Police scientifique

Notre police scientifique a dû rattraper un gros retard. Propre de la France ? J’entendais l’autre jour que l’on ne devait pas tant à Pasteur sa révolution que le fait qu’il a sorti la science française de sa léthargie post napoléonienne et du retard phénoménal qu’elle avait pris sur l’Allemagne. Notre pays aurait-il tendance à se replier, stupidement, sur lui-même ?

L’émission présentait aussi l’intérêt de rappeler qu’il est commun de découper sa femme en morceaux, et de les disperser, et de trouver des suicidés sans arme du crime.

36, v’la les flics

36 quai des Orfèvres. Une ancienne émission de France culture.

Les membres de la police judiciaire vivent (à l’époque) dans des locaux miséreux. Ils n’ont pas d’horaires. Mais ils accomplissent une vocation. Et ils appartiennent à une communauté unie et solidaire.

On apprend même que le cinéma donne une image fidèle de leur métier. Et, d’ailleurs, que celui-ci est bien plus passionnant que ce qu’en disent les films !

La recette du bonheur ?

Edmond Locard

Edmond Locard fut un policier scientifique du siècle dernier. Une sommité. Une émission lui est consacrée en 1955, il a 78 ans. (Entretiens avec Edmond Locard, France culture.)

On apprend que l’homme et la femme ne tuent pas de la même façon. La femme empoisonne, elle écrit des lettres anonymes, et elle n’avoue jamais. D’ailleurs, au moins dans ce domaine, la femme est bien plus intelligente que l’homme.

Il raconte aussi un monde qui a disparu. Celui du milieu, créé par une pauvreté abjecte. On y vit dans la promiscuité. On y meurt de tuberculose ou d’alcoolisme. Et on est en 1955 ! Peut-être serait-il bien de prendre conscience de ce que nous a apporté une société que nous tendons à critiquer ? Et des effets dévastateurs des réformes qui ont voulu l’améliorer ? Avant qu’elles ne nous aient ramenés d’où nous venons ?

Toujours est-il que, étrangement, le célèbre docteur Locard ne voulait revivre aucun des jours de son passé.

Affaire Loiseau

Je découvre, 40 ans après, l’affaire Loiseau. (Arrêt sur image – Police : L’affaire Loiseau ou les dessous de la « PP », 1994, rediffusé par France culture Et le dossier noir de la police des polices.)

Un inspecteur de police est accusé à tort par sa hiérarchie, qui invente des preuves contre lui. Il sera gracié par le président Mitterrand mais jamais innocenté. Les coupables ne seront jamais punis.

Dans une émission, il était dit que, pour réduire le coût de la police, on lui fait utiliser des indicateurs, ce qui la conduit à se compromettre, et, aussi, à se payer en nature, en quelque-sorte.

Si je comprends bien, suite à une faute qui a coûté des vies, les policiers ont demandé que le responsable soit sanctionné. Pour ouvrir un contre-feu, la direction de la préfecture de police a voulu leur rappeler leur propre culpabilité. Manque de chance, dans le lot des accusés, se trouve un innocent. Il a voulu se défendre. Il a fallu s’en débarrasser. (Peut-être même, quelque peu machiavéliquement, s’en prendre à un innocent permettait de détourner l’attention des syndicats de policiers.)

Il y a beaucoup d’éléments curieux dans cette histoire. Tout d’abord, elle ressemble étrangement à l’affaire Dreyfus. Pour protéger une institution, on accuse un innocent. Ensuite, comme dit dans un précédent billet, cet innocent, convaincu qu’il va être lavé de tous soupçons, n’a pas le comportement que l’on attend d’un innocent. Finalement, il y a beaucoup de coupables dans cette affaire, la police aussi bien que la justice. D’ailleurs, sans la bavure et la fronde initiale, aurait-on parlé de policiers corrompus ?

Il était aussi dit qu’on ne peut pas faire d’omelette sans casser des oeufs. Ce type d’affaire est peut-être une pathologie naturelle du système policier. Le tout est de ne pas être au mauvais endroit au mauvais moment ?

Polars

J’ai acheté ce livre à l’époque du franc. L’ai-je lu ? Je n’en avais aucun souvenir. Mais ce n’est pas la première fois que cela m’arrive. Ce qui en dit long sur la fiabilité de ma mémoire, et sur l’utilité du témoignage dans l’enquête criminelle…

Il s’agit d’une sélection de romans noirs publiés par la collection « un mystère », dans les années 50. Tous sont des traductions de romans américains. Une sélection de 8, sur près de 600 publications. Le roman noir a connu une énorme vogue, apparemment.

Idéal pour se « nettoyer le cerveau » durant des vacances.

On avait de plutôt bons traducteurs en ces temps. J’ai d’ailleurs constaté que l’on utilisait beaucoup le subjonctif présent. Ce qui m’a fait me demander si l’on n’avait pas un peu perdu du langage original, qui se veut généralement truculent. Et de l’ambiance, qui compte peut-être plus que le dénouement, souvent tiré par les cheveux. En tous cas, la sélection est beaucoup plus diverse que ce que j’attendais. Il y avait un grand nombre de « sous genres », au sein du roman noir. Il y avait aussi un nombre considérable d’auteurs, respectables, qui ont tous été oubliés.

Je me suis demandé aussi pourquoi autant de romans se passaient à Hollywood. Milieu particulièrement corrompu ? Ou intention de faciliter une adaptation de l’oeuvre au cinéma ? Car tous ces livres feraient d’excellents films. D’ailleurs plusieurs en ont été. Ce qui explique peut-être leur structure : ils étaient en fait des scénarios ?

Police numérique

Après plusieurs drames, l’opinion anglaise semble réclamer de plus en plus bruyamment que la jeunesse soit protégée d’internet, ses applications et réseaux sociaux.

Ce qui paraît naturel. La loi s’applique partout, pourquoi pas à Internet ? Et, on considère que l’enfant, jusqu’à sa « majorité », doit vivre sous tutelle. Et cela parce qu’il est en « formation », donc influençable.

On dit qu’Internet a été une expérimentation. Sa version actuelle est l’oeuvre de libertaires. Ils pensaient que l’homme vit mieux sans lois. Et qu’Internet le démontrerait. Et qu’Internet deviendrait le monde réel. La masse bêlante serait alors bien obligée de se convertir. Et ces libertaires étaient nos dirigeants ?

Internet ou le changement par les voies détournées de la « soft power » ?

La police et la manifestation

Centralisé, spécialisé et hautement technologique, le maintien de l’ordre à la française vit, selon Sebastian Roché et François Rabaté, dans la conviction qu’il repose sur un modèle supérieur à celui des autres États démocratiques pour affronter les nouveaux types de manifestations sur l’espace public.

Article de Télos

Une recension d’un livre discutant du traitement de la manifestation par la police.

J’entends beaucoup critiquer la police, et je me demandais ce qu’il en était. Il ressort de l’ouvrage que, contrairement aux pratiques étrangères, la police française est spécialisée, très bien équipée, et tend à répondre à la violence avec plus de violence. Ce qui est fâcheux, car, aux cours des ans, les manifestations sont de moins en moins violentes.

Ce serait apparemment mieux ailleurs. Ce dont je doute, en écoutant ce que l’on dit de la police anglaise.

Il ressort aussi de l’article que les conditions des manifestations ont changé. Elles ne sont plus encadrées par des « organisations », syndicats ou autres (qui avaient leurs propres services de maintien de l’ordre).

Et si, me suis-je demandé, la police n’était ni le problème ni la solution ? Et s’il y avait ici une question de responsabilité collective ? Notre société ne laisse-t-elle pas à la police le soin de régler des questions qu’elle est trop lâche pour regarder en face ? En plus en se permettant de la critiquer ?

Pas étonnant, dans ses conditions, que la police s’isole du reste de la société, avec le sentiment d’être incomprise, et de ne pouvoir compter que sur elle-même ?