Ce blog est un blog de crise. Il a été créé pour observer un changement : la transformation du monde.
Initialement, il n’a rien vu. Ou, ce qu’il a vu correspondait au « changement comme dégel » de Kurt Lewin. A savoir une phase de chaos, résultant de la remise en cause de « certitudes » qui ne « marchent plus ».
Puis, progressivement, du « plus solide » est apparu. Curieusement, ce solide est moins fait de réponses que de questions.
Peut-être est-ce mieux ainsi. Tant que l’on n’a pas épuisé toutes les questions, les réponses sont dangereuses, car elles sont prématurées : elles ne correspondent pas à la réalité. N’en faites-vous pas l’expérience M.Poutine ? Le changement est un « feeling of urgency » dit Philip Kotter. Pour moi, c’est « in quiétude ».
Bref, que dire en cette nouvelle fin d’année ?
Observations en vrac
Notre avenir à court terme pourrait être la crise. Le monde reposait sur des piliers artificiels, ils tombent les uns derrière les autres. Le danger est l’accalmie. Car elle endort, et fait croire que c’est fini, que l’on peut « recongeler » ses certitudes, façon Poutine. C’est peut-être ce qui est arrivé à la France du président Giscard d’Estaing.
Comme les Grecs dont parle Jacqueline de Romilly, nous traversons une crise existentielle. Comme eux nous avons vécu à l’ère du sophisme. Notre tête est pleine de confusion. Nous ne pensons plus. Nous ne faisons qu’obéir aux modes intellectuelles du moment. Tout cela est absurde, au sens de Camus. Sans que ce soit conscient, nous sommes partis à la recherche de nos convictions.
Curieusement, ces termes ridicules tels que « impact », « RSE », « Web3.0 », « circuit court », « entreprise à mission », « open innovation »… trahissent, lorsqu’ils sont correctement traduits, des aspirations fondamentales de l’ensemble de la société. La différence entre les idées du marketer qui les a inventées et les nôtres est que le premier croyait avoir trouvé le Graal, alors que nous le cherchons. Ce ne sont pas des affirmations, des méthodes à appliquer sans réfléchir, mais, au contraire, des questions. Chacun de nous doit apporter sa réponse à chacune d’entre-elles. Et ce n’est jamais celle du marketer.
Le plus frappant est qu’il y a quelque-chose de cassé, en France. Il n’y a aucune envie. Or sans envie, sans « élan vital » de Bergson, « bias for hope » d’Hirshman, « anxiété » de Schein, ou « Eros » de Morin, il n’y a pas de changement.
Oui, mais, concrètement ?
Il est difficile de savoir où tout cela nous mène. Ce sera certainement évident après coup. Cependant, des aspects d’une transformation structurelle de la société humaine apparaissent dores et déjà. Ils laissent penser que le changement que nous vivons n’est pas un simple cycle économique de cinquante an, mais quelque-chose de beaucoup plus fondamental. Ce sont les fameux « termes ridicules » qui l’expliquent le mieux :
- Open source et Web 3.0. Après une société globalisée, ou tout le monde discute avec tout le monde et où s’élèvent des monopoles, l’humanité s’organise sur le mode de réseaux de confiance « ad hoc ». On continue à commercer, mais avec prudence. On protège son savoir-faire.
- Circuit court. Un changement en cours est frappant. Il révèle que notre société était fondée sur le « fossile » au sens « mort » du terme, mine, sous-terrain. Le dit changement tend à réinscrire l’humanité dans les cycles du vivant et de la lumière. Cycles qui ne produisent pas de déchets. Ce qui peut avoir des conséquences considérables. Ecologiques, certainement, mais économiques aussi. C’est une nouvelle destruction créatrice. Question : qu’est-ce qui a amené l’homme à bâtir sa société sur ce principe de « mort » ? Que signifierait-il de l’établir sur la « vie » ? Touche-t-on à un principe systémique façon « fin de l’histoire » de Hegel ? (Quant au « biomimétisme », c’est un principe ridicule : nous n’avons pas à imiter la vie, nous sommes la vie !)
Enseignement ?
Quant à nous, Français, nous sommes toujours au milieu du gué. Nous n’avons pas fait de faux pas, ou nous avons eu beaucoup de la chance que la der des der des crises ne nous frappe pas. Mais nous sommes extraordinairement fragiles. Nous n’avons quasiment plus d’énergie.
Quant à la théorie de Lewin ou d’autres, elle n’est peut-être que superficiellement juste. En fait Lewin avait raison lorsqu’il parlait « d’action research ». L’expérimentation est première. Mais elle est peut-être tout. Et s’il ne pouvait pas y avoir de théorie ? Et si elle souffrait d’un biais : elle cherche des réponses, alors que seule la question est utile ? Le même que celui qui nous fait aimer le fossile ?