Pétain

Une série d’émissions de France culture m’a fait découvrir Pétain. Curieusement on n’en parle pas beaucoup. La France ne me semble pas très compétente dans l’étude de son passé.

Pétain, comme de Gaulle, et peut-être encore plus que lui, aurait dû être un raté. Un inconnu. Il allait partir à la retraite, simple colonel, si la guerre de 14 ne l’avait sauvé. Il fut alors bien plus populaire que les autres maréchaux, car, me semble-t-il, non seulement il avait été le vainqueur de Verdun, mais surtout il avait été économe de la vie de ses troupes. Et ce contrairement aux apprentis-sorciers qui dirigeaient l’armée. Ce qui n’en faisait pas un grand stratège. Mais annonçait déjà la ligne qu’il a adoptée en 40 ?

Ensuite, il a été, vraisemblablement, coupable tout du long : il est le principal responsable de l’impréparation de l’armée française, il semble même possible qu’il ait voulu infliger une défaite à une France qu’il n’aimait pas, pour la liquider et imposer une forme de « repentance nationale ». Pire ? Il a voulu une France agricole, alors que c’est la puissance de l’industrie qui a donné la victoire à l’Amérique et la domination mondiale. Il n’avait rien compris à l’histoire.

En fait, je ne crois pas que ce soit une question d’homme, de bouc émissaire, mais plutôt de « pathologie sociale ». Pétain n’est que le symptôme d’une maladie culturelle ?

Collaboration

Que penser de la collaboration ? Une série d’émissions de France Culture ne m’a pas appris grand chose. D’un côté, il y avait les collaborateurs, de l’autre les résistants, et, entre les deux, ceux qui essayaient de se débrouiller au milieu d’événements qui les dépassaient (dont on n’entendait rien dire dans la série, sinon qu’ils étaient gravement sous-alimentés).

Quelques-uns ont combattu pour les Allemands, qui les méprisaient. Les derniers défenseurs d’Hitler furent même Français, semble-t-il. Mais, généralement, ils ont mal fini.

En revanche la responsabilité de Pétain paraît immense. Non seulement il n’a pas préparé la France à la guerre, mais, en lui donnant l’impression qu’il la dirigeait, il permettait aux Allemands de lui prendre 30% de ses richesses, sans résistance. Elle travaillait pour eux.

Auraient-ils pu avoir de tels succès militaires sans cela ? En regardant défiler la deuxième DB, de Gaulle se disait qu’il aurait suffi d’en avoir quelques-unes comme celle-ci en 40, pour que le sort du monde soit totalement différent.

Il ne tient pas à grand chose.

Pétain

Pétain ou le règlement de compte ?

Il semblerait que Pétain ait cru à une courte guerre. L’Angleterre, comme la France, allait capituler. Ensuite tout rentrerait dans l’ordre. S’il n’est pas parti de France occupée, plus tard, ce qui en ferait aujourd’hui un héros, c’est parce qu’il voulait poursuivre sa révolution nationale. Chasser l’ennemi de l’intérieur.

De Gaulle, par contraste, voulait l’union de tous les Français.

Voilà ce que j’ai entendu dans une ancienne émission.

Pétain menait-il une « croisade anti woke » ? Cela expliquerait-il l’impréparation de l’armée : se servir de l’Allemagne pour donner une leçon à la France ? Rien de mieux qu’une bonne guerre perdue pour vous remettre au pas ?

Résistance

Qui furent nos premiers résistants ?

Des individus hétéroclites. Ils ne croyaient pas à la victoire. Ils trouvaient, simplement, la situation inacceptable. Quant à de Gaulle, qu’on ait entendu son discours ou non, il ne représentait rien. Jeune et peu élevé dans la hiérarchie militaire, il prêchait, au mieux, dans le désert. En outre, il avait fait partie du gouvernement de la défaite.

Ils évoquaient aussi les causes de cette défaite, un sujet qui semble depuis avoir été totalement censuré.

Apparemment Pétain accusait le Front populaire. Mais certains de ces résistants soupçonnaient, j’ai fini par penser, surtout l’armée d’avoir collaboré avec l’ennemi bien avant la guerre. Ne se serait-elle pas pas préparée pour punir ceux qu’elle considérait comme ses ennemis ? Est-ce aussi pour cela que Pétain a accepté précipitamment une reddition honteuse, alors que l’empire français aurait pu continuer la lutte, comme le fit l’Angleterre, et peut-être avec des moyens qu’elle n’avait pas ?

Cette histoire fait penser à Trump. Il semble avant tout vouloir se venger d’une partie de son peuple. Y a-t-il des moments où une société se dérègle dans un affrontement entre « élite » intellectuelle d’un côté et forces réactionnaires de l’autre ? (Le fils contre le père ?) Une sorte de réflexe suicidaire ?

(France Culture : La résistance par ceux qui l’ont faite.)

Le procès de Pétain

Alain Finkielkraut et son émission jugeaient Pétain (samedi 16).

Voilà qui semble compliqué tant la question est lointaine.

Je retiens qu’il y avait deux chefs d’accusation, plus ou moins explicites :

  • L’armistice. La France aurait pu faire comme d’autres pays : son armée aurait pu capituler, et son gouvernement légitime s’enfuir. Ce que n’a pas fait Pétain.
  • La collaboration. Pétain a voulu s’unir à l’Allemagne, qu’il croyait victorieuse.

En fait, il aurait peut-être fallu faire le procès de la 3ème République ? Car c’est elle qui a failli. Pétain n’avait pas à prendre le pouvoir.

France Travail

Pole emploi devient France Travail. Si on lit ce qu’en dit France Info, ce serait, avant tout, une mesure coercitive.

Ce qui est frappant est le particulièrement peu euphonique « France Travail ». Est-ce une injonction : « France, travaille ! » ? Ou un appuyé signe de connivence à la « valeur travail », qui semble devenue un cri de ralliement de la droite conservatrice, à défaut d’une discipline de vie ?

En me penchant récemment sur le régime de Vichy, j’ai découvert que le concept de « valeur travail » venait peut-être de lui. D’ailleurs, cela aurait dû être évident, sa devise n’était-elle pas « travail, famille, patrie » ?

L’histoire se répète ? En 40, la SFIO, aussi, a dit « Maréchal nous voilà » ?

(Mauvais esprit ?)

L’héritage de Pétain

Un ami m’a dit que nous devions la carotte râpée à l’occupation allemande. Je me suis renseigné : c’est juste. (Mais cela n’a rien à voir avec la Carotte Vichy, qui a anticipé le sens de l’histoire.)

J’ai trouvé plusieurs livres de Cécile Desprairies qui rappellent cet héritage, qui n’est pas négligeable, semble-t-il. (Lecture de Libération.)

La période de Vichy est un trou noir, dont on ne sait rien. Et si nous lui devions beaucoup plus qu’on ne le dit ? N’est-ce pas après cette période que la France a changé d’allure ? L’Etat technocratique, qui jusque-là était vu comme attentatoire à la liberté, s’en est emparé. Puis, en 58, de Gaulle s’est débarrassé de ce qui restait de démocratie parlementaire. La France aurait-elle fait le constat implicite que le Maréchal avait raison, que le régime qui prévalait avant guerre avait été la cause du désordre et de la défaite ? Mais qu’il ne fallait surtout pas le dire, pour ne vexer personne ?

Mystère ?

Verdun

On a oublié ce que fut Verdun.

Apparemment tout commence par une idée d’un général allemand. Le fort de Douaumont, réputé imprenable, n’est pas défendu. Il domine Verdun. Il suffit de le prendre et d’y masser de l’artillerie. C’est le moyen de saigner l’armée française, qui va lancer ses hommes à l’assaut de canons. C’est là qu’apparaît Pétain, qui, jusqu’à la guerre n’avait pas eu une carrière bien remarquable, et allait prendre sa retraite. Il réorganise l’armée, établit des rotations, si bien que quasiment toute l’armée passe un moment à Verdun. Et reprend le fort et y masse de l’artillerie. Les Allemands se prennent au jeu, et ne se retirent pas. Ils subissent le sort qu’ils réservaient aux Français. Ils finissent par perdre la bataille. Des deux côtés les pertes sont à peu près égales, mais surtout énormes.

Pas étonnant que le Français n’ait plus voulu combattre en 40 ? Il avait « tout donné » en 14, et avait vaincu, sa victoire ne pouvait que lui avoir été volée ? Surtout, ce qui est curieux, me suis-je dit, est que cet épisode est totalement oublié aujourd’hui. Alors qu’il a longtemps marqué les consciences, et explique l’extraordinaire, aujourd’hui inconcevable, gloire de Pétain.

(Verdun, the sacred wound, BBC 4)

Violence faite aux hommes

Emmanuel Berl ? un écrivain qui fut fameux et séduisant. Concordance des temps, de France Culture, lui consacrait une émission, il y a quelques temps. Il la devait au fait qu’il fut un farouche pacifiste, et qu’il a écrit les rares discours de Pétain intelligents. (J’ai l’impression que tout ce dont on se souvient de Pétain est, en fait, de Berl…)

Ceci s’expliquerait par la guerre de 14. Il l’avait vue comme un long cauchemar, et comme un sacrifice qu’il faisait pour que ce soir la « der des der ». Et quand il a compris que ce ne serait pas le cas, il s’est senti trahi.

Cette guerre a été un traumatisme terrible, inconcevable ?, pour des millions d’hommes. Ils n’ont pas su l’exprimer. Et, probablement, on n’a pas voulu l’entendre. Peut-être leur devait-on tellement, que l’on craignait de ne rien pouvoir leur rendre d’équivalent ?

Devrait-on profiter de l’émotion que les violences faites aux femmes suscitent pour généraliser la question ?

Léon Blum

La vie de Léon Blum, par France Culture, samedi dernier. 

Drôle d’homme. Il a été haï et avait tout pour être un bouc émissaire. C’est un grand bourgeois raffiné, haut fonctionnaire, qui représente le peuple ! Ce sont aussi des temps extrêmement violents. Il est victime d’une agression qui aurait bien pu lui coûter la vie. 

En fait, c’est un modéré et un prudent. Il s’oppose à Lénine. Et doit reconstruire un parti socialiste, qui n’est plus rien. En ces temps, c’est le parti communiste qui domine. (Je me demande même si les communistes n’ont pas récupéré Jaurès, qui était un modéré.) Or, en 36, c’est le parti socialiste qui gagne les élections. Mais, Blum décide de ne pas intervenir pendant la guerre d’Espagne, pour ne pas provoquer une guerre civile en France. 

En 40, on le croit en fuite aux USA, « avec sa vaisselle d’or ». Mais il revient contester les pleins pouvoirs de Pétain. Il convainc le groupe socialiste de le suivre. Mais, le dit groupe est retourné en quelques heures. Il est sensible aux menaces et promesses de Laval. Félicitations. 

J’avais entendu l’histoire de son procès décidé par le Maréchal Pétain. Je savais que cela avait été une débâcle pour les accusateurs, à tel point que l’on avait dû y mettre un terme prématuré. Eh bien, Daladier et lui avaient été accusés d’être à l’origine de la défaite du pays. Or, ils ont montré que les décisions qui avaient causé cette défaite étaient antérieures. Et, celui qui les avait prises était Pétain…

(On entend souvent que le Maréchal Pétain était sénile, ce qui est une circonstance atténuante. Mais ses responsabilités semblent être allées bien au delà de son rôle durant la guerre.)

On parle peu de l’avant guerre. Période honteuse. C’est dommage, car il est possible qu’étudier le passé nous évite de répéter bien des erreurs.