Antichiante BBC ?

Je suis surpris par la quantité et la qualité des séries radiophoniques de la BBC.

Contrairement à ce que l’on trouve chez France Culture, on n’essaie pas (trop) d’en faire des oeuvres d’art. Elles ressemblent, plutôt, à la bande son d’un film. Je les préfère au film, d’ailleurs : je n’ai pas besoin de les regarder, et mon imagination est plus belle que la réalité…

Déception, tout de même : les classiques. Ce qu’un classique a de miraculeux, c’est le style de l’auteur. Or, c’est le style qui, justement, est la victime du traitement cinématographique de l’oeuvre. La seule exception est la pièce de théâtre.

Les consultants, les journalistes, les agriculteurs, les avocats, les architectes, le gouvernement, Internet… il n’y a pas un sujet d’actualité dont elle ne soit capable de parler, avec dérision, et surtout, une connaissance d’initié.

Comment y parvient-elle ? L’Anglo-saxon est formé à être un citoyen, c’est à dire à l’art du forum, la rhétorique. Penser et parler. Les deux sens de « logos ». Boris Johnson, qui a étudié les lettres classiques, aurait pu être un consultant en management. En conséquence, cette élite formée à la pensée, à l’esprit critique, est partout, et capable de décrire ce qu’elle voit, et d’en faire une oeuvre d’art.

C’est drôle, mais aussi inquiétant. Car, lorsque l’humour se dissipe, beaucoup de vérités apparaissent. Et ce n’est guère rassurant. La force de la série anglaise est de corriger les moeurs par le rire ? La définition d’antichiant ?

Dialectique

Je suis tellement heureux d’avoir rangé quelque-chose que je l’oublie. Il en est de même de toutes les idées un peu élégantes que je peux avoir.

Ce qui illustre probablement le mécanisme de la « dialectique ». Toute thèse devrait-être suivie de son anti-thèse.

Il me semble que la pensée de l’homme dans la nature est dialectique. Il n’a pas le luxe du biais de confirmation. Il doit penser vite et bien. Je subodore donc que c’est notre éducation qui, paradoxalement, détruit notre capacité à raisonner, toute « pensée critique ». Une origine de la « pensée simplifiante » dont parle Edgar Morin ?

Biais de confirmation

On parle beaucoup de « biais de confirmation », sans se rendre compte à quel point le phénomène est vicieux.

J’en fus victime. Il y a quelques années, je travaillais à une question de logiciel d’analyse de données. J’avais rencontré ce que je considérais comme les experts du sujet, meilleurs cabinets de conseil de la place ou statisticiens de multinationales, tous étaient épatés. Pourquoi aller plus loin ?

Jusqu’au jour où je suis tombé sur un cours d’analyse de données néo-zélandais. J’ai découvert qu’il y avait une quantité d’algorithmes que les experts ne connaissaient pas, et ils étaient gratuits.

Mon biais ? Un intellect que l’Education nationale a formé pour être paresseux, et content de lui.

J’ai aussi découvert que le créateur du logiciel était un maître de la manipulation (art inconscient), tellement brillant, que même en le sachant, on se faisait prendre au piège. Une extraordinaire leçon sur la faiblesse de notre raison.

De l’art

Une vie sans art. C’est la mienne. Il n’y a que récemment que je me suis intéressé à la question.

Curieusement, je découvre que j’ai des idées à son sujet.

Paul Léautaud considérait Rimbaud comme un escroc. Je ne suis pas loin de me demander, aussi : quel est l’art légitime, et celui qui abuse de notre naïveté, ou de notre âme de mouton ?

Il me semble que l’art s’étonne et s’émerveille, peut-être deux sens d’une même idée. En cela, il est utile, parce qu’il amène l’homme à progresser. Comme cette poésie absurde qui nous rappelle que l’essentiel n’est peut-être pas la raison. Mais qu’est-ce que cela signifie ? En quoi cela devrait-il changer notre vie ?

Le mauvais art est celui qui, au contraire, nous encourage dans notre médiocrité, comme celui qui provoque une émotion gratuite. Ou celui qui fait passer de la technique pour de la pensée, comme chez Hemingway. Ou encore celui du jeune intellectuel, façon Bob Dylan, qui constate qu’il existe des formulations qui masquent sa superficialité. Ou encore, qui confond progrès et provocation gratuite, « épater le bourgeois ».

Peut-être y a-t-il l’art du délire, de l’envolée lyrique que rien ne retient. Salambô de Flaubert, par exemple. Et, à l’envers, son pastiche, l’héroïque fantaisie, minable. Dont le sommet est Le seigneur des anneaux.

Art de la critique

« La critique est elle-même un art » dit Oscar Wilde.

Pour Oscar Wilde, et comme pour beaucoup de critiques, l’oeuvre d’art est secondaire, ce qui compte est ce qu’en fait le critique. Ce qui paraît un rien idiot. Même si tel peintre est un attardé mental, son oeuvre est un miracle.

En fait, il explique que la critique s’applique à tout. On en revient au sens de « critique » qu’entendaient les Lumières. Il s’agit de ne jamais rien prendre comptant. Mais de l’analyser, pour en tirer un jugement. C’est l’exercice même de la raison.

Ce blog est un exercice de critique. Mais je n’avais pas pensé qu’elle put être un art.

Dangereuse abstraction

Souvenir, atterrant, de MBA. Des professeurs qui prétendaient dominer leurs élèves de leur savoir, comme le font les enseignants de mathématique ou de physique, mais dont les « théories » étaient ridicules, et inopérantes. Ils n’avaient aucune expérience de la pratique.

J’avais déjà eu cette impression auparavant en école d’ingénieur. Et je l’ai, bien plus forte, lorsque je lis un article de sciences humaines. On y singe les « sciences dures ». Or, la vie est bien plus « dure » que les sciences dures, elle est « complexe ». Les outils du physicien et du mathématicien s’y cassent. Et que dire de ceux des apprentis sorciers de l’économie ?

Seulement, ces derniers temps, c’est l’intellectuel, au sens littéraire du terme, à qui l’on a donné le pouvoir. Volonté de puissance ? Soif de domination ? Il a cru que la théorie pouvait remplacer la pratique. Que le rat de bibliothèque pouvait en imposer à l’homme d’action.

Cette idée m’est revenue récemment en discutant avec des élus. Toutes les structures, les « corps intermédiaires », qui étaient là pour soutenir l’économie ont été tuées. Je me suis rappelé des économistes rencontrés à l’époque de la Commission Attali. Ils avaient vu dans leurs équations la recette de la prospérité éternelle. Ils ignoraient ce que je constate tous les jours : que la véritable nature de l’innovation est « organique ». Après des décennies de cette politique, le pays n’a plus que ses yeux pour pleurer.

Comme le disait Kurt Lewin, la science doit être au service de l’action, non le contraire.

Espérons qu’il n’est pas un peu tard pour en prendre conscience ?

Penser ?

Un ami approuve un article de linkedin que je trouve confus. Pourquoi ?

Il traite de la question du moteur électrique, et c’est un jeu de massacre. Tout le monde a tort.

Ce n’est pas ce que j’attends d’un article. Je n’aime pas que l’on me dise ce que je dois croire. Ce qui serait bien mieux serait d’expliquer les arguments des uns et des autres, au lieu de les juger.

Car juger suppose un critère de jugement, un bien et un mal. Or, il n’y en a pas d’absolu. Un événement, que M.Xi envahisse Taiwan ou que M.Poutine déclenche une guerre nucléaire, une répétition de la crise de 29… , peut faire que la fin du monde soit à la fin de la journée…

Il y a des années j’ai rencontré un universitaire québécois qui me posait des questions curieuses. Après un long moment très confus, j’ai fini par comprendre qu’il cherchait à trouver une façon de savoir si une surface était plus plate qu’une autre. Avec quelques efforts supplémentaires, j’ai compris qu’il était un expert en ergonomie, qu’une entreprise lui avait demandé de juger du confort de siège, et que le meilleur siège, selon lui, était plat. Je lui ai conseillé de dire cela à ses clients. Et de les laisser faire seuls leur choix.

Les causes du complot

Complotisme est un sujet qui est devenu à la mode. Concordance des temps (France Culture) en parlait, le 24 septembre dernier.

En écoutant l’émission, j’ai pensé que j’ai été complotiste. Mais pas tout à fait au sens de l’émission. Il me semble, quand j’étais adolescent, avoir cru à des histoires extrêmement fantaisistes que je trouvais dans la presse pour jeunes. Je n’en ai pas gardé de souvenir clair, mais j’aurais très bien pu m’enflammer pour des questions d’extra terrestres ou de civilisation disparue. Il me semble que Pierre Bellemare racontait ce type d’histoires.

D’ailleurs, j’e me suis passionné pour un livre, très sérieux, sur l’exploration de l’espace, alors qu’aujourd’hui, je ne trouve plus aucun intérêt à tout ce vide.

Boris Cyrulnik appelle cela un « délire logique ». L’homme qu’il nomme « insécure » tend à croire au père Noël, qui le rassure. Je ne suis pas certain que ce soit toute l’explication. Platon ne croyait-il pas, dur comme fer, au « monde des idées » ? N’est-ce pas aussi le cas de l’intellectuel, voire du scientifique ? Ce délire n’est-il pas une « pathologie » de la raison ?

Tout le travail de la « raison », au sens des Lumières, n’est-il pas, justement, de canaliser notre raison, pour qu’elle ne délire pas ? Ce qui demande la capacité de douter, dit Boris Cyrulnik. Et, donc, la capacité de pouvoir résister au doute. Elle exige, à son tour, une « liberté intérieure », qu’il croit résulter d’un environnement favorable à l’épanouissement de l’individu. (Je doute de son explication, mais c’est pour un projet billet.)

La règle et l'araignée

S’installer en banlieue, c’est découvrir l’araignée.

L’araignée semble vivre dans un autre univers que le nôtre. Par exemple, elle est incapable de percevoir le danger que nous représentons pour elle. Elle reste immobile, alors que nous sommes à distance d’écrasement. Pourtant, il lui en faudrait peu pour se mettre à l’abri.

Il est vrai que, considérant que l’araignée avait peut être un rôle à jouer dans notre écosystème, je lui laisse un peu de liberté, et raccompagne celle qui est trop visible à la sortie.

Ce qui me surprend est de la voir tirer des toiles là où elle est le plus en danger : par exemple dans un montant de la fenêtre de ma chambre, que j’ouvre et ferme tous les jours.

A moins que ce ne soit malin ? Comme je ne m’y attends pas, je ne fais pas attention ? Comme l’entrepreneur, l’araignée qui réussit est celle qui prend des risques ?

Alors, le danger, c’est la raison ? Elle nous fait croire que la nature suit les règles que nous inventons. Or, au contraire, la nature exploite ces règles, contre notre intérêt ?

D’ailleurs, je me demande si l’araignée, elle aussi, n’est pas un être de règles. Ainsi, il suffit que je change un rien mes horaires pour découvrir qu’une s’est imprudemment aventurée à découvert.