L'erreur du patron de PME : c'est en étant petit que l'on est tranquille ?

Un patron de PME, sur son entreprise : « j’ai voulu faire un petit machin pour être tranquille ». « Je regrette d’être petit, car je suis obligé de tout faire. (En particulier) je perds 30% de mon temps en administratif ». « Si j’étais plus gros, j’aurais des moyens ».

Et si le paradoxe français était là : le dirigeant français veut être petit pour être tranquille, et il ne l’est pas justement parce qu’il est petit ?

Que signifierait devenir gros ? Il faut viser l’export, en « simplifiant le concept ». Voilà ce que n’a pas compris le dirigeant français : c’est en faisant plus simple que l’on grossit, et que l’on a les moyens de se simplifier la vie ?

Et si la PME était l'avenir de la France ?

Et si « start up » nation était une spéculation de plus ? Et si le succès était dans la PME ?

Imaginez un moment que la PME croisse. La croissance nationale repart, les dettes fondent. Surtout, elle recrute des gens normaux (pas des autistes artificiels), près de chez elle, donc en province. Elle vide les gilets jaunes de leurs ronds-points et les islamistes de leur djihad. Et elle met pôle emploi au chômage. Mieux encore, en recréant des richesses un peu partout, elle donne aux économistes une raison d’y implanter des écoles et des hôpitaux. C’est le réaménagement du territoire par l’économie.

La PME française a un potentiel de croissance. Car, la PME française « subit ». Au jeu de la valeur, elle est perdante. Il suffirait d’un traitement existentialiste pour qu’elle fasse son coming out de grande puissance, et qu’elle prospère, et nous avec…

Les critères psychologiques de la stagnation économique

Je fais un tour des clubs de dirigeants. Eh bien, si le gouvernement s’attend à ce qu’ils embauchent, il en sera pour ses frais.

Le dirigeant français, quand il n’est pas en difficulté, est très satisfait de soi. Il a bon coeur généralement. Il s’intéresse à l’entreprise libérée. Il entend par là une entreprise « à taille humaine », où tous se connaissent. La croissance pour la croissance, ce n’est pas pour lui.

Cela me surprend d’autant plus que des patrons chrétiens me tiennent ces propos. (Mais il n’y a que les athées qui croient aux valeurs chrétiennes.) Car cela, c’est de l’égoïsme pur et simple.

Car, le patron à des responsabilités vis-à-vis de la société. Si le patron de PME embauchait, il n’y aurait plus de Gilets jaunes et de Jihadistes, de peur de l’IA, et de dette de la France… Et il libérerait son entreprise, sans pour autant vendre son âme au capitalisme. En effet, l’entreprise libérée, c’est un projet qui met en mouvement un groupe humain. C’est la parabole du talent en action.

PME : besoin de métamorphose ?

Il y a quelques temps, je participais à une conférence entre entrepreneurs. Les dirigeants que j’ai rencontrés sont surprenants. Ce sont des esprits sophistiqués, de grands pro de leur domaine, remarquablement bien formés, de bons gestionnaires. Et des gens humbles. Peut-être parce qu’ils savent que leur succès tient à un fil. Leur entreprise fait preuve d’une réactivité surprenante. 
Sous-marin sans périscope ?
Mais, qu’ils sont seuls ! Réactifs, certes, mais à la merci du changement. Or, le changement c’est maintenant. Et j’ai peur que, contrairement à ce qu’ils pensent, ce changement ne soit pas un passage à vide momentané, mais quelque-chose de totalement nouveau. Qu’il faille réinventer leur modèle économique, totalement. Mais, ils ne sont pas génétiquement bloqués, ils pourraient faire des choses complexes. Seulement, pour cela, il faudrait un peu de temps pour prendre du recul et qu’on leur apporte quelques idées sur ce qui se passe dans le monde. Et aussi les capacités de « faire » : leurs collaborateurs sont là pour produire, ils n’ont pas de structure interne qui puisse piloter un changement.
Je me demande si l’on ne voit pas ici les besoins de la PME française. Elle doit « se transformer » : passer de « sous traitant » (soumise) à « fournisseur » (autonome). Avec en plus une ambition, internationale : meilleur mondial (dans ma niche). Pour cela, il faut un peu d’aide. Un dispositif qui lui donne un coup d’avance, et la capacité de mettre en oeuvre le changement, en s’appuyant sur ses ressources. J’en viens à me demander si une grosse partie de cette stratégie ne passe pas par de la croissance externe. Une croissance internationale. Car la PME française, qui est obsédée par son métier, a un savoir-faire que beaucoup de marchés n’ont pas, et ces marchés sont en croissance, contrairement à celui de la France. Pour cela, il faut un réseau international, qui permette de connaître les « cibles » de l’intérieur. Et la méthode pour les acquérir sans en perdre la valeur. Il lui faut aussi la méthodologie pour identifier et valoriser le savoir faire de l’acquisition et le sien (une de nos grosses faiblesses, et une grande force des Allemands et des Ango-saxons). Ainsi que la capacité de faire des montages financiers complexes, « qui permettent l’impossible ». 

La PME française : état chronique de dépendance ?

Beaucoup de gens croient que le salut de notre économie tient à la PME. Il faudrait qu’elle suive le modèle allemand : dominer un marché de niche grâce à l’innovation. Ce qui produit un cercle vertueux : le monopole donne de belles marges, qui nourrissent la recherche et développement… Rêve ou réalité ? Ce que je retiens d’une discussion entre experts de la PME :

  • « Les PME sont à la remorque des grands groupes ». Elles sont « researchless » comme l’électronique est « fabless ». En réalité, elles fournissent une sorte « d’intérim » à la grande entreprise : elles lui apportent des ressources par beau temps, qu’elle licencie ad nutum.
  • La PME française semble stupide ! Alors qu’elle est pauvre et sans défense, elle ne fait rien pour améliorer son sort. En particulier, « le Français ne collabore pas ». Les PME italienne, par contre, fonctionnent comme un « tissu » : en cas de malheur, une entreprise sera secourue par ses partenaires, voire ses concurrents. Autre exemple : les appels à projets européens. On peut y trouver pas mal d’argent. Mais seules les entreprises étrangères vont le chercher ! Le patron français « a horreur de faire des dossiers » ! « Le dirigeant attend la manne. » « (Si les petits patrons sont) sous-traitants ce n’est pas par erreur ».
Puisque l’entreprise française n’est pas encore éteinte, j’imagine que ses handicaps doivent avoir des contreparties. Effectivement « on a 3 ou 4 fois de quoi réindustrialiser la France ». Mais, comment faire fructifier ce potentiel ? 

Internet peut-il révolutionner la communication des PME ?


Le cas. Tout cours de marketing digne de ce nom dit que la publicité permet de faire du « pull », c’est-à-dire d’attirer le client. Ce qui est la façon la moins coûteuse de faire du commerce. En outre, la publicité attire des employés et des investisseurs. Mais seules les très grandes entreprises de la grande consommation peuvent se payer une campagne de publicité. Les médias sociaux ne pourraient-ils pas faire la même chose pour les PME, pour un budget compatible avec leurs moyens ? Une révolution ?

Un exemple surprenant : Blendtec. L’entreprise fabrique des mixeurs industriels. Rien de plus ennuyeux. Mais elle a eu un jour l’idée de mixer des iPhones, et généralement tout ce sur quoi elle pouvait mettre la main. Et de mettre la vidéo de l’expérience sur YouTube. Résultat ? 100m de vues, un chiffre d’affaires multiplié par 4, et un réseau de distribution international propulsé par sa notoriété.

Pour les moins aventureux, le blog permet une prise de parole sur les sujets d’actualité pour lesquels l’entreprise a une légitimité. Les réseaux sociaux professionnels (linkedIn, Viadeo) sont un moyen de transformer ses commerciaux en ambassadeurs. Et l’on peut se faire assister par une agence spécialisée pour un coût raisonnable.

Fermons nos centrales nucléaires ?

Je fais remarquer à un collègue, soucieux de l’avenir de la PME française, que le programme de François Hollande semble lui être favorable. Il me répond qu’une personne qui veut fermer 50% du parc nucléaire n’aime pas la PME.

Bizarrement, j’avais cru entendre, lors du débat présidentiel, que seul Fessenheim était concerné. Mais, à la réflexion, il serait une bonne chose que mon collègue ait raison. Pourquoi :
  • L’énergie nucléaire est dangereuse. La probabilité d’un Fukushima français, ou pire, n’est pas nulle. Et que dire d’un Armageddon iranien, pakistanais ou jihadiste ?
  • Il n’y a pas de source de remplacement de l’énergie nucléaire. Le seul moyen d’y survivre, selon moi, est de réduire notre consommation d’énergie. Pour ce faire, nous sommes contraints d’être innovants, et c’est bon pour notre économie. Mais, pour cela, le changement doit être préparé et coordonné.
Compléments :

PME et culture française

La PME française ne grandit pas. Constatation qui étonne les étrangers.

L’étranger nous reproche aussi de haïr le succès chez les autres (exemple classique de cette opinion, par John Stuart Mill). Et s’il y avait quelque chose de vrai là dedans ? Et si l’entrepreneur ne s’entourait que de personnes qu’il pense pouvoir contrôler parce qu’inférieures ? Et s’il avait peur de ce qui est nécessaire à la croissance de sa société ?

France, Irlande de l’impôt

« Les PME ne sont pas très loin du taux de 33 % d’IS [impôt sur les sociétés]. Les grandes entreprises, au-delà de 2 000 salariés, c’est 13 %. Les sociétés du CAC 40, c’est seulement 8 %. La plus grande entreprise de France, Total, c’est 0 % ». Dit un article du Monde.
Je comprends mieux pourquoi The Economist accusait la France d’hypocrisie lorsque cette dernière voulait augmenter les taux d’imposition irlandais (12,5%).
Le handicap a pour but de ramener celui qui a un avantage à la moyenne. Les PME sont handicapées, ce qui prouve leur supériorité ? 

Daniel Costantini

DVD de Daniel Costantini, fameux entraîneur de handball, parlant à des managers. Dialogue de sourds ?
Alors que l’on nous dit que c’est le dirigeant qui fait l’entreprise et que ses emplois doivent aller au moins disant, dans une équipe sportive l’homme est tout. On passe un temps fou à le préparer, de façon à ce qu’il développe des automatismes et puisse « libérer sa créativité aux moments importants ». On est attentif à ses humeurs, à sa motivation surtout. En particulier à celle du membre le plus insignifiant de l’équipe, car il peut la faire perdre. On s’assure que chacun a parfaitement compris ce qu’il doit faire, et qu’il sait le faire…
Intéressant : pour qu’une personne se transcende face au « challenge », il faut qu’elle soit « en progrès personnel permanent », i.e. qu’elle veuille en permanence se dépasser.
L’inquiétude de D.Costantini, c’est « l’handicapé de la performance » : le joueur qui a si peu confiance en lui que ses efforts sont employés à chercher à ne pas être accusé de l’échec de l’équipe. Eh bien, je me demande si le « handicapé de la performance » de la grande entreprise, ce n’est pas son dirigeant.
D’ailleurs, l’expérience de D.Costantini ne s’applique pas mieux à la PME. Il fut un entraîneur dictatorial. Jusqu’en 2000. Il essuie un échec incompréhensible (JO), immédiatement après ce sont les championnats du monde. Comment parvenir en finale avec une équipe qui perd ?  Il a l’idée d’écouter ses joueurs… Ils connaissent leurs faiblesses, ils sont prêts à les corriger pour peu que le reste de l’équipe veuille bien leur donner un coup de main ! C’est le miracle. Imagine-t-on le petit patron français faire de même ? C’est pour cela qu’il reste petit.