Roman Polanski ou l'affaire Dreyfus ?

Le Monde disait que les féministes ne décolèrent pas. Il est insupportable que Roman Polanski ait reçu un oscar.

C’est inattendu, effectivement. Le ministre de la culture les soutenait, et on aurait pu les croire la partie la plus en pointe de la classe qui fait l’opinion.

Comme dans l’affaire Dreyfus, sommes-nous à un moment de bascule ? Lors de l’affaire Griveaux, la classe médiatique se demandait si elle n’était pas en train de devenir « américaine », était-ce un début de remise en cause ? Ou se sent-elle menacée ?…

Mystère.

Le cas Polanski

Il y a quelque chose de curieux avec Roman Polanski. Il a dû fuir les USA après y avoir perdu un procès pour relations sexuelles avec mineure. Mais, on n’en a jamais parlé. Maintenant, on l’accuse d’un viol, prescrit, et l’opinion s’acharne contre lui.

La question que tout ceci nous pose est celle de l’affaire Dreyfus : qu’est-ce que la justice ? Mais c’est aussi la question de la liberté. A partir du moment où c’est l’opinion qui fait la loi, la liberté n’existe plus, parce que l’on n’a plus le droit de penser.

Art

Roman Polanski a détourné des mineures, non à une rétrospective de son oeuvre, disait-on il y a quelques temps. Le ministère répondait que l’on ne mélange pas art et morale.

Que resterait-il de notre passé si l’on appliquait ce type de raisonnement ? L’essentiel de notre patrimoine artistique vient de gens, dictateurs, rois, financiers ou autres aventuriers douteux, que notre morale moderne réprouve. D’ailleurs, on protège même les camps de concentration, ou les champs de bataille.

Tout cela est une question d’informations. On en a besoin pour penser. R. Polanski est moins intéressant comme coupable que comme témoin.

Logique du journalisme

Je rencontre un journaliste. Un ancien de Libé, qui travaille maintenant pour un hebdomadaire qui promeut l’entreprise. Je lui dis que l’entreprise a un but social. Il me répond qu’il n’en est rien. Elle est là pour gagner de l’argent.

Je me suis demandé s’il ne ressemblait pas aux personnages de Polanski. Ils finissent toujours par sombrer dans le mal. Et ils s’y trouvent très bien.

Présomption d’innocence

La présomption d’innocence de DSK est une bonne nouvelle. Jusqu’ici je m’inquiétais de ce que le cas particulier servait à torpiller le principe général.
Et la réforme des comportements fut si radical que les causes chères au cœur de nos élites ont été étouffées tout net : le sort de la plaignante n’a pas suscité une grande compassion. (Un peu comme dans l’affaire Polanski. D’ailleurs cette affaire aurait été évoquée pour refuser à DSK une liberté sous caution – d’un million de $… qui paie ? et quid des honoraires de son avocat star ?…)
Si DSK est coupable, cela pose quelques questions :
  • N’est-ce pas un cas particulier qui pourrait mettre en cause la protection par les journalistes de la vie privée des hommes politiques ? Si les faits avaient été connus plus tôt, DSK aurait peut-être pu se faire soigner, ce qui aurait été bénéfique pour la société.
  • La présomption d’innocence est-elle la même pour tous ?
  • Et si nos journalistes, loin d’être d’une moralité sourcilleuse, protégeaient une classe de la population ?

Compléments :

Répulsion

Film de Roman Polanski, 1965.
Catherine Deneuve au début de sa carrière, dans le rôle d’un être fragile attiré par un monde effrayant et fascinant. Elle m’a semblé fort bien et j’ai pensé qu’il était dommage que la célébrité enferme les actrices dans des rôles stéréotypés.
Le film, quant à lui, m’a rappelé Shining de Stanley Kubrick. J’ai cru aussi y voir un appui à ma thèse selon laquelle les personnages de Polanski tendent à basculer dans le mal, avec délice. 

The ghost writer

Film de Roman Polanski.
Exceptionnellement, je suis allé voir un film récent. Mais j’ai attendu un peu après sa sortie, que les salles se soient vidées.
Excellent moment. Film construit sur une idée d’une simplicité et d’une élégance surprenantes. Réécriture de l’histoire de Tony Blair, plus vraisemblable que la vraie. Mais qu’en pensera-t-on, une fois Tony Blair oublié ? (D’ailleurs, le film ne perd-il pas de son intérêt quand on ne connaît pas bien la vie de Blair, et de sa femme ?)

Roman Polanski

J’entends beaucoup parler de l’extradition de Roman Polanski. Une affaire qui lui pendait au nez depuis une trentaine d’années. L’indignation de France culture et, si j’ai bien compris, des Ministres de la culture et des affaires étrangères est grande.

Plusieurs choses me semblent quand même bizarres. Pour nos gouvernants l’affaire est claire et évidente, avec bon et mauvais. Moi, je la trouve un peu plus embrouillée :

  • L’extradition est légale. La critique des représentants de la France signifie-t-il que la France met en cause la loi américaine ? Les lois sont elles relatives ? Qu’est-ce qu’un monde sans lois ?
  • Une interprétation des aventures de R.Polanski est la suivante : des quadragénaires tendent un piège à une enfant de 13 ans, la droguent et la violent. L’un d’entre eux, un immigré, pour échapper à la justice, prend la fuite. Imaginons qu’un tel fait divers, ainsi formulé, survienne en France, à des gens ordinaires. L’opinion ne demanderait-elle pas vengeance, et le gouvernement ne s’exécuterait-il pas immédiatement en durcissant le régime carcéral et en exigeant bruyamment l’extradition du contrevenant ?
  • Les hommes de culture disent que Roman Polanski a derrière lui une œuvre admirable, ce qui lui donne des circonstances atténuantes. La loi n’est-elle la même pour tous ? Qu’en pense Socrate ?

Compléments :

  • Remarque sans rapport : je ne range pas Polanski parmi les grands réalisateurs. Plutôt parmi ceux qui ont su habilement utiliser les règles de l’art de leur temps, provoquer un peu parfois, mais non apporter quelque chose de vraiment nouveau au monde.