Fils d’appareil

J’ai entendu M.Fromantin dire que Jean Sarkozy n’a pas de projet pour l’EPAD. D’après ce que l’on m’a expliqué des hommes politiques, ils sont tous ainsi : ils n’ont pas d’objectif pour la nation, ce qu’ils aiment c’est le « pouvoir » : notoriété, grand train de vie, discours, élections, intrigues, coups de théâtre…

Une classe politique peu préoccupée de nos intérêts

Et le résultat n’est pas très bon pour nous. Par exemple, voici ce que je perçois des trois leaders politiques français les plus remarqués :

  1. N.Sarkozy et S.Royal sont faits sur un modèle identique d’agitation brownienne.
  2. M.Aubry (fille de son père) possède une pensée politique qui s’est apparemment épuisée avec les 35h. D’ailleurs ce qu’elle a d’exceptionnel n’est-il pas sa capacité à diriger le PS, en dépit de luttes de factions incessantes, et d’un soutien minoritaire ? Autrement dit sa maîtrise des rouages de l’appareil ?

Jean Sarkozy pourrait être vu comme une illustration de la théorie du capital social de Pierre Bourdieu (selon laquelle la fortune, au sens ancien du terme, d’un homme dépend de sa place dans la société), cependant je me demande si celle de Merton sur la bureaucratie n’est pas plus appropriée :

La politique française victime des partis politiques

Robert Merton avait remarqué que les strates bureaucratiques suivaient des objectifs qui leur étaient propres. C’est le « détournement de but ». Il y avait « ritualisation », le moyen était révéré plutôt que la fin, l’intérêt de l’organisation globale. C’est ainsi que les directions de la communication font de belles campagnes de communication, sans toujours s’inquiéter de l’utilité d’une campagne de communication pour l’entreprise, que les directions techniques aiment la technique pour la technique, etc.

Notre système politique semble fonctionner de même. Il a une existence indépendante de celle de la nation. Il produit des êtres à son image, qui a leur tour le reproduisent. La raison du phénomène, comme pour la bureaucratie, est la professionnalisation. L’homme politique est un rouage d’une organisation, le parti politique.

En fait, le parti est fruit de la nécessité :

  • Pour se faire élire, il faut se faire connaître. Le coût de la publicité nécessaire est colossal.
  • La carrière politique ne peut être que continue, car un politique aura beaucoup de mal à trouver un autre type d’emploi.

Jadis les hommes politiques avaient une fortune, aujourd’hui ils ne l’ont plus, et ont besoin de l’aide d’un appareil.

Or, le parti et ses rouages vont probablement à l’encontre des principes de notre démocratie : nos élus ne devraient-ils pas être une sorte d’échantillon représentatif de la nation, qui exprime ce que Rousseau appelait « la volonté générale » ?

Une politique sans partis ?

Quelques pistes, à creuser, pour éliminer les structures politiques, dissoudre appareils et professionnels :

  • Réduire le besoin d’hommes politiques à plein temps. Découper les fonctions électives, de façon à ce qu’une grande partie d’entre elles soit accessible au bénévolat.
  • Faciliter la publicité aux actions et à la pensée des « meilleurs d’entre nous », probablement des gens dévoués à la cause commune sans être engagés dans la politique professionnelle. Le web social a peut-être des choses à dire sur le sujet.
  • Réduire les coûts de reconversion en fin de mandat électif.

Compléments :

  • Merton, Robert K., Social Theory and Social Structure, Free Press, 1968.
  • Un autre système qui aurait dû n’être fait que de bénévoles dévoués à la communauté et qui est devenu un appareil : Sociologie des syndicats.
  • Les techniques « d’auto-gestion » de bien communs (sans nécessité d’appareils) : Governing the Commons.
  • Le contrat social / Rousseau.

Jean Sarkozy nommé par la gauche

Le plus surprenant dans la nomination de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD est que son père ne craigne pas la publicité qu’elle puisse lui faire.

Il est possible que s’il se sent capable des mesures les plus impopulaires, c’est parce qu’il ne redoute pas son opposition, que la France juge incapable de gouverner.

Or, celle-ci n’a aucune raison de se réformer, et toutes les raisons au contraire de se relâcher, puisque, probablement, elle fonde tous ses espoirs sur un discrédit du gouvernement. (François Holland.)

Selon cette curieuse hypothèse, gauche et droite seraient entrées dans une sorte de cercle vicieux de médiocrité croissante. Et si la nomination de Jean Sarkozy était une manœuvre machiavélique pour ensevelir la gauche ?

François Hollande

Il était interviewé hier par France Culture. Souvenirs :
  • Une remarque assassine sur le référendum organisé par Martine Aubry (moins de 50% de participation) semble laisser entendre qu’il n’est pas de son bord. D’après ce que je retiens de précédents épisodes, il n’est pas non plus de celui de Ségolène Royal. Pas grande unité au PS. Que des individualistes ?
  • Que pense-t-il du cumul des mandats ? Attendons une loi. Car, si le PS bouge le premier ses élus seront défavorisés par rapport à ceux de l’UMP. Logique inaccessible à mon esprit. Ce qui l’est moins est que M.Hollande a deux mandats.
  • La stratégie ? C’est l’alternance. Les Français vont se lasser de l’UMP. Ça c’est un programme. Je me demandais à quoi un politique pouvait occuper ses années d’opposition…
  • Une inquiétude toutefois : la dette nationale. Quand le PS sera au pouvoir, il ne pourra plus dépenser.
Avec des gens comme cela, on est bien partis.

Logique des partis politiques

Quelle cacophonie ! J’ai l’impression que le PS est un parti où l’on parle sans écouter. Un peuple de « donneurs de leçons », de croisés de la vraie foi. Malheureusement, la foi en question n’est plus aussi unique et inébranlable que par le passé.

Le gouvernement, pour sa part, n’a pas ce défaut : il dépense des fortunes dans des enquêtes d’opinion. Mais s’il écoute, il tend à chercher ses réponses dans un arsenal populiste.

Y a-t-il une logique derrière ces comportements surprenants ? Hypothèse du moment :

  1. La droite cherche à pousser les intérêts du « business », pour cela elle doit calmer le peuple qui en est la principale victime. Ce qui expliquerait le paradoxe franco-américain : les partis de droite sont des partis populistes.
  2. La gauche est le parti des bons sentiments, de la morale. Elle cherche à discréditer son adversaire en montrant qu’il est le mal. De ce fait, elle attire vers elle un électorat qui peut s’offrir ce type de considération, donc protégé des aléas de l’économie (fonctionnaires, cadres supérieurs…).

Il n’est pas impossible que chaque parti défende, au fond, les intérêts d’une même élite. Ce sont des enjeux de préséance plutôt que d’idées qui justifient l’opposition des partis. Par contre la piétaille qu’ils manipulent, comme lors des guerres de religion, elle, s’étripe par conviction.

On pourrait avoir ici une explication de la raison pour laquelle les partis considèrent les problèmes du pays comme une abstraction d’une immense complexité : ils ne les concernent pas.

Compléments :

Sociale démocratie et marché

Hier, je parlais de M.Rocard, qui dénonçait un peuple européen indigne. N’avait-il pas voté contre les socio-démocrates, seuls capables de rendre le capitalisme vertueux ?

Eh bien, le blog du spécialiste européen de Libé annonce que : Martin Schulz abandonne la réglementation des marchés financiers à un libéral britannique. Autrement dit, le parti socialiste européen n’a pas l’air intéressé de réglementer quoi que ce soit.

M.Rocard a-t-il une vision très claire de ce qu’est la sociale-démocratie moderne ? Cela expliquerait-il son ralliement au gouvernement ? Il l’a confondu avec le PS ?

Nicolas le vert

Notre président est le Lucky Luke de la politique. Étonnant contraste avec la gauche. Elle est autiste. Lui réagit au quart de tour à ce qu’il perçoit des tendances de l’électorat. On aurait pu croire qu’il s’endormirait sur les lauriers du succès de l’UMP. Pas du tout, avec l’enthousiasme de celui qui est touché par la Grâce, il produit un inattendu projet de société ultra-vert. À croire qu’il a voté Cohn-Bendit aux européennes.

En termes de conduite du changement, beaucoup de ce qu’il fait mérite l’admiration.

  • Il y a une sorte de souffle épique dans ses propos. Quelque chose qui peut transporter les foules. C’est l’art du « stretch goal » à son meilleur. Une combinaison d’avenir enthousiasmant et d’épreuves à traverser.

« Le développement des énergies renouvelables est parfois perçu comme le saccage de nos territoires », a-t-il dit. « On doit adapter nos procédures pour voir comment développer le solaire et l’éolien dans nos paysages. Ne faisons pas semblant de dire que le problème n’existe pas ».

(…) « On vous garantit des prix, mais on veut des créations d’emplois », a mis en garde le chef de l’État, alors que l’éolien emploie 90 000 personnes en Allemagne, 45 000 en Espagne et seulement 7 000 en France, selon lui.

  • Il sait aussi fixer les grands axes qui devront guider le changement. Exemple : parité nucléaire / énergies renouvelables. On peut en contester la validité, mais non le génie technique (en termes de conduite du changement).
  • Finalement, il n’a pas son pareil dans le contre-pied inattendu, le talent d’utiliser l’adversité à son avantage. Et c’est comme cela qu’il félicite le service public, dont il semblait l’ennemi mortel, pour la diffusion du film d’Yann Artus-Bertrand, dont on dit qu’il aurait fait la victoire verte.

Malheureusement l’admiration s’arrête ici. Car nous aurons droit à une mise en œuvre à la Française. Aucune préparation, pas de moyens, d’autres idées qui contrarieront celles-ci. Claude Allègre l’illustre déjà : la rumeur le voyait ministre, il serait au fond d’un lac d’Auvergne, du béton aux pieds.

La première chose que doit faire un dirigeant est de s’assurer qu’il possède une organisation qui sait mettre en œuvre ses idées, l’« ordinateur social » de mes livres. Celui-ci doit transformer les orientations du président, son enthousiasme, en des mesures bien conçues et durables.

Triste campagne

Que disent les programmes des partis politiques ? On entend parler de la grippe porcine, malade par malade, de la crise, licenciement par licenciement… mais absolument rien sur les élections européennes. Réflexions :

  1. Pas facile de construire ses idées quand elles ne sont pas alimentées par celles des autres.
  2. Je viens de recevoir bulletins de vote et argumentaires d’accompagnement. Pas facile de voir ce qui différencie les partis politiques. Du moins les grands. Les messages me semblent proches. Jusqu’aux socialistes et aux écologistes qui vont créer, pour les mêmes raisons, 10 millions d’emplois.
  3. Pourquoi ne nous parlent-ils pas de leur capacité à la conduite du changement : quelles sont les chances qu’ils mettent en œuvre leurs promesses si je vote pour eux ?
  4. Les socialistes suivent une stratégie européenne. Sans doute une bonne idée : les élections seraient bien plus passionnantes si des partis européens s’affrontaient à coups de grands modèles de société, bien au dessus des préoccupations nationales. Mais où est l’envolée lyrique originale dans le discours socialiste ? Très timide. Hier, j’ai entendu M.Jospin dire que l’avenir ne se jouerait qu’entre grands partis européens, et qu’il n’y en avait que deux : les alliés de l’UMP et les alliés du PS. Il fallait choisir l’un ou l’autre. N’est-ce pas légèrement incorrect : les autres groupes peuvent voter avec ces partis, et les partis nationaux au sein de ces groupes ne sont pas tenus à la solidarité ? (A Strasbourg, le Modem coupable de « libéralisme »?)
  5. Les électeurs, alors, vont-ils voter en fonction de raisons autres que les programmes ? Sanction du parti au pouvoir ? Sanction de l’opposition ? Sanction des deux ? Abstention – réprobation vis-à-vis de partis qui n’ont pas fait leur travail européen sérieusement ? Encouragement des partis qui croient en l’Europe ?…

Compléments :

Renouveau du PS

The Economist observe que tous les partis socialistes européens traversent une mauvaise passe. Il y a dix ans c’était la droite qui allait mal.

  • Mon interprétation de ce va et vient : chaque parti est adapté à une situation, ou que ce dont a besoin un pays est un mix de politique de droite et de gauche. D’où alternance.
  • The Economist répond : le parti politique ne ressemble pas à une pendule arrêtée qui donnerait l’heure deux fois par jour ; lorsqu’il est dans les coulisses il se réinvente. Il « change ».
  • Est-il alors sujet au « dégel » de Kurt Lewin ? Le doute grandit, mais il y a le plus souvent déni : il faut coller aux valeurs du groupe ; il y a des tentatives de renouvellement de ces valeurs ; elles sont testées ; si le groupe se porte mieux, elles sont adoptées ; recongélation.

Compléments :