Changer le monde

Échanges de mails avec une amie, qui me dit en substance : nous allons manquer de pétrole, comment mener le changement qui s’impose, alors que personne ne s’en préoccupe ?
Ma réponse, qui la déprime, est qu’il y a tellement de catastrophes imminentes, qu’on ne s’occupera de celle-ci que lorsque nous serons au bord du précipice.
Depuis, j’ai eu une idée plus positive : « la méthode du vaccin ».
Il est probable que tout ce qui nous menace appartient au même type de problèmes, systémiques et s’attaquant aux fondations mêmes de notre être social, et que lorsque nous saurons en résoudre un, même petit, nous saurons tous les résoudre, même grands. 

Crédits d’impôts pétroliers

Le gouvernement américain tente d’utiliser les fuites de BP pour récupérer 4md$ de crédit d’impôts qu’il donne chaque année aux compagnies pétrolières.
Ceux-ci viennent de lois qui remontent à la nuit des temps, et d’astuces comptables. Pourquoi continuer à les octroyer à des entreprises aussi riches ? Parce que, depuis 2008, elles ont dépensé 340m$ en lobbying… 
Compléments :

Prix de la marée

Complément à un précédent billet concernant le coût de la marée noire produite par BP :

Les autorités estiment que le pétrole s’écoule au rythme de 60.000 barils par jour (…) l’équivalent d’un Exxon Valdez tous les quatre jours.

Effectivement, ça risque de coûter cher.
Compléments :
  • En me renseignant sur l’Exxon Valdez, j’ai découvert qu’il naviguait toujours, mais sous pavillon panaméen, et avec un propriétaire chinois…

Dommages de BP

Discussion avec un expert qui m’explique que les dommages que va subir BP sont fonction de la quantité de pétrole déversé sur les plages américaines. Compte-tenu de ce que l’on en sait, il estime le coût de l’affaire à 20 ou 30md$.
Ce qui est très supérieur aux estimations initiales, supérieur à ce que contiendra le fonds de dédommagement qu’a prévu BP (20md$), et pas loin du montant maximum (40md$), que j’ai vu apparaître ici ou là. La baisse de cours de la société ne semble plus excessivement irrationnelle.
Par ailleurs, il confirme un changement des pratiques en matière de dommages écologiques : dorénavant, le pollueur paie d’abord, avant d’être engagé dans des procès. 

BP à nouveau

BP cause d’une guerre entre Américains et Anglais ?
En tout cas, on apprend que la société, distribue beaucoup de dividendes, qu’elle investit moins que ses concurrents (70% des investissements de Shell), qu’elle a une histoire récente peu reluisante, qu’elle risque de perdre 40md$ du fait de la marée noire dont elle est la cause, et que la sécurité des forages de grande profondeur n’est pas maîtrisée par les pétroliers, ce qui ne semble avoir suscité aucune inquiétude, nulle part…

BP et marée noire (suite)

Je me demandais pourquoi le gouvernement américain s’en était remis, pour l’arrêt de la marée noire, entre les mains de BP. La solution est simple :
C’est ce que lui demande la loi. Surtout, il n’a pas les moyens techniques pour boucher la fuite. (Can ‘Cowboy Ken’ save the day?)
En tout cas, cette affaire semble montrer que les plates-formes pétrolières présentent des risques qui avaient été nettement sous-évalués. L’erreur étant humaine, il serait peut-être bon de concevoir des moyens efficaces d’intervention à la suite de tels incidents.

Compléments :

  • Il semblerait que l’industrie de l’énergie fasse beaucoup de victimes aux USA, 58 en trois mois. Quant à BP :

BP représente 97 pour cent de toutes les violations intentionnelles trouvées par le régulateur dans l’industrie du raffinage durant les 3 dernières années.

Comment lutter contre la spéculation ?

Question posée à un dirigeant d’ENI (Total italien), et portant sur les récentes spéculations pétrolières.

Réponse : la spéculation ne s’explique pas par le manque de ressources pétrolières, si l’on compte tout, on en a probablement pour bien plus d’un siècle. Le problème vient des réserves.

Je crois que la spéculation pétrolière a utilisé la technique qui avait servi à Enron, et à quelques autres, à rançonner l’état californien, lorsque celui-ci avait voulu déréglementer son marché de l’énergie. Ce qui permet de produire l’offre (usines, puits pétroliers…) s’ajuste pour répondre à une demande « raisonnable ». Cet ajustement se fait à long terme, offre et demande ont peu de flexibilité. De ce fait, que le spéculateur arrive à réduire un rien l’offre et les prix explosent. C’est une conséquence de la loi de l’offre et de la demande.

Pour éviter cet effet pervers, il faut une surcapacité (ce qui a été fait en Californie) : alors, toute tentative de spéculation peut être noyée. Pour éviter les spéculations pétrolières, il faut donc augmenter les stocks de pétrole.

Compléments :

  • L’article : Squeezing more oil from the ground, Leonardo Maugeri, Scientific American, octobre 2009.
  • L’article va plus loin : il faut éviter les fluctuations aléatoires du prix du pétrole, causes de comportements désordonnés des gouvernements (un coup on multiplie les projets pétroliers, le coup d’après on abandonne les énergies propres…). Outre des surcapacités, il faut aussi pouvoir restreindre l’offre en cas de chute des prix.
  • La tentative de réforme du régime de santé par B.Obama va dans le même sens. Il a identifié qu’il y avait entente entre assureurs, il veut introduire un assureur public qui casse les ententes et force à la concurrence.
  • Le comportement des spéculateurs qui tendent à coordonner leur action, correspond assez bien à ce qui est prévu par : The Logic of Collective Action.