Acier

L’acier anglais pourrait être exempté de droits de douane américains. Cela va donner un avantage à l’Angleterre sur ses concurrents ? demandait la BBC à un industriel. Certes, mais la production étrangère va se rabattre sur l’Angleterre. Nous devons adopter des mesures protectionnistes !

A n’en pas douter, hier, ce grand industriel aurait dénoncé l’emprise de l’Etat et défendu la saine vigueur de l’économie de marché. Comme les choses changent ! Et comme le sens du ridicule est rare !

British industry exempted from Trump’s doubling of steel tariffs
But UK bosses are pressing Sir Keir Starmer for a rapid implementation of the trade deal agreed with the president

Financial Times, 3 juin

Nobel d’économie

Curieux. On n’entend pas beaucoup s’indigner les économistes. Or, la politique protectionniste de M.Trump contredit leur théorie. Elle devrait faire le contraire de ce pour quoi elle est faite : elle devrait augmenter le coût de la vie du petit peuple.

J’entendais l’autre jour un économiste dire que M.Biden avait mené une politique orthodoxe, mais que malheureusement le peuple n’en avait pas perçu l’effet. Le « consensus » semble effectivement croire que c’est l’économie qui a fait élire M.Trump.

Car rien n’est simple. En fait, les pays occidentaux ont mené une politique industrielle, sans le dire. Mais que donne une telle politique si elle parie sur un secteur sans avenir ?

L’avantage du droit de douane est qu’il fait entrer de l’argent dans les caisses de l’Etat. On peut donc en attendre une baisse des impôts qui compense la hausse des prix. De même, M.Trump cherche à relancer son secteur industriel, en le protégeant, ce qui est susceptible de créer des emplois, des revenus, des impôts…

Bien sûr, l’argumentation qu’il emploie est malhonnête. Car si les USA et l’Occident sont dans cet état, cela ne tient pas à la malveillance de leurs partenaires commerciaux, mais à une politique délibérée. Mais qui revendique encore la rigueur intellectuelle ?

En tous cas, bien malin qui peut dire de quel côté va aller l’histoire. Cela tient probablement, comme dans les batailles, à la chance et au moral des troupes…

Candide Trump ?

Un article qui trouve des vertus à Donald Trump, voilà qui est rare.

Si je le comprends bien, celles-ci tiendraient à ce qu’il va faire des USA un laboratoire. Et s’il en ressortait quelques idées utiles ? Et si Elon Musk, par exemple, inventait le fonctionnaire réutilisable ?

Mais, surtout, Donald Trump annoncerait une nouvelle ère, un nouveau « changement systémique ». Après le libéralisme, on était passé à la politique industrielle. Avec lui, on en arrive au protectionnisme. Dorénavant on taxe ce qui entre. Et cela concerne aussi l’environnement : taxe carbone.

La nouveauté, me semble-t-il, est qu’au lieu de distribuer l’argent à ses favoris, comme le demande la politique industrielle, l’Etat en reçoit. En ces temps d’insoutenable déficit public, c’est peut-être bienvenu.

Bien sûr, c’est le peuple qui paie. Pour se tirer d’affaire, il doit réorienter ses achats vers ce que produit le pays. En espérant que l’on y trouve ce qui est essentiel à la vie… Cultivons notre jardin ?

Protectionnisme américain

Les démocrates américains ont compris que, s’ils voulaient retrouver leur électorat traditionnel, ils devaient leur rendre des emplois dignes. M.Biden a donc fait du super Trump, en érigeant d’immenses barrières de protection : l’IRA.

Apparemment, ça n’a pas marché. M.Biden n’est pas un favori des sondages, alors qu’il n’aurait dû que renforcer l’avance qu’il possédait sur M.Trump lors des précédentes élections. Pourtant les USA semblent créer beaucoup d’emplois. Mais on parle d’inflation. Serait-ce la conséquence du protectionnisme dont il est si souvent fait état ?

Mystère. En tous cas l’IRA semble avoir voulu faire d’une pierre deux coups. Il a cherché à réindustrialiser et à décarboner. Or, la Chine domine le secteur de l’environnement. L’IRA pourrait faire son jeu. (Article.)

Nier le réchauffement climatique serait-il dans l’intérêt des « classes moyennes » ? En jouant sur les forces des pays occidentaux, il y a plus de chances d’améliorer la qualité de leur emploi qu’en affrontant l’avantage chinois ? Quant au nettoyage de la planète, on peut le lui laisser ?

IRA

Que penser de l’Inflation Reduction Act de M.Biden ? se demandait la BBC (The other IRA, BBC4).

Pour commencer, ça ne réduit pas l’inflation, qui est la préoccupation principale de l’Américain.

C’est tout simplement une politique protectionniste. Les USA ont décidé de se réindustrialiser, et de le faire dans le domaine de la transition climatique. Pour cela, ils ont élevé de très hautes barrières tarifaires. A la fois pour se protéger et pour attirer le savoir-faire étranger.

C’est aussi vieux que le monde. Colbert a utilisé cette politique avec succès, ainsi que, plus récemment, les Chinois. Comme l’enfant, l’innovation doit être protégée pour donner tout son potentiel.

Une telle politique n’étonnera personne. Et pourtant, personne n’est étonné qu’il soit interdit d’en parler dans les livres d’économie…

Méchants Français

On n’en parle pas chez nous. D’après ce que je lis depuis quelques temps, M.Macron et M.Scholz, se sont alliés pour tordre le bras des Européens, et non seulement organiser le protectionnisme européen, mais surtout en faire profiter leurs multinationales au détriment des autres économies. France et Allemagne récupéreraient 80% des aides, 50% pour l’Allemagne, et 30% pour la France.

Curieux que M.Macron ne s’en vante pas… En France, l’efficacité est discrète ?

(Bien sûr, on dira que, une fois de plus l’Etat ne voit que pas la multinationale. Mais, peut-être qu’il espère ainsi la ramener à son rôle de « champion national », la « relocaliser » ? Quant aux autres entreprises, elles n’ont pas d’argent, mais elles ont du talent ?)

L'urgence n'est pas climatique

On attendait une vague de faillites d’entreprises incapables de rembourser le PGE. C’est parti pour être pire. Les entreprises ne parviennent plus à s’approvisionner en « intrants » (matières premières, composants électroniques…). Cela tient à ce que la Chine et les USA ont relancé leur économie avant l’Europe. Si bien qu’ils absorbent ces fameux « intrants », y compris ceux qui sont produits par l’UE. Et qu’ils protègent leurs entreprises. La situation des entreprises françaises est extrêmement grave. A court terme, les syndicats professionnels font des pieds et des mains pour éviter que les contrats qui étaient signés avant la crise ne soient dénoncés. (Rapport CPME.)

L’UE, la France en particulier, est gros Jean comme devant. Si son économie est balayée, il n’y aura plus « d’urgence climatique ». Il n’y aura plus d’émission de quoi que ce soit. 

Préférence nationale

Nos facteurs de production sont en piteux état. On me dit que l’on doit impérativement adopter une politique de préférence nationale. Mais comment faire que les entreprises qui ont pris l’habitude d’acheter au moins cher achètent français ? 

Plusieurs idées :

  • Pas de nouvelles lois, il y en a trop, on en crève. Il faut une prise de conscience, déjà, que cela va mal et que tôt ou tard on paiera notre manque de solidarité. 
  • On peut se passer de petites économies sans dommages. 
  • Dans nombre de cas, en réfléchissant un peu et en prenant en compte toute la chaîne des coûts, on peut trouver des solutions françaises ou européennes, qui sont meilleures que celles qui viennent de plus loin. 
  • Pourquoi ne pas faire comme les Chinois : imposer à ceux qui installent des éoliennes en France de transférer leur savoir-faire et d’utiliser la sous-traitance locale ? (Un exemple.)

Internet : nous sevrer de notre dépendance aux USA ?

Le confinement a révélé une réalité inattendue. Notre problème n’est pas tant notre dépendance à la Chine que celle que nous avons vis-à-vis des USA. Car la vie du pays a dépendu d’Internet. Et Internet, ce n’est pas nous.

Cependant, ma thèse est qu’il ne faut pas exagérer la difficulté de rattraper notre retard.

Les Chinois ont montré que l’avantage concurrentiel de la Silicon Valley tient à peu de choses. Par ailleurs, c’est le modèle « lean start up », les technologies numériques se sont démocratisées. Il est relativement facile à un petit commerce, par exemple, de disposer d’un site marchand comparable à celui d’Amazon.

Surtout, nous avons été victimes d’un lavage de cerveau idéologique – sans aucune base scientifique – qui nous a fait croire que le succès du GAFA était dû au « talent » de quelques-uns. En réalité, le talent est collectif. Sans terreau favorable, il n’y a pas de génie.

En conséquence, il faut chercher les conditions qui permettent à ce « terreau » de se reconstituer, à des processus d’intelligence collective de renaître.

(On peut imaginer, par exemple, une fédération de petits acteurs, sur le modèle de l’économie sociale ou du développement open source, qui est redoutablement efficace. Ce qui compte, c’est un groupe organisé, et motivé.)