Iain McGilchrist, dans son étude du cerveau (The master and his emissary), tire une conclusion surprenante. Il voit les Lumières comme une régression de l’esprit humain.
L’explication est simple : les Lumières ont refusé ce qu’elles ne parvenaient pas à comprendre. En particulier la religion.
La critique du postmodernisme est encore plus méchante. Le postmodernisme tourne en ridicule la complexité du monde. C’est, paradoxalement, un acte totalitaire et violent : il condamne, quasiment à mort, les esprits réellement supérieurs.
J’en suis arrivé à me demander si l’incompréhensible, le non quantifiable, n’avait pas des vertus. Je le pensais déjà de la science : c’est l’inconnu qui est stimulant, c’est lui qui est riche de découvertes possibles, qui fait d’avoir « toujours tort » une promesse de bonheurs. Mais je le crois de plus en plus de l’art, pré post moderne. Pour commencer à l’appréhender, il faut l’étudier, il ne nous parle pas spontanément. L’art n’est pas pour les amateurs. S’élever dans sa connaissance permet à notre esprit, je le soupçonne, de se découvrir des capacités nouvelles. Capacités utiles partout.
Seulement, comme ailleurs, le danger est probablement dans « l’aliénation » : être capturé par l’art, ou par la religion. Aimer l’incompréhensible parce qu’il est incompréhensible. Le propre de l’esprit sain est certainement de ne jamais abandonner l’espoir de pouvoir comprendre, sans, pour autant, adopter les solutions de facilité postmodernes.