Fier de l'Europe ?

Qui l’eut dit ? L’Europe se mobilise pour défendre l’Ukraine. L’Allemagne, qui a le plus à perdre, fait de gros sacrifices. Et l’on s’organise pour héberger les ukrainiennes et leurs enfants. 

On ne sait pas où tout cela nous emmène. Mais on y va. M.Poutine nous parle même d’arsenal nucléaire… Pour le moment, ce qu’il a réussi à tuer, c’est notre égoïsme. A moins que ce ne soit l’effet du courage des Ukrainiens ?

« Je suis fier de » n’arrête-t-on pas de lire à droite et à gauche. Déplaisant comme toutes les formules toutes faites, traduites de l’anglais. Mais, pour une fois, ne serait-elle pas appropriée ? 

Enfer et bonnes intentions

Qui se souvient du « consensus de Washington » ? A la chute de l’URSS, les USA ont pensé que le capitalisme avait gagné la partie. Plus de crises, croissance continue, lisait-on. Le paradis sur terre. C’était la « nouvelle économie ». Les économistes parcouraient le monde et donnaient des leçons. Il s’en est suivi une succession de crises, terribles. Turquie, Venezuela, Argentine, Mexique, Corée du sud, Malaisie, Philippines, Thaïlande, Russie et Brésil 

Curieux : comment s’expliquer que parmi ces pays, il y ait quelques-uns de nos pires ennemis ?

Puis, il y a eu les armes de destruction massive et l’invasion de l’Iraq. Puis les printemps arabes, et le renversement de régimes qui jusque-là étaient des alliés de l’Occident contre le terrorisme… 

Et maintenant la Russie envahit ses voisins. Aurait-elle mal compris l’exemple que lui a donné l’Occident ? Serait-il temps de le clarifier ?

(Consensus de Washington.)

Osons agir ensemble

L’Allemagne croyait avoir une relation spéciale avec la Russie. 55% de son gaz vient de ce pays. Et elle n’a plus d’armée. L’économie la plus puissante de l’Europe risque de passer un mauvais moment. 

Au fait, sur quoi était construit cette fameuse puissance ? Une illusion ?

Le capitaliste vend la corde pour le pendre. Tout le monde semble avoir beaucoup aimé M.Poutine. L’Angleterre est pleine d’oligarques, les banques françaises ont de gros intérêts en Russie, les Italiens semblent être à la fois français et allemands… 

Quant aux frontaliers, si, eux, se méfiaient de l’empire russe, ils risquent malgré tout d’être balayés par une vague d’immigrés.

Il est probable qu’aucun de ces problèmes n’est bien grave, si l’Occident combine ses forces et va au secours des pays ou des entreprises en difficulté. Pourquoi, par exemple, ne pas lancer un programme de réduction de la consommation énergétique, qui ne soit pas que de l’incitation mais une réelle démarche de « recherche et développement », scientifique et systématique ? 

Pourquoi ne pas s’inspirer de la façon dont l’organisation américaine a gagné la guerre en 40 ?

Guerre à l'Europe

M.Poutine veut une Russie forte, ce qui signifie qu’il ne s’arrêtera pas à l’Ukraine, lit-on. 

L’Europe est dans la situation de la France en 40. Son mal ? Ce que l’on pourrait appeler une « civilisation supérieure », qui ne peut concevoir qu’il existe des esprits primaires assoiffés de sang, mais aussi l’individualisme pathologique de « l’idiot utile », qu’il soit grand patron, homme politique ou intellectuel, dont les pulsions sont le jouet du dictateur étranger. 

Et, en plus, il y a la Chine…

L’Europe peut-elle apprendre de la France ?

(Et d’Athènes, disloquée par l’individualisme ?)

Guerre en Ukraine

Apparemment, l’Occident a été pris par surprise par une guerre que M.Poutine préparait depuis dix ans…

M.Poutine, Johnson, Trump et coronavirus sont probablement bons pour l’Europe. En la menaçant, ils la forcent à faire face à ses contradictions. Et à les résoudre en urgence absolue. Ce qui est terrible à dire. 

Ce qui l’est aussi c’est de constater à quel point elle s’était laissé aller, et à quel point elle est fragile. Peut-être, même, n’avait-elle plus conscience « d’être » ? Les nations, l’Europe, l’Occident, c’était dépassé ?

Ce qui ne tue pas renforce, dit Nietzsche…

La Russie en perspective

La Russie fait trembler le monde. Mais qu’est-ce que la Russie ? Un nain économique. Un pays pauvre.

Serait-elle à l’image des « géantes rouges », étoiles en fin de vie qui connaissent une phase d’expansion, avant de se contracter en naine blanche, étoile à neutrons, ou trou noir ?

(Politico.eu, hier : « Russia has an economy roughly the size of Spain’s. It also has three times the population, which means ordinary Russians are poor, and they die early — life expectancy in Russia is staggeringly over a decade shorter than in Spain. Russia’s GDP per capita is now one of the lowest in Europe — below Turkey.« )

Gladiateurs

Les gladiateurs romains ne se battaient pas à armes égales. Il semble qu’il en soit de même des nations. 

M.Poutine a ses tanks, ses hackers, ses mauvais coups, et son gaz, l’Europe a son économie.  

Mais une nation, c’est aussi une culture. La Russie est une dictature, l’Occident un individualisme, plus qu’une démocratie. Or, la force va aux équipes. Depuis les mésaventures de la Grèce ancienne, et celles de la France en 40, on sait que là est à la fois la force et la faiblesse de l’Occident. S’il a conscience d’un danger partagé, l’autonomie de ses acteurs lui donne l’avantage ; sinon, les appétits égoïstes le disloquent. La paix est son pire ennemi ?

Stupidité massive

M.Poutine veut envahir Kiev, parce qu’elle possède des « armes de destruction massive », lisait-on hier dans Politico.eu. 

Une leçon que nos « forces du bien » devraient méditer ?

(« PUTIN’S SPEECH: Putin announced his decision to move into Ukraine in a flabbergasting televised speech to his nation. He unleashed a litany of false charges about Ukraine posing an acute threat to Russia’s security, claiming Kyiv was preparing to arm itself with nukes: “With the appearance of weapons of mass destruction in Ukraine, the situation in the world, in Europe, especially for us, for Russia, will change in the most radical way,” he said.« )

Dans la tête de M.Poutine

Hitler avait redressé l’économie allemande, lisait-on dans les livres d’histoire de mon enfance. D’ailleurs, l’Allemagne faisait l’admiration des USA et des hauts fonctionnaires français. Récemment, j’ai découvert un ouvrage qui montrait que l’économie allemande n’avait pas la performance annoncée, et que les dirigeants allemands étaient convaincus de n’avoir qu’une solution : la guerre. 

On se demande ce que pense M.Poutine. Mais, a-t-il la possibilité de penser ? La guerre n’est-elle pas une solution de facilité pour un Etat économiquement poussif, à la démographie déclinante, dirigé par un combattant d’élite de la guerre froide ? 

Dans l’optique structuraliste de Levi-Strauss, je me demande parfois si l’on ne pourrait pas modéliser les sociétés comme des espaces, dans lesquels les décisions seraient des billes qui roulent selon les plus grandes pentes. 

Guerre hybride

Guerre hybride, autre mot de l’année ? 

Les armes de M.Poutine sont bien plus que ses tanks, lit-on. Il y a le gaz et la crise énergétique, la cybercriminalité (paradoxe d’Internet, créé pour empêcher une paralysie de l’informatique mondiale !), et l’immigration. 

Quant à l’Occident, il a un équivalent de la bombe atomique : couper la Russie de l’économie mondiale. 

Ce qui coûterait très cher à l’Occident. Mais avoir peur de perdre un peu est le meilleur moyen de tout perdre. Voilà, peut-être, ce que M.Poutine est en train d’évaluer.