ce que cela montre est peut-être surtout, la bêtise de notre prétendue raison. Nous nous demandons comment un papillon peut projeter une trompe de 20cm dans un canal pas plus large qu’elle, par exemple. Problème de systémique : l’homme voit l’arbre, la nature la forêt ? 

Décidément, pas question de nous endormir sur nos lauriers ? Au boulot, évoluons ?

Vérité et démocratie

Les expatriés qui vivent en Russie diraient que la vie y est belle. Jamais apparemment, il n’aurait été aussi agréable d’y faire des affaires. On est payé rubis sur l’ongle. Par ailleurs, la Chine remplace avantageusement, et discrètement, l’Occident. Et la population est massivement derrière M.Poutine. 

Est-ce ce que l’on nous raconte ? Si je tends l’oreille, oui. J’ai lu que M.Poutine se préparait depuis longtemps (2014 ?) à des sanctions. Et qu’il avait pris des mesures efficaces. J’entends aussi la BBC interviewer des Ukrainiens qui expliquent que leur famille russe ne veut pas croire ce qu’ils disent. On sait aussi que les affaires avec la Russie continuent à être au beau fixe (quand elles parviennent à être menées avec discrétion), le gaz allemand en est l’exemple même.

Maintenant n’y a-t-il pas de guerre en Ukraine, comme le prétendent certaines personnes que j’ai rencontrées ? Pure manipulation ? Il y a des millions d’émigrés et l’armée russe subit des revers : c’est le signal qu’elle attaque un peuple. 

Quant au peuple russe, il peut être manipulé, ou, tout simplement, approuver l’écrasement de l’Ukraine. Ce ne serait pas une première dans l’histoire. Toutes les guerres ont été de glorieux crimes contre l’humanité. L’empire russe est de retour ! 

Le problème, dans cette histoire, est que nous ne savons plus qui croire. Car, si nous ne faisons pas un minimum de travail de recherche, l’information que nous recevons nous amène à des conclusions erronées. Et cela, c’est incompatible avec la démocratie. Quand on se méfie de la parole officielle, on en vient à croire les théories les plus farfelues. C’est peut-être pour cela que la « vérité » a été le combat de l’affaire Dreyfus. Pas de démocratie sans vérité ? 

L'homme, être de raison ?

Il m’a fallu quasiment toute une vie pour comprendre que ce que je disais n’était pas compris. Et pourtant, j’ai un pouvoir d’entraînement indéniable. D’où vient-il ? D’autre chose ! Peut-être d’une forme d’énergie. Du fait que « j’y crois »… 

D’une certaine façon, c’est le drame de la raison. Ce n’est pas la parole qui convainc. Mais, pas tout à fait : c’est elle qui me donne mon énergie. Et même si j’ai « toujours tort », lorsque j’arrive à une certitude, elle est solide. Et, elle résiste au temps. 

Logos, principe de la démocratie ?

La vertu, principe de la démocratie, dit Montesquieu. Quand tout est permis, l’individu doit se comporter de manière responsable, puisque rien ne peut lui dicter sa conduite. Il doit avoir une conscience. Ce dont il peut se passer dans un autre type de régime. 

Et le « logos », parole et raison, n’est-il pas propre à la démocratie ? La démocratie c’est la « politique », de « polis », cité. Avant de respecter la loi, il faut la créer, et c’est l’affaire de tous les citoyens, la « politique ». Et la politique est une question de parole et de raison. 

Certes. Mais où cela nous mène-t-il ?

  • Défaut de la démocratie : le « sophisme », détournement du logos. Originellement apprentissage du logos, il est devenu instantanément manipulation des esprits. Le sophisme est l’opium qu’utilise le virtuose de la raison pour exploiter le peuple. Il fait perdre le nord. Puis c’est la révolte, de celui qui se sent floué, sans avoir compris ce qui lui arrivait. 
  • Force de la démocratie : lorsqu’elle fonctionne correctement, elle est créative et enthousiasmante, et ses populations « vertueuses » mettent leur génie dans la réalisation d’un projet commun. Son atout face au régime autoritaire. 
  • Le bon réglage :
    • Eviter le virtuose de la raison, l’intellectuel. Attention à la division des tâches !
    • La « culture », ce qu’Aristote appelait « constitution » de la cité. Les principales règles auxquelles l’homme obéit sont inconscientes. Elles rendent une société résiliente ou non. Elles se constituent dans l’épreuve. (Qui ne tue pas renforce.) Il faut donc entendre « constitution » au sens « constitution (physique) » d’une personne, plutôt que « texte de lois ». 
Conclusion inattendue : une démocratie a un besoin existentiel d’être en danger !
Effectivement, le danger est partout dans le discours politique. Particulièrement, justement, durant les périodes de prospérité, d’éloignement du danger réel. Car, ce danger « politique » est artificiel, déni de réalité, ruse du sophiste, détournement du logos. Et il conduit, en égarant les esprits, à la mettre dans un danger d’autant plus terrible, qu’elle s’est bercée d’illusions. 
Bref, la démocratie est peut-être le régime le mieux adapté au danger. Mais, seulement, si elle fait un bon usage du logos. Si elle parvient à maintenir le contact avec la réalité, menace et opportunité. 
Serait-ce cela la vertu, M.Montesquieu ?

La sélection du bellâtre

La femelle préfère le virtuose, chez certains singes. Et le couple donne ensuite de magnifiques duos. J’ai entendu cela dans une émission de la BBC. (David Attenborough.) 

Cela contredit apparemment un courant scientifique puissant, qui veut que la sélection naturelle choisisse l’individu le plus résistant. 

(Bien sûr, l’a priori scientifique est non « falsifiable », donc non scientifique : on peut toujours dire que la puissance du chant traduit celle de l’individu.)

Mais n’en est-il pas de même chez les hommes ? La femelle choisit souvent le bellâtre, la star de la chanson, l’intellectuel évaporé, le beau parleur… L’esthétique, par ailleurs, joue un rôle colossal dans notre existence et dans la sélection « naturelle ». Et l’esthétique est tout sauf ce que l’on appelle « rationnel ». 

Et si c’était cela la réelle marche de la dite sélection naturelle ? Un hasard qui fait émerger des formes d’organisation nouvelles ? Organisations qui tiennent ou non, par miracle ? Meilleure garantie de résilience qu’un déterminisme rationaliste, fragile comme tout ce qui est prévisible ? 

L’esthétique, sorte de hasard total dissimulé sous une apparence raisonnable, serait-il une ruse de la sélection naturelle ?…

Gilet jaune

On a dit que le Gilet jaune était idiot. Mais le Gilet jaune, lui, disait une chose très simple : « pouvoir d’achat ». 

Or, la seule explication que j’ai trouvée, dans les journaux, à l’inversion de tendance des sondages est : « pouvoir d’achat » ! Et, avec la crise qui s’annonce, inflation, faillites et chômage, cela risque d’être de plus en plus à l’ordre du jour. 

Aime et fais ce que tu veux, dit Saint Augustin. Il est dangereux de prendre un être humain pour un imbécile ?