Publicis

On ne change pas une équipe qui gagne : la crise actuelle pousse Publicis à conserver la direction de Maurice Lévy.

Contrairement à ce que dit ce blog, les fusions acquisitions marchent parfois. Elles auraient fait le succès de Publicis. Leur dernière vague a porté sur Internet et les pays émergents. Elles sont aujourd’hui ralenties : il ne fait pas bon être endetté par les temps qui courent. (Four more years)

Sites payants

Fin de l’accès gratuit aux sites des journaux américains. Ou, du moins, forte tendance.

Raisons : la technologie pour ce faire est facile à utiliser ; Apple a réussi à faire payer ce contenu, il n’y a pas de raison qu’ils demeurent gratuits quelque part ; les revenus publicitaires sont en baisse rapide.

De ce (dernier) fait, les éditions papier devraient aussi voir leur prix augmenter, d’autant que leur lectorat restant est relativement captif. (Another brick in the wall)

Paradoxe ? Au lieu de donner la victoire à la gratuité, Internet aura augmenté la difficulté d’accès à l’information ? 

Science et entreprise

« les habitudes acquises pendant l’enfance peuvent durer toute la vie. Donc, les entreprises bombardent, dès leur naissance, les enfants de publicités. L’enfant américain de 3 ans peut reconnaître en moyenne 100 marques. » (Hidden Persuaders II)

De l’usage de la science entre les mains de l’entreprise ? Pourquoi n’existe-t-il pas une science qui évite à l’entreprise d’avoir la tentation de nous manipuler ?

Médias, Internet et modèles économiques

Décidément, ce que disaient nos beaux esprits durant la bulle Internet était idiot.
Qu’est-ce qui fait gagner de l’argent aux médias ? Les vieux et les médias traditionnels. (Les jeunes sont fauchés, et la pub sur Internet ne rapporte rien.) Pas le gratuit payé par la pub, mais l’abonnement ! (Peggy Sue got old)
C’est le monde de la prévision qui marche sur la tête ! (Ou avait-il d’autres intérêts que de nous dire la vérité ?)

Industrie cinématographique : rien ne va plus

Rien n’irait plus dans l’industrie cinématographique. La vente de DVD et autres supports du même genre, la majorité de ses revenus, serait attaquée par la location.
Résultat ? Qui a dit que l’innovation faisait le bonheur du marché ? Les studios produisent moins que par le passé et ce qui résiste le mieux à l’érosion. Ce n’est pas le meilleur.
Solution ? Relation directe avec le consommateur, communication ciblée, politique de marque (studios spécialisés, acteurs…).
Mauvaise nouvelle pour la distribution et l’industrie de la publicité et des médias ?

Publicité : le crime paie

Pour une entreprise inconnue toute publicité est bonne. Cela crée sa notoriété. Rien d’autre ne reste (en particulier l’éventuel aspect négatif de la nouvelle).
L’affaire Kerviel, illustration de la robustesse de ce théorème ? J.Kerviel est sorti de l’anonymat. C’est une star, et toute star peut trouver une rémunération de star ?
Dans notre société, le crime paierait-il ?
Compléments :
  • Chez les Vikings la peine la plus terrible n’était pas la mort, mais l’exclusion de la communauté. Ainsi, la mauvaise pub ne rapportait pas. BOYER, Régis, Les Vikings : Histoire et civilisation, Librairie Académique Perrin, 2004

L’économie dupe l’homme

Les économistes du billet précédent disaient que les financiers avaient dupé le marché, en concevant des produits exotiques qui lui faisaient prendre des vessies pour des lanternes.
Mais sont-ils les seuls à nous duper ?
Les coupe-faims sont des coupe-vies. L’agro-alimentaire vend de l’obésité. Les assureurs américains n’assurent que le bien-portant. Depuis ses origines l’industrie de la communication s’est spécialisée dans la manipulation
Et si le fonds de commerce de l’industrie était devenu la duperie ?

La communication transformative

HABIB, Laurent, La communication transformative, puf, 2010. Apparemment, un livre pour publicitaire sur la communication. En fait, étonnant bilan de l’évolution de notre société.
Le basculement d’un capitalisme entrepreneurial à un capitalisme financier a coïncidé avec une destruction de valeur systématique. Un nettoyage à sec, version solution finale. Tout y est passé. La valeur boursière, le travail – remplacé par le chômage, la légitimité de l’entreprise et de ses produits… Symbole le plus frappant de cette destruction : la fonction présidentielle.
Résultat : cynisme et méfiance.
La communication a été l’agent des basses œuvres du changement. Après guerre, elle faisait découvrir de nouveaux produits, montrait comment les utiliser. Puis elle a mis en relief ce qu’ils avaient d’unique ou de rare. Mais, progressivement, elle est devenue manipulation. Elle a parlé à l’émotion. Elle a exploité les mécanismes d’influence sociaux pour modifier nos comportements. Elle nous a dit ce qui était le bien et le mal. Elle a si bien réussi que nos gouvernants et dirigeants confondent maintenant communication et action.
Comment rompre ce cercle vicieux ? Gouvernants et dirigeants doivent proposer à la société, dans leur domaine de légitimité, un projet de transformation, à long terme. Répondre aux bouleversements sociaux au moyen de ce que le patrimoine de l’organisation a d’unique. Effet vertueux : notre adhésion à ce projet le fera profiter de notre enthousiasme de consommateur, d’électeur, mais aussi de contributeur.
Commentaire 
Démonstration courte, simple, impeccable, agréablement écrite.
Retour aux livres de cours de la stratégie (la communication transformative c’est « strategy as stretch » d’Hamel et Prahalad), du marketing et de la gestion de marque (Kapferer). Pas de conduite du changement. Le changement des comportements organisationnels va-t-il se faire par miracle ?
D’ailleurs je ne crois pas que la communication transformationnelle soit bonne pour le publicitaire, comme le dit L.Habib. Si l’entreprise apporte quelque chose d’unique et d’important à la société, elle n’aura plus besoin d’une communication sophistiquée.
Surtout, la transformation qu’exige L.Habib n’est-elle que communication ? Ne demande-t-elle pas un changement d’attitude de nos dirigeants ? L.Habib les enjoint de nous dire où ils veulent nous emmener. Mais est-ce dans leur intérêt ? La destruction de valeur dont il parle tant n’a pas fait que des victimes…

Obamarketing

Explication des déboires actuels de B.Obama ? Voici ce que dit le publicitaire Laurent Habib (La communication transformative, PUF) de sa campagne :

Nouveau modèle de campagne autour d’une cause : ce n’est plus « Vote for Obama », c’est « Vote for Change ».

Pour encourager l’appropriation, le narratif de la campagne bascule de la représentation du candidat vers celle des électeurs comme agents du changement.

Il est d’ailleurs fascinant de constater que les militants, lorsqu’on les interroge sur la campagne, ne parlent pas de politique, peu d’Obama, beaucoup de changement et essentiellement d’eux-mêmes…

B.Obama a conquis le Graal du publicitaire : « la marque (…) est réinterprétée, réappropriée par chacun et, pour partie, réinventée. »
Obama aurait-il retrouvé un des plus anciens trucs de publicitaire, le « Grand soir » ? Ne rien promettre à l’électeur, sinon la réalisation de ses rêves ? Brillant : les rêves peuvent être différents, l’électeur est unanime. Pas étonnant qu’il soit maintenant mécontent (Tea Party) ou abattu (Démocrates).

Compléments :
  • Jusqu’ici, dit L.Habib, les entreprises pensaient que la communication remplaçait l’action (un bon produit). Étape ultime, la communication ne promet plus rien, n’est plus rien, le marché la charge de ses fantasmes ? Nous-nous autoconvaincons ? Réalisation du « non agir » chinois ?
  • Aussi bien le Chrétien que le Marxiste nous disent que le Grand soir n’arrivera qu’après un long et difficile chemin. Ils vendent de l’espoir. Ils donnent un sens à la vie. Et ça c’est increvable. Le publicitaire serait il passé à côté d’une des bonnes pratiques du métier ?