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La PME est notre avenir disent les interpreneurs. Mais, la PME fait tout pour nous convaincre du contraire. Regardez ses porte-paroles officiels: ils sont sinistres, ils ne savent que critiquer le gouvernement et se poser en victime. Qui aurait envie de les aimer ? Ils nous convainquent que la PME française est obsolète.

Ce qui m’amène à me demander ce qu’est une communication efficace. Paradoxalement, ce n’est pas une bonne idée de se plaindre. On n’aime pas les victimes. Au fond, ce qui marche le mieux est probablement l’intérêt. Comme le prouve la start-up, il faut faire rêver ? On aimerait le patron de PME s’il avait le pouvoir d’apporter gros à la nation ? De résoudre les problèmes de l’humanité ? De nous trouver un emploi passionnant ?

Peut-être aussi si l’on pouvait s’identifier à lui ?

(Il semblerait que ce soit le cas de Trump : le rêve américain est d’être milliardaire, Trump est un Américain qui a réussi.)

Mais où sont nos PME ?

Depuis quelques années, j’étudie nos PME. Ce qu’il y a de curieux avec la PME est qu’elle est difficile à trouver.

En effet, la PME ne vit pas en groupe. Les CPME, par exemple, ne sont que TPE. En fait, on entend dire que la faille de l’économie française est le manque d’ETI, or, la situation est bien plus grave que cela : nous avons, surtout, très peu de PME.

Et celles que nous possédons vivent dans un superbe isolement. Si elles ont réussi, c’est contre vents et marrées, grâce à leurs seuls efforts. Elles ne doivent rien à personne. (C’était, d’ailleurs, un sentiment que j’avais retiré des interviews que des patrons d’ETI ont accordé à Nicolas Dufourcq.)

Voilà pourquoi ceux qui pensent « vendre aux PME » se font des illusions.

Aide à la PME

L’Etat décide d’aider la petite entreprise. Comment s’y prend-il ?

Il crée des « appels à projet ». Et il confie l’exécution de ses plans au bon plaisir d’une nuée de fonctionnaires. Avec, toutefois, un processus rigoureux de vérification de l’attribution des fonds.

Résultat ? C’est tellement compliqué que les PME sont convaincues qu’elles n’ont aucune chance d’obtenir ces aides. (Et même qu’elles ne sont pas faites pour elles.) Pour les aider à obtenir l’aide publique, il faut des entreprises spécialisées. L’inefficacité de l’Etat a créé un marché. Un marché qui se nourrit des fonds publics !

(Témoignage.)

Au temps de M.Sarkozy, les hauts fonctionnaires se disaient « entrepreneurs ». Eh bien, ils feraient bien de s’inspirer des entrepreneurs, et de commencer par faire fonctionner leur entreprise ?

Piège à pauvreté

Les explications convergent. Les conditions dans lesquelles la société a placé certaines populations sont favorables aux récents événements violents que nous avons connus.

Elle les a enfermées dans un « piège à pauvreté ». Il n’est pas très agréable d’y vivre, mais il est difficile d’en sortir. Comme le montre l’exemple de mon voisin, il faut faire des « sacrifices » pour cela. Or, quand on est désoeuvré, on n’en a pas l’envie.

Ce qui est surprenant est qu’une étude faite sur les PME est parvenue à la même conclusion : le dirigeant de PME est dans une sorte de « puits de potentiel ».

Et s’il y avait quelque chose dans notre société qui nous enfonçait, plus ou moins tous, dans le pessimisme, la torpeur de la médiocrité ?

Grande dépression

« Ce que l’on ressent beaucoup, c’est de la lassitude. “Je n’y crois plus.” » me disait un dirigeant de syndicat de TPE.

Depuis 5 ans, que j’étudie la PME, c’est le sentiment que j’aie. Il n’y a plus d’appétence pour le risque. Qu’a-t-on à gagner, sinon des coups ? « On a été laminés par le système » me disait une personne qui a voulu, avec quelques autres, développer le patrimoine économique d’un territoire.

A ce point de l’étude, je fais plusieurs constats. Depuis 50 ans (cf. les travaux de N.Dufourcq), nos gouvernements ont créé, pour nos petites entreprises, un environnement toxique. On n’arrête pas de me répéter que la devise de l’entrepreneur est « pour vivre heureux, vivons cachés ». N’en est-ce pas la conséquence ?

Mais, ce n’est pas tout. Nos entrepreneurs sont des « autodidactes » qui tendent à donner la tête la première contre les murs. Dans ces conditions comment ne pourraient-ils pas être épuisés ? C’est d’ailleurs vrai de nous tous : le Français est un amoureux des idées sans aucun sens pratique.

Et, il y a pire : chez nous il est très agréable d’être pauvre, ou, au moins, modeste. D’ailleurs, si j’en crois les journaux de ma mairie, nos élus consacrent des sommes considérables à l’amusement de leurs administrés. Un sujet de la plus haute importance ?

Bref, relancer l’économie du pays est beaucoup, beaucoup, plus compliqué que ce que pense le gouvernement. Il faut que la population sorte d’un cynisme auto-destructeur.

Journée de la petite entreprise

C’est la journée de la petite entreprise, en Grande Bretagne. Cela permet de faire entendre ses problèmes. Elle est écrasée de toutes parts, par l’inflation, par le prix de l’énergie, par la grande entreprise…

En ce moment, je rencontre des élus locaux. Indirectement, ils demandent à mon association de devenir un service public. En effet, la petite entreprise n’a plus aucune aide. Comme le dit ce blog, nos gouvernements ont eu pour projet d’éliminer les « corps intermédiaires ». Parmi ceux-ci il y avait les chambres de commerce. Résultat : solitude du dirigeant. Et surtout notre tissu économique n’est plus irrigué. Le pays s’est tiré dans les pieds.

Copions, une fois de plus, la perfide Albion ?

Et si on oubliait l'Etat ?

Le mal de la France, c’est l’Etat ! Plus j’interviewe de monde, plus je m’en convainc. On me décrit, par le détail, sa risible inefficacité, on en appelle à la réforme. 

Et l’erreur est là. Car, en attendant la réforme, qui ne fera, comme les précédentes, qu’empirer les choses, on ne fait rien ! 

Or, on peut agir. 

  • Mes interviews le confirment. Exemple récent de la Vendée. Un nouvel entrepreneur ne trouve pas de fonds. Des dirigeants locaux ont entendu parler de lui, ils ont fait du « financement participatif ». Et quoi de mieux que des investisseurs qui ont une longue expérience de l’entreprise, quand vous entrez dans le métier ? Vous ne les trouverez ni dans une banque, ni à la BPI !
  • Mieux. L’Etat se lamente sur le manque de trésorerie de nos PME, qui les empêche de se tirer du cercle vicieux de la « guerre des prix ». C’est faux. Les PME ont des gisements de trésorerie dont elles n’ont pas conscience. Ce qui leur manque réellement, c’est un « cerveau collectif », qui permette à la fois de les identifier et de trouver les projets qui permettraient de les utiliser. 

La PME se rebiffe ?

Alors que l’on disait que la PME était un marché extraordinairement morcelé et impossible d’accès, je constate, de plus en plus, qu’une offre, notamment de logiciel, est spécialement conçue pour elle. Le logiciel doit être « rustique » et facile à utiliser, car la PME a généralement une seule personne à consacrer à la question, qui n’a pas le temps pour se former. L’investissement doit être rentabilisé en un an. La formule « software as a service », qui permet de payer le logiciel à l’utilisation, a beaucoup fait pour ce changement. 

Je constate aussi l’émergence d’une offre de conseil spécialisée, et bien adaptée : spécialistes fonctionnels devenus indépendants, petits cabinets… 

Alors que l’on nous disait que nos PME étaient lamentables, se rebifferaient-elles ? Après le  » tout pour le champion national » jacobin, verrait-on émerger un nouveau type d’économie ? 

Conduite du changement

Il a quelques temps, j’ai découvert les programmes de formation que la BPI destine aux dirigeants de PME. Je n’ai pas pu juger de la pertinence de ces formations en ligne, mais, j’ai pu voir qu’elles étaient très nombreuses. 

Voilà qui est une bonne idée. En effet, les études de l’association des interpreneurs montrent que le patron de PME est un entrepreneur pur, autrement dit, il n’est pas formé à la gestion. Et cela a une conséquence regrettable : il ne sait pas mettre en valeur ses compétences. Ce n’est pas lui qui aurait l’idée de valoriser 100md$ un fabricant de voitures qui n’en a vendu aucune. 

Seulement, ces formations ne sont pas connues, et le patron a « le nez sur le guidon ». 

Une illustration de l’erreur que nous commettons, nous Français, lorsque nous pensons changement ? Nous croyons que cela se limite à l’idée, aux formations, ici. Alors qu’il faut aller jusqu’à l’adoption. Sans quoi, il ne se passe rien. 

(Ici ? Probablement, nécessité d’une campagne de communication qui convainque le dirigeant qu’il lui faut mettre à jour ses connaissances, que, pour cela, il doit s’astreindre à un programme de formation léger, mais intense, avec, pour commencer, une évaluation de son besoin. Peut-être lui faudrait-il aussi un dispositif mixte, homme machine ?…)

Le défi de la productivité

Revirement mondial ! Les modèles sociaux occidentaux ne sont plus un handicap. Au contraire, il faut les défendre. Et pour cela, il n’y a qu’un moyen : la productivité, portée par l’innovation. Il faut faire mieux que les pays à bas coût, pour pouvoir maintenir notre niveau de vie. Voilà ce que l’on entend un peu partout, maintenant. 

Cela va poser un problème, double. Nos PME ne sont pas construites pour la performance. Performance n’appartient même pas à leur vocabulaire. Mais aussi, l’Education nationale forme des sortes d’extra terrestres, qui jugent la PME indigne d’eux. 

Or, ce que découvre l’association des Interpreneurs est que, à côté de son activité traditionnelle, généralement laminée par la concurrence et l’action des achats, la PME a développé un savoir-faire, de compensation, qui lui ouvre de nouveaux marchés. Elle a une « valeur » qu’elle ne soupçonne pas. Ce savoir-faire, unique ou presque, transforme son image. Elle devient « attractive ». Performance prend un sens : il s’agit de tirer le maximum de l’opportunité. Pour cela, elle peut faire appel à ce que la technologie a de meilleur. Et proposer à l’extraterrestre un univers digne de lui.