Qu’est-ce que la vérité ?

Pour savoir ce qu’est la « vérité », on interroge les travaux de philosophie. Pourquoi eux, uniquement ?

En écoutant ce qu’ils disent (In our time, de la BBC), je me demande si le mal du philosophe n’est pas de rechercher des absolus. Ce faisant, il débouche sur des classifications subtiles. Une joie pour l’esprit et ses jeux. Mais de quelle utilité ?

A mon avis, toute société utilise un certain nombre de concepts, justice, égalité, vérité ou autre. Ils sont essentiels pour sa bonne marche, mais ils n’ont pas de sens bien défini. A chaque fois que l’on en a besoin, on s’interroge sur eux. Par exemple, lors d’un procès. En fait, à tous les coups, on repart, ou devrait repartir, de zéro. Et on finit par trouver une solution, plus ou moins bancale, sur laquelle le groupe s’accorde, ou renonce à s’affronter.

Le plus curieux avec la philosophie est que son désir d’absolutisme part dans tous les sens. L’émission s’inquiétait du « postmodernisme », qui a perverti notre société, et qui veut que tout soit relatif. L’absolu dans l’anti-absolu !

En fait, j’ai fini par entendre une philosophie qui me convient : le pragmatisme paraît aller dans mon sens. Comme quoi, j’ai peut-être tort : il ne faut pas désespérer de la philosophie ? Tout est une question de réglage, comme aurait dit, avec ses mots, Aristote ?

Etudier les hommes

Il est plus nécessaire d’étudier les hommes que les livres. (La Rochefoucauld)

Une citation pour notre temps ?

Le succès de la physique au début du vingtième siècle, incompréhensible par l’homme de la rue, a eu le curieux effet de donner le pouvoir à l’universitaire. L’économiste, le sociologue, le philosophe, le professeur de management, l’intellectuel, l’énarque… qui n’avaient vu de la vie que quelques livres et les murs de leur bureau se croyaient pouvoir nous l’enseigner. Comme Platon, ils étaient sortis de la caverne pour s’élever dans le monde des « idées » éternelles.

Mais la science, en partie minée par l’intellectuel, en partie par ses prétentions excessives, a perdu de son lustre. L’humilité et le pragmatisme sont à nouveau à l’ordre du jour. Travaillons, prenons de la peine… ?

Testament

Après guerre, on avait peur d’une nouvelle guerre, qui, cette fois, serait la dernière. On a donc voulu attaquer le mal à sa racine, en contrôlant la société. Seulement, le confort et le sentiment de sécurité qui en résultèrent ont fait oublier la leçon de la guerre et fait de l’égoïsme le principe de notre société. De l’inquiétude à l’égoïsme en une génération, histoire du changement, et défaite de la raison.

Au fond, comme les disent les pragmatistes, on est formé par l’expérience. La théorie n’est pas inutile, mais elle ne prend une signification que lorsqu’une situation nous permet de la réinventer. Elle est, probablement, sensibilisation.

Voilà ce que l’on devrait prendre en considération lorsque l’on envisage l’héritage que l’on doit laisser ?

Mais le plus important est peut-être l’optimisme ou élan vital, ou encore « strategic intent » des sciences du management ?

Réformer l'Education nationale

L’Education nationale est une farce. Ce n’est pas poli de le dire, mais c’est ce que tout le monde pense. 

Comment la changer pour lui éviter de changer ? 

Elle nous sélectionne sur ce qu’elle juge être notre capacité à penser. Et donne le pouvoir à ce qu’elle croit l’élite. Le reste est rebut. Elle enseigne à « l’élite » ce qu’Edgar Morin a appelé une « pensée simplifiante ». Quant au rebut, outre le fait d’avoir acquis un complexe d’infériorité, il se retrouve sur le marché du travail sans savoir rien faire. C’est d’ailleurs aussi le cas de l’élite. Carton plein. 

En fait, l’art de penser est celui du citoyen. C’est le propre de la démocratie, qui donne à son peuple la tâche de gérer le bien commun. Ce doit être un art de masse, et pas d’élite. Et c’est un art de la complexité. Paradoxalement, alors que le « sauvage » a une pensée complexe (sans quoi il ne survivrait pas), le « civilisé » tend à croire que tout est facile. La pensée complexe ne s’enseigne pas, en fait, c’est avant tout une prise de conscience. Comme le disaient les pragmatistes, il n’y a que « l’expérience » pour s’en rendre compte : confrontation de l’homme à la réalité, et pas à des formules de mathématiques. 

Ensuite, il faut apprendre un métier. Pour cela, il faut d’abord des connaissances pratiques. Fondamentales. Puis, entrer en « apprentissage », en suivant sa « vocation », ou au moins ses penchants. 

Et l’enseignant ? La 3ème République le sélectionnait à l’image de l’élite. Ce n’est plus le cas. Or, ce n’est pas utile. Les connaissances qu’il dispense sont simples. Il doit être, avant tout, un pédagogue, un bon artisan de l’enseignement, qui aime son métier. Et plus il a peiné pour apprendre, meilleur il le sera. 

Jardinier augmenté

 Le hasard m’a donné un jardin. Nouveaux problèmes. En particulier comment tailler, et bien tailler ? Je me demande si les conseils que l’on me donne sont bons. En particulier, depuis que je ne taille plus un rosier jusque-là famélique, il est devenu magnifique. De même, il est dit de « rabattre les fuchsia ». Mais ils se portent très bien sans être « rabattus ». 

Je me demande si le bon jardinier n’est pas, simplement, un observateur de la nature. La technique, l’expérience accumulée des autres, ne vient qu’après. Je me demande aussi si toute notre société ne nous dit pas de faire le contraire. Elle croit aux normes. Et elle impose ses normes à la nature, mais aussi à nous. Avant même de voir la nature, nous sommes programmés pour être « le maître et le possesseur de la nature ». 

Un temps, il était à la mode de parler « d’intelligence augmentée ». Cela ne s’applique-t-il pas au jardinier ? 

Raison et réalité

Le seul moyen de savoir si le projet d’un entrepreneur va réussir, c’est de le confronter avec le marché. Soit il vend, soit il ne vend pas. (Article.) 

Kurt Lewin disait que pour comprendre quelque-chose il fallait chercher à le changer. Aucun raisonnement n’est juste dans l’absolu. 

Il y a probablement là un problème que notre société a mal résolu, et qui explique beaucoup de nos embarras actuels. Nous nageons dans la théorie, dans les beaux discours. Et toute notre éducation nous fait croire à cette illusion. Pas étonnant que nous soyons surpris lorsque la nature se révolte.

Comment apprend-on ?

L’éducation nationale a la folie de l’abstraction. Mais est-ce par l’abstraction que l’on apprend ? Même les concours portant sur des sujets les plus abstraits se préparent par « bachotage », c’est à dire en s’entraînant avec des exercices concrets, qui semblent plaire au futur examinateur. Contrairement à l’Intelligence Artificielle, l’homme a la capacité de tirer toute une théorie d’un ou deux cas particuliers. Mais l’envers ne fonctionne pas. 

J’ai certes connu des as de l’abstraction, mais, à chaque fois que leur abstraction rencontrait la réalité, j’ai constaté qu’elle leur faisait dire des absurdités. La théorie qu’ils utilisaient était bien applicable, seulement ils ne l’avaient pas comprise. Ils arrivaient à faire un bruit convaincant, qui leur avait valu d’excellentes notes, c’est tout. 

Et si, au lieu de gâcher des esprits, on regardait la réalité en face ? 

L'expérimentation entre dans la culture française ?

Je viens de voir passer un article sur « l’expérimentation ». Les collectivités locales pourraient déroger, un temps, à certaines lois nationales. L’idée n’est pas neuve mais, jusque-là, comme souvent en France, sa complexité de mise en oeuvre a tué les velléités d’initiative. 

Loi « girondine » à laquelle s’opposent les « Jacobins » : une même loi pour tous, disent-ils.

Une question qui me semble ne pas avoir été comprise par ces « Jacobins » est que l’expérience doit avoir pour objet de devenir la loi générale, si elle réussit. C’est comme cela que l’on met au point les vaccins.

Pragmatisme

La science nous tend des pièges. Elle nous fait croire qu’il y a des « lois de la nature ».

En fait, c’est faux. La nature « tend » à se comporter selon ces lois. Mais il est possible que son comportement en diffère.

La science doit servir à guider l’action, pas à la déterminer. En quelque sorte, elle doit stimuler la créativité, en donnant des idées d’action. Sachant que d’autres sont peut-être possibles.

Qu'est-ce que le pragmatisme ?

Le pragmatisme est un des grands courants philosophiques mondiaux. Il est traditionnellement puissant aux USA. Il semble aussi proche de la pensée chinoise (ou d’une forme de pensée dominante).

La raison n’est qu’un outil, mais elle croit être la réalité, ou savoir ce qu’est la réalité. Le pragmatisme me semble être une tentative de contrôle de la raison par la raison, de même que l’on apprend à utiliser un outil. Par exemple, les lois de la physique ne disent pas ce que sont les lois de la nature (y en a-t-il ?) mais permettent de concevoir des outils qui nous sont utiles. Le pragmatisme, c’est la science comme autre nom d’une pensée qui pense correctement (ce que Descartes et Edgar Morin appellent « méthode »).

Après une période où l’on a fait grand usage de l’utopie, marxisme, nouvelle économie, consensus de Washington, block chain ou autre intelligence artificielle, le retour sur terre pourrait s’appeler pragmatisme.