Injustice, politique et tomates

Mon billet précédent est injuste avec les hommes politiques. S’ils sont des fantoches, ridicules rouleurs de mécaniques, et de sabres, ce n’est pas du fait de leur nature, mais de celle du système auquel ils appartiennent.
Hier, j’achetais des tomates. Apparence parfaite : grosse, ronde et impeccable. Mais elles sont pleines d’eau. Impropre à la sauce tomate. Mais pourquoi n’y a-t-il pas de tomates moches mais bonnes ? Me demandé-je. Parce qu’elles ne se vendraient pas. Une convention s’est imposée : le fruit doit être beau pour être cher. Pour que la tomate change d’aspect, il faut un consensus du marché, qui demande aux marchands et aux cultivateurs de revoir leurs pratiques. Mais comment coordonner une telle masse d’individus dispersés ?
Il en est de même de nos hommes politiques : s’ils sortaient des conventions, ils n’auraient aucune chance d’être sélectionnés par leur parti.
Compléments :
  • The Economist fait un raisonnement proche, en ce qui concerne M.Strauss-Kahn. C’est le meilleur candidat socialiste, mais (donc ?) il ne sera pas sélectionné par son parti. La médiocre popularité de N.Sarkozy suscite et multiplie les ambitions. Prévoir une guerre fratricide au PS, meilleure chance de défaite. 

Schizophrénie de gauche ?

Voilà qui a fini par me frapper dans la communication socialiste :  d’une part, elle dit que la politique de sécurité du gouvernement a échoué, donc que le Français doit avoir peur, d’autre part, elle prend la défense instantanée des étrangers lorsque le gouvernement utilise un fait divers qui n’est pas à leur avantage pour en tirer matière à communication martiale.
Erreur funeste ? L’insécurité perçue appelle naturellement, semble-t-il, une politique répressive qui ne peut que heurter l’éthique de la gauche, et lui faire se mettre à dos la nation. Or, cette insécurité perçue me semble avoir une cause : un pays qui fonctionne mal. Alors, pourquoi ne pas proposer de reconstruire, par exemple, le plein emploi ?
Mais proposer quoi que ce soit d’original n’est-il pas au dessus du parti politique ? N’a-t-il pas besoin d’idéologie pré mâchée ? 

Du bon usage du Front national

Hier j’écoutais la Rumeur du monde. On y parlait stratégie des partis politiques français.
L’UMP est menacé par le Front national, qui n’est plus séduit par N.Sarkozy. Or, plus les Français sont mécontents de leurs politiques plus ils tendent à voter FN.
La conséquence que j’en tire, et que je n’avais pas vue jusque-là, est que, tactiquement parlant, N.Sarkozy a intérêt à émettre des idées qui plaisent au FN, et le PS à dénoncer bruyamment les turpitudes réelles ou imaginées du gouvernement.
C’est un cercle vicieux de ce type qui a dû jouer en Allemagne avant guerre. 

Retraite et changement

Comme tout Français, je pense que la réforme est fatale et que le gouvernement la mènera comme il le fait en de telles circonstances : en rallongeant le temps de travail. Mon fatalisme est coupable.
Le problème de fond n’est pas une question d’argent, mais notre attitude à l’âge et à notre avenir. L’Europe se croit vieille, et se pense finie. Or, ceci ne repose sur aucune raison physique, comme le répète ce blog quasiment depuis sa création.
On a jeté les gens à la rue (droite), on les a mis à la retraite anticipée (gauche), de plus en plus tôt. L’idée que seul le jeune est efficace s’est installée. Comme si, comme au 19ème siècle, il ne s’agissait que de force de travail, et que nous étions des prolétaires sans instruction. Et l’on découvre, effectivement, que les entreprises sont devenues tayloriennes ! Qu’elles ont « déqualifié » leurs personnels. Or, ceux qui ont mené cette politique sont des gérontocrates si l’on s’en tient aux critères qu’ils nous fixent ! Nouveau parallèle avec le 19ème siècle : la classe dirigeante jugeait que la classe ouvrière n’était pas de même nature qu’elle. Le monde devait sa richesse à l’élite. Le peuple, c’était la racaille.
Ce qui explique les déclarations de gauche et de droite. Si le travail est taylorien, le patron doit contraindre l’employé au travail, et le socialisme doit défendre l’exploité. Le progrès social c’est l’abolition du travail.
Les mêmes causes produisent les mêmes effets : la pensée individualiste du 19ème siècle anglais nous a contaminés et elle a eu les mêmes conséquences qu’alors, et elle a été accompagnée de la même idéologie – « l’économie néo-classique ».
Si l’on veut faire de l’Europe un champion, il faut changer d’état d’esprit. Non, il n’y a pas une élite et une masse de prolo à la tête vide. Il y a des gens remarquables qui deviennent de plus en plus efficaces avec l’expérience. Et notre tissu économique a accumulé un « capital social » sans équivalent ailleurs dans le monde.
En passant, on aura résolu la question de la retraite : quand on se plait à travailler on ne veut pas s’arrêter, et on crée des choses que le monde trouve utile, le pays s’enrichit donc, et les caisses de l’État se remplissent.
Compléments :
  • Exemple de néo taylorisme : Taylorisme chez FT
  • Sur le 19ème siècle anglais : THOMPSON, E.P., The Making of the English Working Class, Vintage Books USA, 1966.
  • Au passage, on notera un enseignement de conduite du changement. Le changement se fait en jouant sur les règles de la culture (non sur des curseurs physiques, comme l’âge de la retraite), par une réinterprétation, mais non en les niant. SCHEIN, Edgar H., The Corporate Culture Survival Guide, Jossey-Bass, 1999.

Olivier Ferrand

Entendu ce matin, sur France Culture, ce qui semble être un membre du PS. Enfin quelqu’un qui parle des problèmes de la France :
  • Déficits structurels
  • Elle investit beaucoup trop peu.
C’était court, et je n’ai pas retenu grand-chose d’autre. Mais c’est bien. Nous avons besoin de poser clairement les problèmes avant de considérer quelles solutions nous devrions leur donner.
Compléments :
  • Le sujet de l’État et du rôle du service public me semblent aussi devoir être posés. Je soupçonne que, pour faire des économies, le gouvernement enlève actuellement le personnel de là où il est utile, sans attaquer les réelles causes d’inefficacité du système.
  • En outre, il faut mettre un terme au chômage, qui fait que 10% de notre population doit être alimentée sans qu’elle puisse contribuer à l’assurance sociale. Ce qui me semble passer par la flexisécurité. Elle est difficile à mettre en place, mais l’enjeu est colossal, et d’autres ont réussi (pays nordiques), pourquoi pas nous ? Mais là, j’avance des solutions. 

Élections régionales (fin)

Avant d’aller voter, j’ai lu les dépliants des candidats. Comparaison UMP / PS :

Découverte. Les régions sont riches (4,5md de budget dit l’UMP) et ont une impressionnante capacité d’intervention (le PS parle d’investir un md€ pour la santé), y compris en appui de l’économie (le PS veut investir dans des PME, l’UMP annonce un « plan de relance »). Tout cela aurait dû donner un débat passionnant : pour une fois, il est question de sujets qui nous concernent tous les jours (par exemple la ligne 13 du métro, repérée par PS et UMP). Pourquoi n’a-t-on rien entendu ?

L’UMP semble proposer pas mal de choses en commun avec le PS, mais plus vague, plus brouillon, moins de chiffres, tentation de jouer sur la crainte (vidéo protection) ? Surtout une brochette d’extraterrestres, des « people » parachutés de ministères ou de secrétariats d’État (qu’ils occupent pour une raison difficile à saisir).

Je me suis demandé si l’UMP avait parié sur la communication, plutôt que sur le fond.

Compléments :

  • Un de mes anciens collègues, qui vit aujourd’hui à Montpellier, m’a dit que l’immense force de Georges Frêche était de croire en sa région, d’avoir de grands projets pour elle.
  • Je ne suis pas sûr que le poids des régions soit pris en compte dans le fonctionnement du pays. Quid du bon usage, et du contrôle démocratique, de leurs ressources énormes ? De l’articulation des actions nationales et régionales ?…

Élections régionales (suite)

Un complément à mon billet précédent :

Le résultat des régionales serait aussi une question d’hommes. Ceux du PS sont forts en région, faibles nationalement. C’est le contraire pour l’UMP.

Il y aurait en outre une question de tactique, M.Fillon se serait habilement placé dans la roue de M.Sarkozy, qui essuierait la bourrasque.

Le temps court du mandat présidentiel combiné avec ce que l’on a appelé « l’hyperprésidence » exposent davantage le président de la République. Celui-ci, d’ailleurs, n’est plus protégé comme il l’était traditionnellement sous la Ve République par le premier ministre. On assiste à une quasi-inversion : le président est au premier plan de la gestion de multiples dossiers, et c’est lui qui cristallise les mouvements d’humeur, alors que le premier ministre est davantage épargné. S’y ajoute le fait que le mode d’exercice de la fonction par Nicolas Sarkozy peut provoquer un trouble qui n’est pas essentiel mais qui peut brouiller les repères de certains électeurs de droite.

Il reste que l’électeur chercherait une « troisième » voie, hors des partis actuels. (Mais comment y parvenir : ceux-ci semblent sourds à l’appel, et vouloir tuer toute velléité de concurrence ?)

Le PS contre l’État ?

Déclaration de Jean-Paul Huchon, à l’occasion des élections régionales. Je n’ai rien compris. Je suis incapable de raccorder ses mots à quelque chose de concret. Quelles en seront les conséquences ? Bien, pas bien ? En tout cas un bout de la déclaration était totalement inattendu :

il me semble que face à un Etat jacobin, centralisateur, autoritaire et qui veut imposer en Ile-de-France les recettes que Nicolas Sarkozy applique à la France, il fallait un président expérimenté, rompu au dialogue avec l’Etat, capable de lui résister et surtout, capable de rassembler autour de lui non seulement toute la gauche, mais l’ensemble des élus qui croient que la décentralisation, la proximité, la démocratie locale sont des valeurs modernes, des valeurs d’avenir.

J’en étais resté à l’État jacobin. Qui l’a liquidé ? Quand ? Avons-nous été consultés ? Par quoi est-il remplacé ? Par une « démocratie locale » ? Sans plus d’explications (c’est moderne !? qui le dit ?), ça me semble léger, voire inquiétant. Surtout lorsque l’on y ajoute cette vision du « dialogue avec l’État » : « capable de lui résister ». Ni Dieu ni maître, l’anarchie vaincra ?

Thomas Legrand

Avant-hier, Thomas Legrand, chroniqueur de France Inter, parlait de son dernier livre. Selon lui N.Sarkozy serait un « Chirac en sueur » : un président qui s’agite mais fait peu.

C’est ce que disait déjà Les réformes ratées du président Sarkozy. Ce qui ne signifie pas d’ailleurs une totale innocuité de l’effort : Édouard Balladur observait dimanche sur France Culture que les déficits structurels de la France avaient une tendance naturelle, indépendante de la couleur du gouvernement, à empirer. (Voir aussi : L’étrange changement de M.Sarkozy.)

Le plus curieux peut-être est que l’image d’un Sarkozy efficace serait poussée par l’opposition, qui l’utiliserait pour faire peur à l’opinion publique.

Si c’est le cas, c’est franchement affligeant. À quand une opposition qui s’intéresse à nos problèmes et nous explique que nous devons voter pour elle parce qu’elle sait les résoudre mieux que le gouvernement ?

Compléments :

Georges Frêche

Comme Louis XVIII, je m’informe sur la France dans la presse anglaise.

J’y apprends que l’offensive du PS contre Georges Frêche fait un flop : 6 à 31 (% d’intentions de vote).

La raison en serait un réflexe « anti-parisianiste », le rejet par l’électeur régional du diktat de l’élite du PS, donneuse de leçons et « bien pensante ».

Y aurait-il deux socialismes ? Un socialisme régional, apprécié des électeurs ; un socialisme national qui ne l’est pas ?