Marguerite de Navarre

Grâce à In our time de la BBC, j’ai découvert Marguerite de Navarre. Soeur de François Ier, elle avait reçu une éducation rare pour une femme. Elle aurait écrit un ouvrage inspiré du Decameron, et des poèmes. Elle était aussi sensible aux idées de la Réforme, avait traduit Luther et était en correspondance avec lui. Elle est morte chrétienne, mais sa fille Jeanne d’Albret, la mère d’Henri IV, fut une fervente protestante, et même le chef du parti protestant. Continuité logique des idées de sa mère ?

Comme quoi, il y a peut-être eu un moment d’hésitation, avant que les opinions ne se figent en des partis ennemis ?

Crise de vocation

La « vocation » semble importante pour le protestant : nous avons tous une vocation, et notre mission est d’en tirer le meilleur, dit-il.

Je me demande si les problèmes de notre société ne viennent pas d’une crise de vocation. En effet, bien peu de gens font ce que l’on attend d’eux. Un exemple : les normaliens. L’école normale supérieure forme des professeurs de l’enseignement supérieur. Or, aujourd’hui, le normalien se définit uniquement comme « supérieurement intelligent ». Il trouve l’enseignement trop ennuyeux, et surtout pas assez rémunérateur pour son génie. C’est pourquoi il poursuit ses études par l’ENA, ou entre dans un fonds de capital risque. C’est aussi le cas des patrons de PME, dont je parlais dans un précédent billet : ils désirent rester petits, pour se simplifier la vie. D’où chômage et déficit du pays. Et le M.Hollande dont parle Mme Trierweiler ? Un homme qui trouve la vie douce, et qui ne comprend pas que l’on n’en profite pas.

Implicitement, la société nous donne un rôle en échange d’une mission. Si ceux qui occupent les dits rôles n’accomplissent pas la mission qui va avec, ou si la sélection pour le rôle est biaisée, et ne choisit pas une personne compétente, la société pourrait souffrir.

Inquisition

Aux détours d’une émission de France Culture sur l’indépendance catalane, j’ai entendu un universitaire dire que l’on devait aux protestants ce que l’on pensait aujourd’hui de l’inquisition espagnole. C’était une invention de bonne guerre, puisqu’ainsi ils discréditaient un ennemi.

C’est probablement un des aspects de la culture protestante. On s’y voit comme un élu, et l’autre comme l’axe du mal. Mais, aussi, la calomnie, ce que l’on appelle désormais « fake news », fait partie du combat. La culture latine semble moins perfide, et plus bornée. C’est probablement celle de Louis XIV. C’est le contentement de soi. On pourrait aussi avoir recours à une modélisation Yin et Yang : la force a longtemps été au sud (Yang), et la faiblesse au nord (Yin). D’où stratégies culturelles.

(Quant à M.Macron, il met peut-être un peu de Yin dans notre Yang.)

Ethique du lavage de cerveau

Et si la manipulation avait une justification éthique ? C’est une idée qui vient à l’esprit en lisant l’opinion des capitalistes (principalement anglo-saxons). Elle est rationalisée (plutôt que causée, je crois) par une forme de protestantisme : le bon est celui qui survit. Autrement dit, la fin justifie les moyens. Et le plus efficace de ces moyens, c’est le lavage de cerveau. Dans la lutte pour la sélection naturelle, l’âme lavable doit disparaître. D’ailleurs, Platon ne leur donne-t-il pas raison ? Il n’y a que l’élite qui puisse avoir accès à la raison. Le peuple est stupide. Il faut lui raconter des fadaises. Donc, si vous croyez à des fadaises, c’est que vous êtes inférieur. CQFD.
Et le procédé se voit. Le « capitaliste » n’utilise que bien rarement ce qu’il nous vend. Il rêve de nature, d’artisanat, pas de progrès. Pour lui le « progrès » est un argument de vente ? Il n’y a que les gogos pour y croire ?
(On « découvre » que les procédés de récolte du gaz de schiste produiraient des tremblements de terre. Vraiment ?)

Hollande : coming out neocon ?

M.Hollande est d’une « inquiétante légèreté » dit le Monde. Effectivement, M.Sarkozy semblait croire à sa politique et être affecté par son insuccès. M.Hollande, lui, connaît l’idylle au milieu du chaos. Alors, que penser de sa dernière décision ? Choix réfléchi ? 
Offre contre demande
Premier moyen d’aborder la question. M.Hollande avait (grossièrement) deux options. Agir sur l’offre, ou sur la demande. En admettant que la France n’ait plus les moyens de la seconde, elle pouvait chercher à s’entendre avec l’Allemagne pour qu’elle relance sa consommation, donc nos exportations. D’où cercle vertueux. Les entreprises font des bénéfices, elles embauchent, le chômage baisse, les impôts rentrent, la dette fond, et l’Etat peut réduire les charges sociales. Politique keynésienne, généralement associée à la gauche, et défendue par Paul Krugman, l’économiste qui actuellement est le plus admiré au monde (y compris par ses adversaires).
M.Hollande en appelle à l’offre. Il réduit les charges sociales. L’amélioration de la compétitivité des entreprises devrait entraîner celle de leurs affaires, des embauches… Même phénomène que précédemment.
Une politique déflationniste
Comment départager ces deux options ? L’entrepreneur embauche quand son avenir est prévisible. Sinon, il économise. (Comme nous, au fond.) En outre, nous dit-on, le système éducatif ne fournit pas la main d’œuvre dont a besoin l’entreprise. Elle a besoin d’immigrés. Si vous étiez dirigeant, que feriez-vous ? Il y a une autre façon de voir la question. Le monde, et particulièrement l’Europe, est en danger d’une déflation disent les économistes. C’est à dire ? Une spirale de contraction, prix, emploi, marché. M.Hollande a choisi une politique de réduction de coûts, une politique déflationniste. Deuxième façon de voir le problème.
La France de Dickens
Troisième acte de la discussion. Lorsqu’elle a été appliquée, quels ont été les résultats de cette politique ?
M.Sarkozy a réduit la TVA de la restauration. Notre taux de chômage a-t-il baissé ? Et l’Allemagne de M.Schröder, l’exemple type ? Inégalités sans précédent. En dépit de sa prospérité apparente, le pays souffre. Surtout, il est possible qu’en démolissant son système d’assurance social, l’Allemagne ait acquis un avantage sur le reste de l’Europe, dont elle a aspiré le marché. Parasitisme ? En faisant de même, nous pouvons récupérer un peu de ce qu’elle nous a pris. Bien sûr. Mais à force d’action et de réaction, on risque de se retrouver dans la situation des années 20. Plus aucune protection sociale, et un peuple fort méchant. Le danger est ici ? Cette politique pourrait réussir à court terme, en nous balançant dans un cercle vicieux ?
Or, nous sommes proches des années 20. Le service public a été privatisé. Une grosse partie de la population a un statut précaire (intérimaires, autoentrepreneurs, intermittents du spectacle, enseignants vacataires, chômeurs, stagiaires… mais aussi PME sous-traitantes). Ce qui empêche tout ce monde de ressentir les conséquences de sa situation, c’est l’Etat. Non seulement il paie pour notre santé et notre chômage, mais encore il tient une partie de nos entreprises à bouts de bras, par son CIR et ses commandes. Si, à court ou moyen terme, le pari de M.Hollande ne fonctionne pas, l’Etat sera surendetté. Il devra liquider notre système de solidarité. Pour savoir ce que cela signifie, relisons Dickens ?
Méritons-nous un mauvais sort ?
Ce qui précède fait une hypothèse implicite : la décision de M.Hollande doit être jugée en fonction de ses impacts économiques. Et si elle obéissait à d’autres critères ? Il est injuste que le pauvre soit nourri par la solidarité nationale lit-on dans la presse anglo-saxonne. C’est une vieille idée protestante, qui plaît au possédant. Le pauvre est maudit par Dieu, et le riche récompensé pour son mérite. Depuis quelques temps, la population s’est convaincue de ce principe. Elle pense qu’il y a des criminels, des parasites, qui causent la faillite du système. Il faut les punir. Et ce, sans comprendre que le parasite, c’est elle ! Le message de The Economist et d’autres est simple bon sens : pourquoi vouloir faire le bonheur d’autant de crétins ? Vas-y Hollande, tu as réussi, profite de la vie, et laisse crever cette racaille !

Cependant, l’espèce humaine est conditionnée par son environnement, dans d’autres circonstances, elle pourrait être aimable. Elle l’a prouvé par le passé. Nous sommes donc en face d’un choix. Voulons-nous demeurer déplaisants ou devenir sympathiques ?