- Post seconde guerre mondiale. Modèle technocratique. Consensus mondial. L’Etat va gérer l’économie. L’idée est de contrôler le capitalisme. En France, l’Etat dirige de grands groupes industriels. Il planifie leur production. Leur objet est de fournir un emploi à la population. Pas de chômage. La PME est sous-traitante. Comme les intérimaires, elle apporte un peu de souplesse au système. Mais elle est aux ordres.
- Crise du modèle technocratique mondial. En France, l’Etat n’est ni un bon gestionnaire, ni un bon développeur d’entreprise La France découvre que la politique se fait à la corbeille. Il n’est pas possible de nier l’existence du marché. Révolution culturelle : le modèle du marché. Principe du marché = un marchand à un nœud d’échange. La grande entreprise se débarrasse donc de son métier, qu’elle sous-traite. Et elle fait donner ses acheteurs. Ses sous-traitants, qui ne savaient qu’obéir aux ordres, sont pris par surprise et dépecés.
- Ce modèle est à nouveau en crise. En effet, son principe est l’exploitation. Pas la création. Il détruit le potentiel de développement de l’entreprise. Mais ce qui ne tue pas renforce. L’entreprise française a maintenant compris qu’elle ne pouvait pas faire fi du marché. Elle doit devenir durable. La grande entreprise et la PME doivent trouver un moteur qui leur est propre.
Étiquette : prospective
La métamorphose du dirigeant
Fait-il bon d’être dirigeant ? Il y a peu, je parlais d’un risque de printemps arabe. Mêmes causes mêmes conséquences. L’entreprise ne crée plus. Le dirigeant devient le bouc émissaire de toutes les anxiétés. Rançon du bonus ? De s’être présenté comme le créateur de valeur de l’entreprise ? En tout cas, il me semble stressé.
- Il pense qu’il doit donner un cap, alors que le monde est totalement incertain. Idée trompeuse. Il existe une façon de diriger une entreprise en environnement incertain, sans cap précis, qui est tout à fait acceptable par l’ensemble des « parties prenantes » de l’entreprise. Il faut accepter la réalité telle qu’elle est, incertaine, et faire comme les entrepreneurs et les planeurs, ou les oiseaux : chercher le courant porteur. (En fait, il y a mieux : voir ici.)
- Il ne voit pas comment mettre en œuvre ses idées. N’est-il pas entouré de gens qui sont mal disposés à l’endroit du changement ? Il se trompe. Son rôle n’est pas de dire comment, mais de dire pourquoi il faut changer (dans ce cas, se mettre en position de saisir les courants favorables), et de donner les moyens qui permettent à ceux qui ont le pouvoir de mise en œuvre de lui dire comment y arriver. Cela fait dix ans que j’explique comment faire.
Zone euro : point sur le changement en cours
Comment la crise de l’euro a-t-elle transformé sa zone ? Ce que je comprends de cet articleme laisse penser qu’elle est méconnaissable, mais au milieu du gué. (Ou du fleuve ?)
- Il y a eu centralisation « massive » « au niveau de l’UE, des pouvoirs exécutifs concernant les politiques économiques nationales ». La préoccupation de l’UE n’est plus le marché commun et l’accueil de nouveaux membres, mais la coordination et le contrôle des politiques nationales.
- Le Conseil européen est devenu un décideur, la Commission mettant en œuvre ses décisions. Pour que tout ceci soit efficace et démocratique, il faudrait, en particulier, que le président du Conseil soit élu, sur un mode qui ressemble à celui des USA, et que la Commission soit constituée de spécialistes indépendants des Etats, avec un ministre des finances parmi eux. Le tout étant contrôlé par un parlement démocratiquement élu, et, indirectement, par les parlements nationaux.
Ce qui me semble extraordinairement difficile à réaliser. Pour de nombreuses raisons. Ce changement est fort mal défini en termes de mise en oeuvre ; dans tous les cas, il se heurte à énormément d’usages et d’intérêts ; il n’y a pas de projet commun aux pays de l’UE, les derniers entrants, en particulier l’ayant confondue avec les USA ; les peuples n’en peuvent plus de Bruxelles. A ce point, je vois trois scénarios d’évolution :
- « Avancer dans le brouillard », comme Mme Merkel nomme son type de leadership. On ne fait rien en attendant la prochaine crise. Comme cela, on n’a pas besoin de demander son avis au peuple. Et on n’a pas besoin de penser, non plus.
- Une liquidation en bon ordre de l’euro, en cherchant à limiter les dégâts, tout en profitant au mieux des avantages de la mesure (gain de compétitivité, plus besoin d’ajustement).
- Montrer qu’il y a un intérêt énorme à avoir un euro commun. (Piste : pourquoi a-t-on créé l’euro ?) Cela faciliterait fantastiquement le changement, s’il y avait de la lumière au bout du tunnel.
Le monde a-t-il un avenir ?
Un ami me demande si mon blog s’intéresse à l’avenir du monde. Je lui ai dit que deux scénarios m’intriguaient.
- L’humanité a fait beaucoup de choses en très peu de temps. Notre variante d’homo remonte à quelques dizaines de milliers d’années, l’agriculture à 10.000 ans, et ensuite tout n’a pas cessé d’accélérer. Vu le tour que prennent les événements, il est difficile d’imaginer qu’ils puissent continuer à ce train pendant des millions d’années. Tout pourrait donc se terminer vite et bien.
- La théorie du chaos suggère une autre idée. Notre développement accéléré est peut être une forme « d’émergence ». L’espèce humaine est une innovation, qui me semble résider dans sa capacité à construire une société, via la raison. Cette innovation va au bout de son potentiel, en couvrant l’espace. Jusqu’à ce qu’elle atteigne un équilibre.
De la globalisation à la parcellisation ?
Les trente dernières années du monde ont été marquées par ce que l’on peut résumer par le « consensus de Washington ». C’est-à-dire la domination du libre échange et de la démocratie anglo-saxonne. Ce modèle a connu une crise majeure. Or, aucun modèle ne peut survivre à une crise. Les forces qui vont le renverser sont certainement en cours de constitution. Peut-on apercevoir ce qui pourrait les alimenter ? Tentative d’exercice de prospective :
- La démocratie a été pervertie pour servir de rouleau-compresseur au libre échange. Elle est vue comme une hypocrisie par les puissances montantes (à commencer par la Chine).
- Au Moyen-Orient, s’affrontent des forces extrémistes islamistes. Elles remplacent des dictatures dont l’ambition avait été d’occidentaliser leurs pays (Iraq, Syrie, Égypte, Tunisie…). Que mettront-elles à leur place ? L’Islam, avec ses variantes infinies qui se haïssent toutes, est probablement plus explosif que le christianisme des guerres de religion.
- Le Japon, le meilleur converti à l’occidentalisme, est en dépression quasi suicidaire.
- La Chine pourrait devenir une grande puissance pauvre. Viserait-elle à atteindre la taille qui lui permettra de tenir l’Occident et son modèle en respect ?
- L’Inde est un chaos au contact de poudrières, le Pakistan et l’Afghanistan.
- Quant à l’Occident, il se bat contre lui-même. Les Républicains américains pensent que les démocrates sont le mal. En Europe, le nord veut se séparer du sud. Les pays victimes de la crise se déchirent.
Vers une fédération mondiale ?
L'avantage compétitif de l'homme
Comme dans Matrix, les machines vont-elles nous remplacer ? Ce qui est un fantasme récurrent des films fantastiques transparaît de manière plus sérieuse dans une étude prospective commise par l’Institute for the Future, « Future Work Skills 2020 ». Les auteurs identifient les 10 compétences des travailleurs du futur à partir de 6 « drivers » de changement (mêlant des aspects démographiques, technologiques, organisationnels…).
Une question renversante : quel est l’avantage compétitif de l’homme ? Ça par exemple ! J’aurais eu tendance à remettre cette question à l’endroit mais les avancées dans la robotique ou encore dans l’informatique nous forcent à accepter cette formulation. Ce qui est rassurant, c’est que les auteurs trouvent à l’homme plusieurs avantages sur la machine :
- capacité à faire preuve de sens / à saisir le sens, donc à générer des intuitions qui sont critiques pour la prise de décision
- capacité à ressentir et évaluer des émotions et, par là, à créer des relations personnalisées
- aptitude à vivre en groupe (héritage de milliers d’années de socialisation) et à collaborer dans des environnements variés
- maîtrise des contextes culturels multiples grâce à l’identification de « points de connexion » (objectifs partagés, priorités, valeurs) qui transcendent les différences culturelles
- capacité d’adaptation aux circonstances inattendues, aux situations
Réforme de l’administration
À partir de quelques expériences, voici un sentiment sur les transformations de l’administration. C’est peu scientifique. Juste, histoire de garder une trace de constatations du moment.
- Les niveaux opérationnels de l’administration sont touchés par des transformations complexes. Ces transformations correspondent à l’adoption des (« meilleures » !) pratiques de l’entreprise. Mais il n’y pas de travail préliminaire visant à faire évoluer l’organisation antérieure. Les nouvelles procédures sont plaquées sur les unités concernées, à elles de se débrouiller. Du coup on découvre :
- Un important absentéisme endémique, lié, me semble-t-il, à un système relationnel stressant. Cette situation est en partie due à un encadrement d’ancien régime. Le manager doit son titre à un diplôme et non à une capacité avérée. Souvent, il n’a ni le courage nécessaire à faire appliquer, avec équité, les règles de l’organisation (absentéisme), ni la capacité à organiser le travail de son équipe.
- Les opérationnels « valides » doivent assumer le gros du changement, sans l’accompagnement qu’ils recevraient dans une entreprise. Ils connaissent donc une nette dégradation de leurs conditions de travail. En outre leurs nouvelles responsabilités, de fait, ne correspondent plus à leur salaire, très bas.
- Les niveaux supérieurs continuent à manager selon leur « bon plaisir », pour reprendre une expression de Michel Crozier. Cela place les susdits « opérationnels valides » en « environnement incertain », selon l’expression des spécialistes de la prospective.
Simulation et entreprise
The Economist simule l’effet des nouvelles réglementations financières américaines lors d’une faillite bancaire aux USA. (Too big to fail: Fright simulator | The Economist)