De la tentation, cours de Vladimir Jankélévitch.
Feu d’artifice. Mais, à la longue, difficile à suivre. Et ce en dépit des pauses musicales et d’explications érudites. Comment ses étudiants parvenaient-ils à tenir ?
Où veut-il en venir ? Nous montrer ce que devrait être l’hygiène de l’intellect ? Prendre un concept et l’examiner sous tous ses aspects, faire intervenir toutes les pensées qui l’ont examiné, et voir ce que l’on peut en tirer ? Faites ce que je fais, pas ce que je dis ?
Exercice gratuit ? La tentation est un concept chrétien, qu’a-t-il à faire dans notre société ? La tentation n’existait pas chez les Grecs. Sa condition nécessaire n’est-elle pas totalitaire : pêcher c’est s’écarter de la ligne du parti, dont les voies sont impénétrables ? Heureux les simples d’esprit, ou, plutôt, les légumes ?
Mais l’analyse n’est pas sans aspects curieux et piquants. En revenant au texte en version originale, Jankélévitch montre que les exégètes bien-pensants détournent l’esprit des lois. La mission de Dieu est de nous induire en tentation ! Le diable est le suppôt de Dieu ! Et la tentation n’est pas une question de choix entre options comparables, mais de volonté. D’un côté la vertu, le devoir, austère, lointain et quasi incompréhensible, de l’autre, le « farniente », la paresse intellectuelle. Dieu nous soumet à la tentation pour que nous soyons des hommes dignes de ce nom ? L’homme digne de ce nom se livre, sans cesse, au spectacle que donne Jankélévitch ? Il maintient son cerveau en état de marche par un exercice désespéré, façon Sisyphe ? Bref, vivre c’est résister à la tentation de la retraite ? La tentation est celle de ne pas penser ?
Etrangement, cela évoque une question récurrente en anthropologie : la signification des mythes. Derrière les mythes il semble qu’il y ait une raison « existentielle ». Le mythe ressemblerait-il à l’enrobage du médicament : il permet au principe actif de circuler dans l’organisme jusqu’à atteindre ce à quoi il était destiné ?