La fabrique du barreur

Dans un précédent billet, je disais que Le Monde avait perdu son barreur. Qu’est-ce qui fait les bons barreurs ?

Je me demande si le barreur ne demande pas une longue construction. Beuve-Merry ou de Gaulle sont arrivés tard au pouvoir, par le plus grand des hasards d’ailleurs, après une dure vie de combat qui les a forgés. Par contraste, le journaliste ou l’homme politique a été fait par ses études. Il est porteur des valeurs du milieu qui l’a formé. Ce sont, au mieux, des idéologies, au pire des modes. En dehors de sa « volonté de puissance », il n’a pas de colonne vertébrale ?

Pierre Mendès-France

Qui fut Pierre Mendès-France ?

Oublié aujourd’hui, il semble avoir laissé l’image de l’homme politique idéal. Son passage au gouvernement aurait même été une des deux seules fois de son histoire où le Canard enchaîné fut d’accord avec le gouvernement.

France culture diffusait des émissions qui lui étaient consacrées.

On apprend qu’il fut un radical. Et qu’il eut une grande popularité mais qu’il gouverna peu. En revanche, son passage au gouvernement fut particulièrement efficace. (Je me demande s’il ne s’était pas épuisé.)

Il me semble avoir été au dessus des partis politique et avoir voulu réaliser la véritable République. Celle qui serait dirigée par le peuple. Apporter la touche finale à la révolution ? Son rôle était de permettre la mise en œuvre de la volonté générale. En cela, il était l’antithèse de De Gaulle (qu’il disait admirer), qui demandait au peuple le mandat de faire ce qu’il jugeait bon.

Politicien idéal ? Trop droit et intelligent pour ne pas se tuer à la tâche ?

Les raisons du populisme

Les opinions publiques des démocraties veulent-elles des hommes forts ? Sont-elles fatiguées de leur régime, de l’état de droit ? Les Européens veulent-ils dissoudre l’Union ?…

Eh bien non. La cause des succès de l’extrémisme actuel tient à la surdité des partis politiques traditionnels. Les enquêtes montrent que les populations réclament simplement ce que pensait être M.Hollande : un « gouvernement normal », qui fasse fonctionner correctement les institutions du pays. Dans cette situation, leur seule option est de voter « populiste ».

Voici ce que l’on entendait dans l’émission de Christine Ockrent.

André Tardieu

Je ne connaissais pas André Tardieu. Il fut un homme politique important avant guerre.

Major de Normale sup, il lui préfère la diplomatie. C’est un esprit brillant et méprisant. Comme tout gosse de riche, il rêve de faire une politique de gauche, mais, comme il n’y a pas de place à gauche, il va à droite. Au pouvoir, il amorce ce qui sera le programme du front populaire.

Il voulait faire une politique de prospérité, mais il est frappé par les conséquences (retardées en France) de la crise de 29. Il se retire de la politique. Constatant le chaos qu’est la troisième République, il écrit une oeuvre qui aurait inspiré de Gaulle.

(D’après une émission de 1958.)

Gauche droite

Aux USA, Trump semble faire régner la terreur. Curieusement, la gauche, qui jusque-là faisait l’opinion, est soudainement inaudible. La « cancel culture » a brutalement changé de camp.

Etrange phénomène. C’est la « dialectique » de Hegel à l’oeuvre. Mais ce n’est qu’un constat, qui a une explication ? Comment se fait-il que ce qui devrait être le propre de la démocratie, le débat, soit impossible ? Qu’une opinion en remplace une autre ?

En France, la gauche a conservé son influence sur les médias, mais, dans les faits, plus personne ne croit à ses projets. Coeur à gauche, portefeuille à droite ? Eternelle hypocrisie française ?

Progressivité de l’impôt

Discussion sur la progressivité de l’impôt.

En réalité, il est peu progressif. En 2023, les dépenses publiques dépassaient les 1.600 milliards. L’impôt sur le revenu représenterait 90 milliards. Ce sont les taxes qui le nourrissent. En les augmentant régulièrement, l’Etat appauvrit le pays, sans qu’il s’en rende compte.

Alors augmentons les impôts pour les riches dit la gauche. Et si on augmente suffisamment les impôts, on baissera les taxes, on augmentera le pouvoir d’achat !

L’impôt sur la fortune rapportait 5md€ en 2016, une goutte d’eau. Compenser « sérieusement » les taxes par l’impôt direct serait un coup de massue gigantesque. L’impôt n’est qu’un argument populiste : que les autres paient ?

Le problème, au moins en partie, c’est la hausse des dépenses de l’Etat. Et elle est de gauche et de droite.

(Question : n’est-ce qu’une question de dépenses ? Et si la politique, populiste ? de nos gouvernants cassait les ressorts de ce qui assure la prospérité à une nation ?)

https://france-inflation.com/dette_publique_france_1950.php#google_vignette

Opinion publique

Surprise. Mon député m’écrit.

Un anthropologue qui a étudié l’assemblée disait que, au temps de l’enquête, le député « se faisait bouffer ». Il passait son temps à rendre service à l’électeur. Cette pratique a changé avec la génération Macron. L’électeur semble laisser l’élu indifférent. Ce blog parle de cette question de temps en temps. D’où ma surprise.

Que dit-il, ce député ? Qu’il faut être solidaire. C’est pourquoi il va faire tomber le gouvernement. Celui-ci s’en prenait aux congés des Français alors que l’impôt n’est plus progressif. Les citoyens qui gagnent plus de 60000€ par mois ont un traitement de faveur.

Il montre qu’il se dépense sans compter : 1210 amendements déposés ! 58 propositions de lois. La complexité administrative expliquée ? Et il inaugure des bâtiments.

Politique et compétence

L’autre jour j’entendais conter un roman de John Le Carré par la BBC (Call for the dead, très ancienne émission).

Un traitre s’est-il introduit dans les services secrets britanniques ? L’agent Smiley enquête. C’est un médiocre, qui ne paie pas de mine, est éternellement trompé par sa femme, est le fusible idéal, mais est redoutablement compétent et totalement incorruptible. Quant à son chef, le patron des services secrets, c’est un « politique ». « De la merde dans un bas de soie », mais sans le génie de Talleyrand.

Voilà qui semble une loi de la nature : le politique et le compétent. Explication ? Il est possible que « politique » soit le nom de la qualité nécessaire pour naviguer dans une société, ou dans notre société. Peut-être aussi, selon le modèle de la « dialectique du maître et de l’esclave », le politique est le handicap dont a besoin le compétent pour devenir ce qu’il est ?

Munich

Il y a des moment où l’on ne regrette pas d’écouter la BBC.

Ce matin, c’était Munich. Grand soupir de soulagement. M.Starmer venait de rencontrer M.Trump. Il n’y aura pas de guerre avec les USA. Même les journalistes goûtaient l’humour de M.Trump. Et je ne vous parle pas de l’enthousiasme des patrons anglais.

Or, M.Trump était incroyablement méprisant pour le pauvre premier ministre, qui arrivait armé pourtant d’une arme absolue : une lettre de sa majesté le roi d’Angleterre ! M.Trump a commencé par se moquer de l’accent de M.Starmer, puis il a dit que ce dernier s’était vraiment donné beaucoup de mal pour lui plaire. Quand à l’engagement de soutenir l’Ukraine ou les troupes européennes ? Les armées anglaises ont fait la preuve de leur valeur !

La seule chose qui intéresse M.Trump est de faire des affaires, si possible en exploitant la partie adverse. Prochaine étape : faire éclater l’union européenne. Cela s’appelle « diviser pour régner ». Il y a même deux expressions pour le dire en anglais. Effectivement, l’Angleterre doit être fière de son héritier.

Anti politique

Le mal des organisations, c’est la politique. On y lutte pour le pouvoir. Et, à ce jeu, c’est le plus mauvais qui gagne. Cela est vrai pour l’Etat et pour la grande entreprise. On ne le constate jamais autant qu’aujourd’hui.

Comment éviter ce phénomène ? Je soupçonne que le mal vient du « gras ». Plus les membres d’une organisation sont protégés, plus ils s’inventent une raison d’être incompatible avec l’intérêt général. C’est ce que Robert Merton appelait « displacement of goals ».

La solution est probablement une structure « maigre » ou ce que l’on nomme « l’entreprise libérée ».

Seulement, comment y parvenir ? Pression des événements ?