Penser ?

Un ami approuve un article de linkedin que je trouve confus. Pourquoi ?

Il traite de la question du moteur électrique, et c’est un jeu de massacre. Tout le monde a tort.

Ce n’est pas ce que j’attends d’un article. Je n’aime pas que l’on me dise ce que je dois croire. Ce qui serait bien mieux serait d’expliquer les arguments des uns et des autres, au lieu de les juger.

Car juger suppose un critère de jugement, un bien et un mal. Or, il n’y en a pas d’absolu. Un événement, que M.Xi envahisse Taiwan ou que M.Poutine déclenche une guerre nucléaire, une répétition de la crise de 29… , peut faire que la fin du monde soit à la fin de la journée…

Il y a des années j’ai rencontré un universitaire québécois qui me posait des questions curieuses. Après un long moment très confus, j’ai fini par comprendre qu’il cherchait à trouver une façon de savoir si une surface était plus plate qu’une autre. Avec quelques efforts supplémentaires, j’ai compris qu’il était un expert en ergonomie, qu’une entreprise lui avait demandé de juger du confort de siège, et que le meilleur siège, selon lui, était plat. Je lui ai conseillé de dire cela à ses clients. Et de les laisser faire seuls leur choix.

Nature de l’homme

Homme fragile. C’est ce qui ressort des confidences de BBC4. Les hommes s’y révèlent beaucoup plus faibles, et « fleur bleue » que les femmes, y compris lorsqu’ils sont punks. Et pas du tout mus par les appétits qu’on leur prête, comme cet homme qui a épousé une femme qu’il avait aperçue, à la télévision, aux jeux olympique, et qu’il a retrouvé, au hasard d’une soirée, ayant perdu une jambe, et cancéreuse en phase terminale.

Est-ce un échantillon représentatif de la population ? Peut-être. J’aide des entrepreneurs et je suis surpris de la place que prend leur épouse, quand ils sont hommes, dans leur vie, et, surtout, comme source de leur motivation (ou de leur démotivation).

Il y a aussi des hommes violents. Mais ceux dont on me parle sont des détraqués. A moins que leur comportement ne soit une pathologie du phénomène précédent ? (Une réflexion qui vient des informations de BBC4, mardi dernier, qui parlent de « coercive control » de l’homme sur son conjoint.)

Faut-il voir, comme Durkheim, des facteurs sociaux derrière ces phénomènes ?

En tous cas, cela ne ressemble pas du tout à l’image de l’homme, prédateur sexuel sans foi ni loi, que nous donne la presse. Une image qui pourrait nuire gravement au traitement des maux du couple ?

Afghanistan

Hier, cela faisait un an que l’armée occidentale s’était retirée d’Afghanistan. BBC 4 y avait installé son équipe de journalistes. 

Alors que je m’attendais à ce que l’on parle de l’état du pays et de sa population – il paraît que l’économie est en faillite et que la population sombre dans la précarité -, voire des guerres des Talibans avec leurs ennemis, je n’ai entendu parler que de la situation de la femme, qui doit être voilée. Les titres du Monde semblaient indiquer le même biais. 

Quelle est la mission de la presse ? Nous informer, ou nous faire la morale ? 

D'où parles-tu ?

« D’où parles-tu ? » aurait été une expression utilisée par les révolutionnaires de 68. 

Excellente expression. Nos raisonnements ne sont que des attrape-nigauds. Ils ne démontrent rien, mais justifient une idée préconçue. Autant partir d’elle. 

Voilà qui explique peut-être la perte d’influence et de chiffre d’affaires de notre presse. Nous avons fini par soupçonner qu’elle pensait « de quelque part ». Pourquoi demander l’heure à une pendule arrêtée ?

Pas de discussion possible, alors ? La bonne discussion est, probablement, une exploration, pas une démonstration. Exploration d’une question, mais, avant tout, des certitudes de ceux qui y participent. Une recherche de « d’où l’on parle » ?

Désinformation ?

Pour beaucoup de gens, dont moi, que Madame Le Pen puisse être élue a été une surprise. Pourtant, a posteriori la popularité de Mme Le Pen a des causes évidentes. Celles qui ont provoqué le mouvement des Gilets jaune, le Brexit et l’élection de M.Trump. Pourquoi les a-t-on oubliées ? 

Je me suis mis à lire la presse « rurale ». Il n’y est pas question du « populisme » de la presse parisienne, mais de citoyens faisant des remarques pertinentes à des élus qui ne comprennent rien à la réalité. Faut-il aller chercher plus loin le mécontentement du pays ?

Avons-nous été victimes de « désinformation » ? 

Diabolisation

Mme Le Pen a réussi sa « dédiabolisation » ai-je lu. 

C’est l’électeur qui a été diabolisé. 

Le rédacteur en chef de La Tribune écrivait ainsi qu’une majorité d’électeurs allait voter pour des partis « populistes ». Aurait-il oublié le principe de la démocratie ? La voix du peuple est celle de Dieu. Le propre de la démocratie est qu’il ne peut pas y avoir une majorité de mécontents, quel que soit le nom qu’on leur donne.

Ce même phénomène s’est passé aux USA et en Angleterre, il y a 6 ans. (On peut le voir en lisant ce blog.) Pourquoi n’avons-nous pas compris cet enseignement ?

A force de crier au diable… ?

Bientôt, une presse populiste ?

Depuis quelques temps il est question d’un empire Bolloré des médias, avec relents de populisme. 

Faut-il s’en étonner ? Il y a un marché qui n’était pas servi. Les USA ont Fox News, l’Angleterre, la presse de M.Murdoch. Et, longtemps, la nôtre a été dominée par M.Hersant.

Est-ce une bonne chose ? Ces gens ont souvent des comptes à régler avec les classes dominantes (qui les ont rejetés ?), et une opinion peu flatteuse du citoyen. 

J’entendais dire que de Gaulle en avait voulu à la presse. Il l’avait sauvée, après guerre, mais elle était uniformément contre lui. (Ce qui expliquait qu’il ait voulu une télévision à sa botte.) Elle a peut être eu tort, effectivement, de manquer de nuances. Cela expliquerait-il qu’elle soit tombée aux mains de M.Hersant. Et si c’était elle qui avait fait le succès de M.Bolloré ? 

La disparition du professeur Raoult

On n’entend plus parler du Pr. Raoult, me disais-je. Eh bien, il a droit à une interview. Et ses propos sont intéressants, notamment parce qu’ils différent de ce que l’on entend d’ordinaire. Plutôt dans le registre du bon sens scientifique, que dans celui du complot, d’ailleurs. 

Je n’ai toujours pas compris pourquoi il suscite une telle haine. J’entendais l’autre jour un invité de France Culture faire allusion, me semble-t-il, à ses déclarations, en disant qu’elles avaient été relayées par une presse qui a besoin de sensationnel pour vendre. Indirectement cet homme appelait, donc, la censure de ses voeux. Le Pr. Raoult aurait-il été un révélateur de certaines tendances peu démocratiques de notre société ?

Comment "parler vrai" ?

Dîtes-vous toujours ce que vous pensez ? Le pouvez-vous ? Du coup, qui croit-on ?

Qui croit que la Chine, la presse, ou le gouvernement « parle vrai » ? Et si tout tenait à une erreur concernant la signification de « parler » ? 

Et si la presse, par exemple, croyait que parler signifie donner des réponses ? Or, ce n’est pas ce que demande l’inquiétude : elle veut que l’on « fasse la lumière ». Autrement dit, on demande à la presse d’enquêter. Or, c’est son métier ! 
Et si « parler vrai » signifiait, seulement, faire bien ce que l’on est supposé bien faire ? Donc commencer par se demander qui l’on est, quel est son rôle social, et ne pas avoir honte du résultat ? 
(La presse a peut-être bien commencé à entamer une mue. Ses enquêtes semblent souvent justifier ses a priori, mais elle est certainement sur la bonne voie.
Parler vrai, une des conditions nécessaires de la démocratie, dit Pierre Rosanvallon…)

Revue de presse

Un temps, je lisais The Economist (mon premier abonnement remonte au début des années 80 : je pensais que ce serait un moyen d’apprendre l’anglais !). C’était une sorte d’idéal, bien que croisé du « libre échange », on y trouvait une analyse rigoureuse des sujets qui m’intéressent : ce qui se passe dans le monde. En effet, pour l’homme d’affaires digne de ce nom (i.e. anglo-saxon), le champ d’action est mondial. Et le monde est un affrontement de titans. Voilà pourquoi les journaux économiques sont utiles. J’ai abandonné The Economist le jour où il a trahi ses principes, et est devenu mauvais. (J’imagine que je ne suis pas le seul, et qu’il doit attribuer sa perte de lectorat à la « disruption » numérique…)

J’ai aussi quasiment toujours écouté France Culture, depuis que je travaille. Cette radio appartient à une autre secte. Ce qui m’intéresse, ce sont les anciennes émissions, mais aussi certains débats, car France Culture a des valeurs qui, contrairement à celles de The Economist, ont résisté à l’idéologie sectaire. Ce que je demande à France Culture, c’est une réflexion sur l’histoire de l’univers, de l’humanité et des idées.

Sinon, Politico Europe a remplacé en partie The Economist. On y parle géo politique, aussi.

Pour les autres, je me limite aux titres, ce qui est assez pour avoir un « vernis », et faire une enquête si une nouvelle semble devenir sérieuse :

  • Financial Times : les nouvelles des multinationales. 
  • La Tribune. Des efforts méritants, un côté curieusement cocardier, mais rien qui donne envie de lire un article. 
  • Le Monde. Les nouvelles de la presse anglo-saxonne de la veille, ou des sujets de « société »(sexe et football) qui ne doivent intéresser que le bobo. 
  • Scientific American : à force de vouloir rendre la science intéressante, on tombe dans le fait divers. Sans compter que, comme toute la presse intello américaine, SA mène une croisade anti-Trump qui n’a rien à voir avec la science. 
  • Université de Cambridge (où j’ai étudié) : que des sujets « de société ». Qu’est-il arrivé à cette si prestigieuse université, qui continue, pourtant, à cracher des Prix Nobel ?
  • Harvard Business Review. Revue de référence en management, qui a disjoncté à l’époque de la « nouvelle économie », époque à laquelle j’ai résilié mon abonnement. Elle ne s’en est pas relevée. Elle aussi est étonnamment soumise aux effets de mode. 
  • Quanta. Enfin un site de vulgarisation scientifique, où l’on parle de mathématiques et de sciences fondamentales. Quanta me donne l’impression de refléter ce qu’est et ce qui intéresse la « communauté scientifique ». Après les génies, elle est faite de quelques bons élèves (de plus en plus rares). La science ne « casse plus la baraque », elle fait des exercices scolaires. Ce qui était faux hier est juste aujourd’hui : le scientifique est un nain sur l’épaule de géants. (Quand il n’est pas une mouche sur un coche.)

(En tout cas, cela permet de comprendre ce que sont mes sujets d’intérêts. Sujets que, curieusement, l’Intelligence artificielle n’a pas réussi à pénétrer, à en juger par la publicité que je reçois.)