L'empire du langage

Petit à petit, je découvre que toutes les théories modernes disent que le langage est tout. Et donc que le monde n’est qu’une illusion puisqu’il suffit de modifier ce que l’on en raconte pour le changer. Conséquence :
  • Une attaque en règle de tout ce qui a fait « autorité » (mot important) : religions, science…
  • Paradoxalement, tentative de création d’un nouvelle forme d’autorité, d’un univers qui nie la société et place au premier plan le « marginal », le « déviant » qui refuse de contribuer à la marche de la société, mais pas d’en profiter. 
  • Perte d’autorité des intellectuels, porteurs de cette doctrine. Puisque eux-mêmes affirment que leur parole est aléatoire. Ce qui explique que nous n’ayons plus aucun penseur digne de ce nom? 
Bien entendu, tout ceci ne tient pas. Nous pouvons dire ce que nous voulons, nous ne pourrons jamais supprimer l’existence des virus ou faire des voyages intergalactiques. En outre, nous ne sommes pas pilotés par des paroles, par la seule raison, mais par un inconscient collectif.
En fait, le phénomène n’est pas limité aux intellectuels. A y bien réfléchir toute la société s’est raconté des fariboles. C’est peut-être pour cela que l’on a parlé de l’égalité homme / femme sans rien faire pour qu’elle survienne. Pour prendre un exemple. Pour nos pères tout a été une question d’incantation. Il suffisait qu’ils veuillent que nous soyons heureux pour que ce soit le cas. Autre exemple. 
Il semble que cette vision du monde, libertaire ?, s’oppose à un modèle dirigiste et déterministe, d’ordre, construit sur la science, et qui prétendrait connaître la seule bonne façon de marcher. Ce serait la raison qui l’indiquerait, et la science lui serait associée. Cette alternance est peut-être une forme d’action et de réaction. Après les Lumières, il y a eu la réaction du romantisme. La crise d’avant guerre a amené un dirigisme grandissant, qui a culminé avec la technocratie triomphante, étouffante ?, d’après guerre. Puis l’ère du langage est revenue. 

Le Paradoxe de Foucault, ou un changement de notre temps

Ce blog s’interroge sur les causes profondes des changements de l’état de notre société, et surtout des changements à effectuer pour qu’elle souffre un peu moins. Mon dernier billet sur Hayek et Foucault m’a mis sur une piste. 
Le livre de Hayek, The road to serfdom, m’a beaucoup surpris. J’attendais un raisonnement impeccable et des équations. Hayek n’est-il pas prix Nobel ? J’ai trouvé un livre bourré d’erreurs de raisonnement insupportables. J’ai failli quinze fois jeter ce bouquin débile. Je comprends que Keynes, esprit supérieur, n’ait éprouvé que du mépris pour Hayek. Et puis j’y ai repensé. J’avais fait du hors sujet : le livre de Hayek est le cri de désespoir d’un homme qui sent sa liberté en danger. Tout le reste ne compte pas. 
Pour moi, il en est de même de Foucault. 
Le paradoxe de Foucault
Mais ce n’est pas le plus intéressant. Le plus intéressant est que ces deux personnes ont été des hommes d’appareil, des fonctionnaires. Paradoxe pour des libertaires ! Et c’est, peut-être, là le nœud du problème. Ils ont été pris entre leur amour du système, et la souffrance qu’il leur infligeait. Alors, ils ont voulu le faire changer. Sans se rendre compte des dégâts que cela pouvait entraîner dans nos vies. 
Et cela m’amène à l’idée suivante. Foucault et Hayek ont mal réagi à une cause réelle. Le nazisme qu’avait connu Hayek n’a peut-être pas été une exception. Partout, la société a cherché à dicter à l’homme son comportement, à le faire entrer dans des normes. « Mammy knows better » disent les Anglais, qui n’ont pas de De Gaulle. Le monde s’est révolté. Mais, il n’a pas attaqué la cause du mal. Car jamais nous n’avons été plus esclaves de la société. Regardez les USA : toutes les jeunes filles de la meilleure société se font refaire la poitrine ; tous les viocs de la meilleure société se font refaire une jeunesse. En France, nous nous droguons pour paraître normaux. Ce que Foucault et Hayek n’ont pas compris, c’est qu’il ne faut pas changer les règles sociales, il faut changer notre attitude aux règles. La liberté de l’homme, c’est penser par soi même. Et refuser que la société lui dicte ce qu’il doit être, quand cela n’a pas de conséquence sociale. (Se refaire la poitrine, ou faire Normale sup, par exemple.)

Evolution politique de la France

Comment modéliser la situation politique de la France ? Voici où ce blog m’amène :
  • La France a été longtemps radicale. En fait jusqu’à de Gaulle. Le radicalisme n’est rien d’autre que la mise en œuvre des idées de la Révolution. Je pense qu’il correspond toujours à l’esprit de la nation. 
  • Les partis de gouvernement actuels me semblent représenter les privilégiés d’hier. D’ailleurs, ils sont ouvertement « anti Lumières » (cf. le postmodernisme de gauche) :
    • D’un côté N.Sarkozy à repris le combat de « la première droite » de la classification de René Rémond (les possédants), la seule à s’être toujours opposée à la Révolution.  
    • De l’autre, la gauche a repris le discours moraliste de l’Eglise catholique (aucun lien avec la religion du même nom) dont l’objet est d’assurer le statu quo en convainquant le peuple qu’il porte une faute originelle (le colonialisme). 
  • Mais le radicalisme est aussi un individualisme, et les égos qui le constituent l’empêchent de rassembler ses forces pour gouverner dans le respect de l’intérêt général. Aujourd’hui, le radicalisme, c’est aussi bien Bayrou, Borloo, Loos, Morin, Rama Yade que Valls ou Rocard.
  • Faute d’union, ses thèses ont été récupérées par le FN, défenseur de tout ce qui est national.
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« Sacre-coeur-paris ». Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

L'histoire contaminée par le postmodernisme ?

David Armitage (vidéo) se plaint de ce que les historiens ne s’intéressent plus qu’à des périodes courtes. Plus question d’attaquer des sujets de fond, des débats de société, qui demandent de brasser des centaines voire des milliers d’années. Ils doivent apprendre de l’exemple de Thomas Piketty.

Je me suis demandé si l’on n’était pas, là, en face d’une conséquence du postmodernisme.

Qu'est-ce que les Lumières ?

Le postmodernisme donne une définition des Lumières qui n’est pas la mienne. Quels sont ses principes, selon moi ? 
Il me semble que le fondement de cette pensée, de Montesquieu à Kant, en passant par Rousseau, est la liberté. Pour que l’homme soit libre, il doit y avoir « égalité de puissance » (Rousseau et Montesquieu). C’est à dire que rien ne doit avoir la « puissance » d’imposer quoi que ce soit à l’individu. D’où notre fameuse « égalité », si souvent ridiculisée par les Anglo-saxons. Mais, surtout et beaucoup plus subtilement, l’homme ne doit pas pouvoir être réduit à l’état d’animal, de chose (Kant), par lavage de cerveau. Il doit avoir la capacité (raison) de critiquer. L’éducation joue donc un rôle central pour les Lumières. Puisque c’est elle qui peut réduire l’homme à l’état de larve, ou, au contraire, lui donner les armes qui lui permettront de conquérir sa liberté. 
Toute cette réflexion me semble se ramener à un principe unique : l’individualisme. La caractéristique culturelle de l’Occident, c’est de croire à un individu libre de toute contrainte. En quelque sorte de refuser la dimension première de la société. L’individu n’a pas de parents, pas d’enfance. Il sort de la cuisse de Jupiter. Or, l’individu peut soit être un joueur d’équipe, soit un parasite, aveuglé par son intérêt (cf. Sade), et qui nie l’humanité même des autres hommes (Sade encore). Quelle est la stratégie du parasite ? Il met la société à son service en instrumentalisant les règles qui assurent sa cohésion. Il utilise ces règles de façon à faire de l’homme un animal. 

Le postmodernisme, religion du marché ?

Suite de mon enquête sur le postmodernisme. Très intéressant article de Mary Klage. Le postmodernisme serait la pensée associée à la société de consommation. Autrement dit sa justification, son mythe fondateur. C’est une théorie de Frederic Jameson. Et le texte de Mary Klage semble la confirmer.
Le chemin pour parvenir à ce résultat est inattendu. Le postmodernisme est une réaction au « modernisme », fruit des Lumières. Les Lumières veulent construire l’ordre à partir du chaos, grâce à la science, qui est l’émanation de la raison. Le mythe fondateur de cette pensée est le progrès.
Le postmodernisme s’oppose à ce qu’il voit comme un totalitarisme, qui refuse la différence (homosexuels, par exemple), que la pensée moderniste assimilerait au chaos. La grande idée du postmodernisme est qu’il n’y a pas de « grand récit ». Le destin humain n’est porté par rien. Il ne va nulle part. Tout est relatif. C’est un constat d’impuissance. L’homme ne peut pas agir sur les événements. Seules sont possibles des petites histoires du moment présent.

Le monde expliqué…
Ce modèle extrêmement simple a un pouvoir d’explication surprenant :

  • Il explique la révolte à laquelle nous avons assisté récemment, révolte de ceux qui croient à une « grande histoire », par exemple à une religion, à la nation, au progrès… Explication de l’émergence du Tea Party, Manif pour tous, Al Qaïda…
  • La gauche est le mouvement postmoderniste par essence. Cela explique tous ses combats. Combats extraordinairement abstraits pour l’homme ordinaire. Son obsession de la discrimination est ici, mariage pour tous, théorie du genre, tout est là. Mais aussi abandon des « grands récits » auxquels on continue à l’associer. En particulier, « libération de la classe ouvrière », plus généralement le progrès et le combat pour l’amélioration du sort de l’humanité, vue comme une communauté (comme dans « socialisme »). 
  • C’est la victoire du marché, et de l’homme réduit à sa dimension d’électron libre, d’animal, de jouisseur, consommateur, ou, pour les perdants, de bête de boucherie. C’est ainsi que, paradoxalement, la gauche rejoint la droite ultralibérale et néoconservatrice. Et ce en utilisant des arguments scientifiques, pour réfuter la science.
(J’ai trouvé cet article ici : http://www.webnietzsche.fr/postmode.htm)

Qu'est-ce que le postmodernisme ?

Et si le postmodernisme était l’esprit de 68 ? me suis-je demandé. Je lisais alors un texte sur les techniques de conduite du changement. Et il se trouve qu’on a essayé d’y appliquer les théories postmodernistes !

En fait, d’après une enquête rapide, personne ne sait définir le postmodernisme. Un thème commun aux courants qui le constituent, cependant, serait la dénonciation de la société comme moyen d’oppression. Et l’appel à sa destruction.

Ce qui m’amène à ma phrase d’introduction est une conjonction de faits. Les troupes combattantes de 68 semblent avoir été constituées de « mal lotis ». Des gens mécontents de leur sort. Michel Foucault aussi semble avoir été malheureux. Ainsi que Richard Descoings, le réformateur de Sciences Po. Et si 68 et ce qui s’en est suivi avaient été la revanche de tous ces mécontents ? Une revanche que la théorie du « post modernisme » aurait rationalisé ? Une revanche de gosses de riches qui cassent les jouets du pauvre ?

A la réflexion, je me suis demandé si ce n’était pas le résultat logique de la société d’après guerre. Son individualisme matérialiste a produit des petits riches en manque d’affection. Certes, certains ont réussi, comme Foucault ou Descoings. Mais n’ont-ils pas souffert, terriblement, de solitude ? Plus que tout, ils auraient voulu de l’aide, mais ils ne l’ont pas eue ? Alors ils ont voulu détruire ce qu’ils croyaient la cause de leur mal ? Ce qu’il nous faut, c’est réinventer la société, et l’entraide ?

(Un livre sur le poststructuralisme, autre nom du postmodernisme, refus de toute autorité. Autorité, synonyme du pouvoir paternaliste oppressif d’après guerre ? Ce qui expliquerait les théories actuelles sur le genre et autres ? Un autre sur la réaction conservatrice à l’esprit 68.)