Communautarisme

La gauche a constitué un bloc solide à l’intérieur mais qui peut être répulsif pour l’extérieur – et cet extérieur est déterminant dans un second tour –, analyse Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean Jaurès.

Le Monde du 27 juin

A regarder les titres du Monde, je vois que Serge Klarsfeld préfère le FN à la gauche et qu’il en est de même pour beaucoup de dirigeants d’entreprise (qui représentent, tout de même, plusieurs millions de votants).

Si l’on en croit ce qu’on lit depuis 40 ans, c’est à une manoeuvre de gauche à laquelle le FN doit le début de ses succès. Puis, elle l’a « diabolisé ». Maintenant, elle se prépare à être le rempart des forces du bien contre l’axe du mal ? Le jour de gloire est arrivé ?

Voilà ce que Paul Watzlawick aurait appelé un « jeu sans fin » ?

Affaiblir ses adversaires pour se renforcer. Trouver un moyen de les diviser. En fin stratège, François Mitterrand a eu recours à cette tactique en 1985, alors que sa cote de popularité était au plus bas. Pour disperser les forces de la droite, pourquoi ne pas favoriser l’essor du Front national ? A l’époque, le mouvement d’extrême droite fondé par Jean-Marie Le Pen ne pèse quasiment rien. Mais il apparaît comme un moyen efficace de tourmenter la droite…

Le Parisien, 2015

Le socialisme est-il un colonialisme ?

Michel Rocard aurait cherché à faire la lumière sur la culpabilité du gouvernement français au Rwanda. Cela révélerait une ancienne ligne de fracture du PS entre colonialistes et anticolonialistes. (Article de Telos.)

Voilà qui est surprenant. On imagine mal un socialiste colonialiste. Il est vrai que la colonisation a été une idée de gauche. Clémenceau était bien isolé quand il s’y est opposé. Ensuite, pendant la guerre d’Algérie, c’était la gauche qui était au pouvoir. Et que F.Hollande ait envoyé des troupes au Mali m’a beaucoup étonné, en son temps. Mais tout de même. 

Y aurait-il dans certains courants de gauche un mythe nationaliste ? Ou, une forme de doctrine de la compassion ?… Extrêmement mystérieux. 

Changement et punition

A l’époque de la commission Attali, j’ai discuté avec un de ses membres. Il m’avait dit qu’il y avait un même point de vue entre gauche et droite sur les réformes à faire, mais pas sur la manière de les mener. A sa grande surprise, la gauche voulait exproprier, alors que la droite voulait dédommager. (C’était le cas, par exemple, pour les taxis.)

A l’époque cela m’était apparu comme curieux. Mais je n’y avais pas prêté grande attention. Maintenant, je me demande si cela n’en dit pas long sur ce qui a été l’état d’esprit de la gauche. Elle voyait le monde séparé en deux : les bons et les mauvais. Dans cette logique, réformer, c’était punir.

La gauche est-elle de gauche ?

Lula ne voulait pas instruire le pauvre, mais en faire un consommateur. Voilà ce que disait un de mes billets. Mais n’est-ce pas la caractéristique de la gauche occidentale ? Si l’on regarde La fiancée du pirate, on y voit une aspiration à la consommation sans frein. La gauche de 68 est née avec une cuillère de caviar entre les dents ?

Dans ces conditions, qu’est-ce que la gauche ? De bons sentiments ?

Que se passe-t-il au Brésil ?

On s’inquiète de l’élection d’un Hitler au Brésil. Mais il ne vient pas de nulle part. La responsabilité de la gauche de gouvernement est sacrément engagée. Non seulement elle a sombré dans la corruption massive qui affecte la politique locale, mais encore elle s’est désintéressée de la violence qui sévit dans le pays. Lula a lâché ses partisans initiaux, qui défendaient le petit peuple, et a cédé aux attraits du capitalisme, cherchant à créer une société de consommateurs, plutôt que de former des esprits éduqués. Voilà ce qu’il m’a semblé comprendre d’un débat, dimanche soir, chez France Culture.

Mais, n’y a-t-il pas là un schéma que bien des gauches ont adopté, que ce soit aux USA, en Angleterre ou en France ? Ne serait-il pas bon, parfois, elle qui n’est que bonne conscience, que la gauche s’interroge sur les conséquences de ses actes ?

Le prince des artistes

M.Mitterrand était « le prince des artistes ». C’est ce que quelqu’un disait dans une émission que France Culture consacrait aux célébrations de la Révolution, en 1989.

Ce qui m’a frappé dans cette émission, c’était ce qu’elle signifiait du Parti Socialiste. Effectivement, M.Mitterrand se comportait comme un monarque, entouré de l’obséquiosité des courtisans. Mais, surtout, il s’adresse, pour organiser son défilé, à un publicitaire. C’est à dire à l’épitomé du capitalisme ! Et cela produit, si j’entends bien le reportage, une mascarade, un pied de nez à ce qui compte pour beaucoup de gens, en particulier les joueurs de musique traditionnelle que l’on fait défiler.

« L’univers est né d’un éclat de rire de l’infini » disait Proudhon. La gauche socialiste (ou démocrate) serait-elle à l’image de Dieu ?

Pauvreté en France

La pauvreté ferait de grands pas en France. La tendance actuelle aurait démarré en 2005 – 2009.

Ce qui est surprenant est que la gauche se définit comme le défenseur des « perdants », et que le thème de la pauvreté n’a pas été à son programme ces dernières décennies. Plus curieux, c’est dès l’après guerre, en pleine période de prospérité, qu’elle s’est jetée dans la lutte contre l’injustice, dénonçant les forces du mal qui étaient à l’oeuvre. Parti d’aussi haut et avec un tel élan, on devrait avoir atteint le communisme des théories de Marx, aujourd’hui.

Le paradoxe de Hollande

Le paradoxe de Cournot, vous connaissez ? Prenez des triangles rectangles ; la moyenne des dits triangles, n’est pas un triangle rectangle. Par là il voulait se moquer du concept « d’homme moyen », de la théorie d’un de ses collègues.

Cournot s’est trompé. En effet, il existe un espace des triangles rectangles : le cône x2 + y2 = z2. Et faire la moyenne de points appartenant à ce cône a un sens : c’est un point du cône, donc un triangle rectangle. Par son erreur, Cournot a apporté une contribution à la science : il a donné un exemple de « problème mal posé ».

Le Parti socialiste est victime d’un problème mal posé, me disait un ami : la synthèse. Car, la synthèse résulte en des leaders qui ne sont pas socialistes, comme MM.Hollande et Mitterrand. Un problème bien posé commencerait par définir la qualité de « socialiste ». Ensuite, il posséderait une métrique qui permette de déduire de l’ensemble des socialistes celui qui les représente le mieux. Cette métrique n’est probablement pas la « synthèse », qui est un renoncement. Mais, au contraire, un « système », qui englobe la totalité par transcendance.

Dérive

M.Macron est de droite, disait un Communiste dans un débat de France Info. C’est vrai, c’est vrai, répondait une représentante du PS. Mais ce qui m’étonne, reprenait le premier, c’est à quel point M.Macron s’est senti à l’aise dans le gouvernement socialiste. Peu de temps après, la femme de gauche pronostiquait que le PS allait se redresser aux élections européennes. En effet, il avait, dans ce domaine, de bonnes idées : celles de M.Macron ne venaient-elles pas de lui ? Mais alors, M.Macron est un peu de gauche ? disait l’animateur. Le Communiste a dû penser : ou le PS bien à droite.

Comme la SFIO, le PS n’est pas de gauche. Coeur à gauche, portefeuille à droite ? comme pour les radicaux. Ou langue à gauche, corps à droite ? SFIO et PS sont des mouvements d’intellectuels, de virtuoses de la parole. Ils dominent le champ de bataille du débat d’idées. Mais quel rapport entre leurs actes et leurs paroles ?

Hamon parti

J’entendais que M.Hamon, comme M.Valls, quittait le Parti socialiste. Mais que les sans-grades du parti (les maires) restaient. C’est curieux. Lors des primaires socialistes, M.Hamon se disait victime de ceux qui n’avaient pas respecté leur engagement de le soutenir. Mais ne fait-il pas comme eux ? 
On est bien loin du « leader serviteur » des livres de management ? Mon intérêt prime tout ? Parti « socialiste » ou parti « d’individualistes » ?