Bernard Pivot

Hier, nouvelle de la disparition de Bernard Pivot. Il y a certaines personnes que je ne m’attends pas à voir disparaître.

Je l’ai croisé un jour, il y a quelques années, dans un cinéma, il s’était assis sur des marches, pour discuter. J’aurais pu lui adresser la parole, seulement, je n’ai rien à dire aux célébrités.

wikipedia cite quelques remarques désobligeantes à l’endroit de son émission, apostrophe. Je n’en retiens pas grand chose. J’aimais surtout les invités à forte personnalité. Les autres étaient transparents. Mais ce n’était probablement pas le fond qui comptait, mais la forme. Le spectateur y trouvait beaucoup de gentillesse, ce qui était, déjà, si rare. D’où son succès, qui a été celui de la littérature. Il eut, donc, bien du mérite. D’ailleurs, personne n’a pu le remplacer.

Je lui dois d’avoir découvert Laurent Schwartz, Jacqueline de Romilly et Vladimir Jankélévitch : lors de leur passage chez lui, ils ont séduit ma mère, qui a acheté leurs ouvrages.

Bernard Pivot

J’entendais parler Bernard Pivot. Il me semble illustrer un mot qui est très à la mode : « bienveillance ». Seulement, on en parle beaucoup, mais on ne sait pas trop comment faire pour que notre comportement le traduise. Cela nous ferait beaucoup de bien que l’ambiance d’Apostrophe imprègne un peu plus notre société. 
Mais comment être bienveillant dans un monde hostile ? La question du moment est probablement de parvenir à être bienveillant sans pour autant se laisser marcher sur les pieds. Technique Colombo ?

François Baroin

FULDA, Anne, François Baroin, le faux discret, Jean-Claude Lattès, 2012. Après la lecture de ce livre, François Baroin demeure un complet inconnu. Intrigant.

C’est la mort de son père qui fait la carrière de François Baroin. Michel Baroin était un homme qui ne laissait personne indifférent, petit haut fonctionnaire qui avait pantouflé à la GMF et Grand Maître du Grand Orient qui connaissait les hommes politiques de tous bords. À sa mort, François Baroin est tout jeune. On lui demande de défendre le livre posthume de son père chez Bernard Pivot. Jean-Pierre Elkabbach l’y repère et lui offre un poste à Europe 1. Mais c’est surtout Jacques Chirac qui désire assurer l’avenir du fils de son ami. Il lui trouve d’abord une députation (François Baroin a 27 ans). Une carrière de porte parole et de ministre s’ensuit.

Il a les capacités, il travaille, il attrape bien la lumière. Mais moins le son. (…) Le problème de François Baroin c’est que l’on ne sait pas aujourd’hui quelles sont ses idées, ni même s’il en a.

François Baroin est un politique habile, sans arrêt réélu. Ministre consciencieux, il paraît avoir le talent de comprendre ce qu’il faut dire d’un dossier pour ne pas paraître idiot. Talent de porte parole, qu’il a été toute sa vie ? Mais, a-t-il un combat ? Au mieux semble-t-il avoir hérité quelques convictions de son père, très diluées.

Alors, « François Baroin, homme politique contemporain, reflet d’une époque peu épique » ? Certainement, mais ce n’est pas pour autant qu’il n’ira pas loin, me semble-t-il. Car, contrairement à ses collègues, il mène sa barque sans être empêtré dans des idéologies, des ambitions ou des complexes de supériorité démesurés. Il me paraît modeste et insubmersible. 

Réforme du Français

Pierre Assouline (dans son blog : la République des livres, Du dur doute du dico, 3 Octobre 2008) constate que le Petit Robert propose 2 orthographes pour 6000 mots. Le Français serait-il en train de changer ? Je n’avais pas envisagé qu’il le fasse dans ce sens. Exercice de conduite du changement : comment rationaliser l’orthographe française ?

Je suis très en faveur d’une réforme. J’utilise beaucoup « rationnel » et tout ce qui va avec. Et je ne sais jamais comment les écrire : rationalité, rationnel, irrationnel, irrationalité, raisonnement, raisonnable, déraisonnable… pourquoi autant de variations de « n ». Le Français est probablement une langue phonétique, mais sa prononciation s’est éloignée de l’écrit. Monsieur ne rime plus avec beurre.

Michel Rocard avait tenté de rationaliser l’orthographe. Mais il a échoué. J’imagine qu’il a dû rencontrer une forte résistance au changement. Au moment de la réforme, Bernard Pivot avait cité une remarque de Jean Drucker (alors patron de M6), me semble-t-il, qui disait que si l’on enlevait son ph à éléphant, on attaquait son imaginaire (ma mémoire est approximative). Voilà pourquoi la résistance au changement est aussi efficace : elle a des racines profondes.

Alors, comment réformer ?

  • La solution du Petit Robert : plus d’orthographe. Chacun a la sienne. Plus de résistance.
  • Faire revenir notre langue à ses origines : la prononcer comme elle est écrite. Pour cela on pourrait déclencher une « épidémie sociale », en utilisant des leaders d’opinion qui contamineraient la société. Les rappeurs par exemple. Cela ne leur plairait-il pas de parler comme Louis XIV ? Je suis sûr qu’ils recevraient l’appui de l’Académie française, le retour au passé étant probablement le seul changement qu’elle puisse accepter.

Compléments :