Éclairés par des LED

L’avenir serait à la diode électroluminescente. Elle consomme quatre cinquièmes de moins qu’une ampoule incandescente et dure 20 à 50 fois plus longtemps. Son prix (40 fois celui d’une ampoule) ne devrait pas longtemps être un obstacle à son adoption.
C’est le marché asiatique qui devrait avoir le plus gros potentiel. Ce qui devrait favoriser les fabricants locaux par rapport au leaders actuels du marché (Philips, Siemens, GE). (Charge of the LED brigade)

Pathologie organisationnelle

L’avocat du syndicat SUD, semble retrouver le raisonnement de Durkheim : le suicide est un fait social. Il en déduit que ceux qui sont à l’origine de l’organisation de France Télécom sont à l’origine de la vague de suicides qui y a eu lieu.
Voici ce que l’on disait de cette organisation :

(…) c’est l’individualisation à tout crin qui a coupé la coordination [entre personnels, qui aurait pu éviter des changements néfastes]. Quelques exemples (…). Une décision sans concertation dit qu’un service est réorganisé, tout le personnel de ce service doit postuler sur le poste qu’il occupe s’il veut rester dans le service. Dans cette restructuration on supprime un ou deux postes. Résultat chacun postule et le collègue devient un adversaire pour le poste. Au final, les plus faibles sont exclus du service et on recommence.
D’autre part, la loi dit que l’employeur doit fournir du travail à ses salariés, chez (France Télécom) c’est l’inverse, la direction demande de chercher du travail. Tout est individualisé (évidemment les salaires, promotions, primes, formation, etc.) ce qui rend encore plus difficile ce changement pour des fonctionnaires habitués aux grilles indiciaires.
Pour la coordination, la moyenne d’âge de FT est de 51 ans, avec les services nationaux (…)  qui ont une moyenne d’âge de 41 ans. Ceci veut dire que les services des directions territoriales ont des moyennes de 53 ou 54 ans avec majoritairement des fonctionnaires. Les principaux problèmes de souffrance et de suicides sont dans ces services (…). Dans tous les projets de réorganisation la partie d’accompagnement se limite à la formation. Un exemple sur une réorganisation, ou un site était fermé et le service envoyé à 30km. Dans les personnes impactées se trouvaient des divorcés avec une garde alternée. Du fait de la mobilité ils perdaient cette garde alternée. La direction est tombée des nues quand les syndicats ont présenté le cas. Elle n’avait pas imaginé ce type de problèmes.
[Des syndicats] À FT, les salariés sont plus syndiqués que dans la moyenne nationale, les grèves sont souvent suivies (taux de plus de 25% de grévistes) mais (…) le personnel (et les syndicats) pense qu’il ne peut pas changer les choses, la machine à broyer est trop puissante, les décisions ne sont jamais arrêtées ou amendées, les syndicats n’obtiennent jamais rien dans les négociations (…). Cela a affaibli les syndicats, à quoi peuvent-ils servir, ils n’ont pas de contre-pouvoir dans les négociations?
La seule arme des syndicats et ils l’utilisent et elle fonctionne, c’est l’inspection du travail et la justice. FT est régulièrement condamnée pour des pratiques illégales, les inspecteurs du travail viennent de plus en plus aux réunions de CHSCT et dès qu’ils reçoivent des courriers des syndicats sur des problèmes, ils interviennent très rapidement dans l’entreprise.

Ces techniques de management rappellent celles qui avaient cours à la même époque aux USA. Leur idée directrice, telle qu’exprimée par les consultants et les universitaires, était d’installer le marché dans l’entreprise. C’est ce que l’on voit ici : d’un côté la demande, de l’autre l’offre. Ces techniques dissolvent le lien social et rendent donc impossible la résistance au changement. (D’où leur efficacité.)

Indirectement, SUD chercherait-il à faire condamner le marché comme pouvant nuire au bien être humain ?
Compléments :

Chômage :

Cette semaine j’ai parlé de chômage. Qu’en sais-je ?
  • Ce dont on nous a rebattu les oreilles depuis 30 ans est faux. On nous a dit qu’une économie performante créerait de l’emploi. Or, les économistes les plus orthodoxes affirment qu’il y a un taux naturel de chômage (courbe de Phillips), et qu’il est élevé. Or, chacun d’entre nous, et les économistes de plus en plus, sait que si un homme ne trouve pas un emploi à son entrée dans la vie active, ou si sa vie professionnelle est troublée, il a de fortes chances de devenir éternellement inemployable. L’économie de marché créerait naturellement l’exclusion.
  • Une erreur commune est de penser que plus l’on produit de richesses, moins il y a de pauvres. En imaginant que le PIB soit autre chose qu’une vue de l’esprit, nous sommes beaucoup plus riches que nos parents. Pourtant ils connaissaient le plein emploi, nous connaissons la précarité.
  • En fait, le chômage est une question d’entraide sociale. S’il y avait de l’emploi pour tous dans les années 60, c’est simplement que l’État le répartissait. Mais ce système n’a pas su s’adapter aux transformations de l’économie mondiale.
Conclusions provisoires :
  • En l’absence d’une organisation mondiale viable, la nation demeure le niveau pertinent de solidarité sociale, de protection de l’individu.
  • Si elle juge que le chômage est un fléau, elle doit s’organiser pour répartir le travail, mais en le faisant de manière à ce que, globalement, elle résiste à la dislocation de la moins disance internationale.
  • Cela passe probablement, en interne, par la mise au point d’un système de « flexisécurité », et, en externe, en l’imposition aux États concurrents de systèmes de protection sociale équivalents aux nôtres.
Compléments :

Suicides, France Télécom, Le Monde, Werther

Un article du Monde interloque ses commentateurs. Le journal a demandé aux employés de France Télécom de parler de leurs conditions de travail. Deux types de témoignages : 1) conditions de travail abjectes, 2) l’entreprise est un paradis.

L’abjection des conditions de travail est relative

Ce ne sont pas les mêmes personnes qui parlent. D’un côté on a des employés, de l’autre, notamment, un cadre supérieur et des prestataires de service, qui aimeraient bien être fonctionnaires et salariés de FT.

J’enseigne (à temps partiel) à Dauphine. Mes collègues trouvent les conditions de travail effroyables, les élèves insupportables, l’administration soviétique, leurs collègues hostiles. Moi ? Je suis heureux dans ce monde, qui m’aime bien. Il m’est presque inconcevable que l’on puisse gagner sa vie aussi agréablement et en travaillant si peu. Exemple identique. Une parente qui est enseignante dans le secondaire (à mi-temps) et, depuis toujours, se lamente sur son sort, est surprise du bonheur d’un collègue, ancien ingénieur chimiste.

Ce qui explique l’opposition des témoignages, c’est qu’il y a d’une part des gens adaptés à la société libérale, qui ont compris qu’ils ne pouvaient compter que sur eux, et que la fin justifiait les moyens, et de l’autre des gens qui ne le sont pas.

M. Chérèque a vu juste : ce qui est en cause, c’est l’identité des employés de FT.

Le changement ne doit jamais porter sur l’homme

Le changement, s’il touche l’homme, peut le détruire. L’homme a énormément de mal à se transformer. Si le grand changement qu’est la crise de l’adolescence est terrible, plus nous vieillissons plus le changement est douloureux, car l’homme « s’automatise » : ses réflexes deviennent rapides et efficaces, mais peu malléables.

C’est pour cette raison que le changement ne doit jamais porter sur l’homme, mais sur les règles qui guident la société (les évolutions du code de la route ne nous demandent pas d’apprendre un nouveau type de conduite).

Le suicide est contagieux : l’effet Werther

Plus on parle des suicides chez France Télécom, plus ils se précipitent, deviennent spectaculaires (on se suicide à la sortie d’une réunion), et plus on en parle. Ce phénomène est l’effet Werther, du Werther de Goethe, qui a déclenché une épidémie de suicides. On a observé qu’un suicide frappant avait pour résultat :

  1. une augmentation significative des suicides, par imitation ;
  2. une augmentation significative « d’accidents », qui sont des suicides déguisés (par exemple parce que le suicide n’est pas culturellement acceptable par la personne).

Plus le suicide fait l’objet de publicité plus il est contagieux.

Le suicide est socialement rationnel

Je n’aimerais pas être le patron de FT, ou même son DRH. De plus en plus, leur nom est associé dans nos esprits à suicide, conditions de travail dégradantes… Commencent-ils à sentir le regard réprobateur de la société, de leurs camarades d’études ou de corps, qui les évitent… ? Vont-ils devenir des pestiférés ? Le suicide est un terrible moyen de pression sur la société, d’autant plus que les suicides de FT utilisent les médias comme « caisse de résonnance ».

Ce qu’il y a d’étrange c’est que des hommes puissent se donner la mort, en se coordonnant, par esprit de vengeance, pour faire respecter ce qu’ils croient la justice ; et que cette tactique est efficace ; et que ces sacrifices profitent à l’humanité. L’irrationalité de l’homme va jusqu’à se tuer pour faire le bien collectif.

Le nom du changement chez FT : individualisme

Bizarrement, c’est cette étrangeté qui permet de comprendre la nature du changement de FT, et de ses conséquences : en quelque sorte, il part du principe que tout ce qui précède est impossible.

FT est un exemple de la transformation libérale qu’a subie la société ces dernières décennies. Cette transformation fait l’hypothèse que l’homme ressemble à ce que la théorie économique néoclassique modélise : il est « rationnel », il optimise en permanence et de manière optimale son intérêt (surtout financier), ou « utilité ». Cet homme est un asocial.

Cet homme n’est pas loin d’exister dans les entreprises américaines, de plus en plus dans les multinationales occidentales, dans l’intérim, le service… C’est lui qui est sujet à l’aléa moral lors des crises, et qui prend alors ses jambes à son cou, créant ainsi la crise.

Ce qui se joue chez France Télécom, c’est une application sans ménagement de ce modèle. Ces suicides sont le baroud d’honneur de la solidarité sociale.

Compléments :

  • L’effet Werther est une découverte du psychologue David Phillips (voir le livre de Robert Cialdini : Influence : science and practice). Par ailleurs l’idée du suicide serait suscitée par l’exemple de quelqu’un à qui l’on peut s’identifier ; si bien que les vagues de suicides tendent à n’affecter que des gens qui, par certaines caractéristiques, se ressemblent.
  • De ce fait, Robert Cialdini dénonce les journaux et leur amour du sensationnel. Dans le cas FT, je m’interroge. Et si ces suicides étaient la manifestation d’un manque de communication dirigeants / employés ? (La déliquescence des syndicats est-elle en cause ?) Et si la violence du moyen était fonction de la difficulté de communication ?…
  • Ce que disent les psychologues de la capacité de l’homme au changement en fonction de son âge : L’homme est naturellement résistant au changement.