Le changement selon notre gouvernement ?

L’entrepreneur…
Et si le débat sur le principe de précaution (voir ce qu’en dit la Fabrique de l’industrie) révélait la définition que nos gouvernants donnent au mot changement ? 
L’objectif du changement ? Faire comme les autres ? OGM, gaz de schiste et démantèlement du système de solidarité sociale qui nuit à notre compétitivité… Le « progrès » ? Mais le pays résiste au progrès. Face à cette résistance, il y a deux attitudes :

Le principe d’innovation. C’est le parti des « entrepreneurs ». Pour eux « entreprendre » signifie prendre des décisions dont on ne mesure pas les conséquences. Donc risquer l’argent et la vie des autres. C’était la ligne du précédent gouvernement ? Du moins en phase initiale ?

Le principe de précaution. Le Français est dangereux. Il ne faut rien faire qui puisse le mécontenter. Mais cela n’interdit pas nécessairement la réforme. Elle peut passer en douce. Ou en crise, puisqu’il n’y a rien d’autre à faire. C’est la ligne de ce gouvernement ? 

… prend des précautions


Changeons de définition ?

Y aurait-il une troisième voie ? Celle que Camus aurait appelé « de la révolte » ? Transformer la société pour le bien collectif ? Autrement dit, ne pas faire comme les autres, mais croire qu’il est possible de concevoir et de réussir notre propre changement, un changement qui débouche sur une société compatible avec nos aspirations.

Cette révolte ne se fait pas contre, mais pour. Exemple ? Parce que leur comportement suscite la révolte, nos gouvernants sont utiles. Plus ils cherchent à nous endormir, plus nous devons faire preuve de volonté et de génie.

Barrage de Sivens et fonctionnement de la France

J’ai fini par entendre parler du barrage de Sivens. En dehors d’un combat entre écolos et paysans, on découvre que la politique française, locale au moins, semble gouvernée par les arrangements entre amis. Le pouvoir politique est apparemment aux mains d’intérêts privés. Et il y a apparemment collusion avec l’administration. Et tout cela pourrait bien consommer l’argent de la collectivité, voire de l’Europe… 
Intéressant raisonnement, d’ailleurs. Il faut respecter la loi de la démocratie nous disent ces gens. Mais, si une instance démocratique plus élevée interfère avec nos intérêts, nos tracteurs bloqueront vos routes. Voilà qui est démocratique. 
Où l’on retrouve aussi Xavier Beulin, patron d’une entreprise milliardaire et de la FNSEA et opposant farouche du principe de précaution (tenté par les OGM ?). 

Tout savoir sur le principe de précaution

Louis Gallois a publié récemment, avec le président de la FNSEA, un article réclamant un principe d’innovation qui contrebalance le principe de précaution. Louis Gallois préside aussi la Fabrique de l’Industrie. Il lui a demandé de monter une commission d’enquête sur le sujet. Résultat ? Elle lui a donné un bonnet d’âne…

Confrontés au foisonnement des normes et règlementations, les industriels sont parfois tentés de dénoncer un usage excessif du principe de précaution. La présente note montre que ce n’est pas tant le principe lui-même que l’invocation abusive qui en est souvent faite qui est en cause. Il semble plus constructif de prendre acte des aspirations de la société à une sécurité renforcée et d’y répondre en mettant en place des espaces de dialogue qui permettent d’écouter les parties prenantes, de leur montrer que leurs préoccupations sont prises en compte, de prouver aux pouvoirs publics qu’ils n’ont pas besoin de renforcer leurs exigences ou de multiplier les réglementations.
Car la constitution de 1789 est construite sur le principe de libre entreprise (article 4)
La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.
Quant au principe de précaution, c’est un tigre de papier. Tout d’abord, il n’a rien de français, il répond à une préoccupation mondiale, particulièrement européenne (et la loi française suit l’européenne), et encore plus européenne du nord. Si la France a une particularité, c’est de l’avoir inscrit dans sa constitution. Mais il n’est opposable à rien.
En France, le principe de précaution est inscrit dans la Constitution par le biais de la Charte de l’environnement. Le texte énonce : « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veilleront, par application du principe de précaution, et dans leurs domaines d’attribution, à la mise en oeuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. »
Ce qui ne semble que simple bon sens !
Si nous avons une image de froussards, c’est la faute de notre gouvernement. Car il est incapable de garantir la sécurité du citoyen, ou même une expertise indépendante. (Cf. Le Mediator, la mort par canicule et autres scandales.) Dès qu’il sent que la population s’indigne, il s’abrite derrière le principe de précaution, pour donner l’illusion de l’action. D’où « une action publique désordonnée ». Ce qui rend le monde de l’entrepreneur imprévisible et stressant. Exemple type : la fracturation hydraulique. Des préfets l’autorisent sans consultation. Mécontentement. Le gouvernement l’interdit. Voilà qui est en contradiction avec le principe de précaution qui demande « des actions mesurées » !
Pourquoi cela n’est-il pas le cas ailleurs ? Parce qu’aux USA, il y a des mesures de rétorsions efficaces. Elles forcent les industriels à la prudence. Les class actions ont rapporté 164md$ aux victimes de l’amiante. Parce qu’en Europe du nord, les politiques se construisent par consensus. Mais aussi parce que ces pays n’ont pas nos activistes fous furieux inaccessibles à la raison.
Bref, si l’entreprise veut éviter les désagréments de la méfiance, et l’action des dits fous furieux, elle doit s’expliquer clairement et chercher à comprendre ceux que concernent ses décisions.
Ce dialogue n’élimine pas tous les conflits mais il permet d’éviter que des opposants irréductibles ne rallient à leur cause les publics simplement désireux d’être rassurés sur le fait que leurs préoccupations sont entendues et de mieux comprendre les enjeux.

Pour ou contre le principe de précaution ?

Entretiens de la Fabrique de l’industrie. Principe de précaution et compétitivité. Un amphi de la Sorbonne.
Il me semble que dans la salle, il y avait deux camps. D’abord celui des industriels (dont le directeur général de l’entreprise que préside le président de la FNSEA), qui regrettaient amèrement l’aversion au risque français. Louis Gallois, que je ne savais pas si combatif, parle de « risque de déclin ». 
De l’autre, il y a les juristes de la Sorbonne, un journaliste du Monde et des représentants de divers mouvements citoyens, si j’ai bien compris.  Ils expliquent que le principe de précaution est bien peu de choses. Donc pas la contrainte que l’on dit. Et il y a d’autres principes dans le droit français, la liberté d’entreprendre notamment, qui permettent d’en prendre le contre-pied. (A ceux qui veulent un « principe d’innovation », il répond : « il y a trop de droit en France« .)
Tout le problème vient d’une question de perte de confiance. Tous les circuits d’expertise sont aux mains des entreprises, d’une part. Ensuite, il semblerait que le code minier soit obsolète et rendait impossible toute discussion raisonnable concernant le gaz de schiste. Dans un système aussi déséquilibré, on ne peut pas faire dans le détail. Malheureusement. Mais lorsqu’il y a explication, il y a adhésion. 
Finalement, le Français n’est pas adversaire du risque. Seulement, aujourd’hui, il a le sentiment de prendre le risque, et que d’autres tirent les marrons du feu. Jadis le progrès était synonyme de bénéfices, aujourd’hui il l’est de chômage. 
Un jeune participant fait observer que les contraintes devraient stimuler la créativité des entrepreneurs…