Présidentielles : rien ne va plus ?

L’électorat est exceptionnellement volatil dit une étude de la Fondation Jean Jaurès. Peu de gens sont « entrés en campagne ». Ceux qui le sont changent facilement d’opinion. 

Paradoxalement, à gauche, faute de leader naturel, le pole d’attraction serait Emmanuel Macron. A droite, on joue tactique. On cherche à aller « au secours de la victoire », à appuyer le candidat qui a le plus de chances de gagner. 

Qu’en déduire ? Peut-être que c’est une dynamique favorable à Mme Pécresse. Mais l’étude l’appelle « géant au pied d’argile » : son électorat ne tient pas particulièrement à elle. Une fois de plus il ne s’agit pas d’un « vote pour », mais d’un « vote contre ». Toute cette volatilité laisse penser qu’il est possible que ce soit l’incident, par exemple une déclaration intempestive, qui décide de l’issue du scrutin. 

Aléas présidentiels

Je suis les présidentielles de très loin. Par hasard, je découvre que les sondages donnent trois candidats se disputant la seconde place du premier tour, et que M.Zemmour, l’un d’entre-eux, pourrait ne pas recevoir le nombre de parrainages nécessaire à sa participation à l’élection. 

Notre système électoral serait-il grandement déficient ? 

Et cela implique de curieux jeux : Mme Pécresse a intérêt à ce que M.Zemmour obtienne ses parrainages, si elle veut avoir une chance de dépasser Mme Le Pen. Mais, cela pourrait aussi permettre à M.Zemmour d’arriver au second tour. 

Si c’était le cas, cela promettrait un débat entre lui et notre président qui serait, probablement, un très désagréable moment à passer pour ce dernier. Voilà pourquoi tant de gens semblent vouloir voter Zemmour ?

Cambronne et le changement en France

La BBC se posait la question de la traduction « d’emmerder ». Elle demandait à un élu si l’Angleterre devait faire ce que disait M.Macron (« emmerder les antivax »). Réponse : pas besoin, notre culture n’est pas hostile au vaccin. Dans la même émission il était dit qu’un quart des joueurs de première division de football refusent de se faire vacciner… 

Différence de culture ? Le président français est au dessus des partis, le programme de M.Macron est de « réconcilier les Français », et, en même temps, nos présidents insultent l’électeur. Le mal de la France c’est le Français pensent-ils. 

Et c’est peut-être une bonne tactique électorale, car nous avons une histoire de guerre civile. Il suffit d’être du côté du plus fort pour diriger un pays qui, lui, est de plus en plus faible. En outre, les bons mots de nos présidents font instantanément le tour du monde et contribuent grandement à notre image. 

Quant à Madame Pécresse, le mot de Cambronne pourrait être son Waterloo. Elle serait parmi les trois candidats qui sont au coude à coude pour passer au second tour des présidentielles. Mais elle ne semble pas parvenir à faire l’union des siens. Si elle veut être présidente, elle doit faire passer le message, dans son camp, que ce qui compte n’est pas telle ou telle idée, mais d’être solidaires… On gagne d’abord, et on discute ensuite. 

Impossible n’est pas français ?

(C’est la pratique allemande. Mais c’est aussi ce qui a fait la victoire de la gauche en 81 : les communistes ont refusé de se disputer avec les socialistes.)

Prospective présidentielle

Un anthropologue, Clifford Geertz, a étudié les paris sur les combats de coqs à Bali. Quand les coqs sont inégaux, on peut calculer avec précision des probabilités de victoire. Ce type de combat n’intéresse que le vulgum pecus. Là où l’on voit la véritable noblesse de l’individu, c’est lorsqu’il joue sa chemise dans un affrontement entre égaux. C’est le hasard qui fait la différence. 

Si la finale de notre élection présidentielle réunit Mme Pécresse et M.Macron, il se pourrait que l’on se retrouve dans cette situation, tant ils se ressemblent. 

Un résultat qui, jusque-là, marche à tous les coups, est que l’on réélit une équipe qui gagne. Si l’économie est florissante, le président est réélu. 

Sera-ce le cas en avril ? D’ailleurs, sera-ce l’économie qui fera le vote de l’opinion ? Ou sera-t-elle essorée par la lassitude ? M.Macron n’est guère sympathique, le peuple voudra-t-il le rappeler à l’ordre, comme il l’a fait pour ses prédécesseurs, en votant contre lui ? Ou, au contraire, apprécie-t-il son style de PDG jupitérien, bien adapté à une crise ? Il doit obtenir des résultats concrets, en urgence, alors que son opposante peut se contenter de promettre : gros handicap ?… 

Décidément, combat de coqs ? 

Blanc bonnet ?

Qui est Mme Pécresse ? Difficile de la distinguer du président. HEC, sortie seconde de l’ENA. Elle n’a pas  choisi l’inspection des finances, contrairement à lui. Quand elle est entrée en politique, elle avait été approchée par la gauche et la droite… 

Quant à ses convictions ? Elle a été ministre sans histoire pendant la présidence Sarkozy. Seule particularité : son opposition au mariage pour tous. 

Elle se voit « deux tiers Merkel, un tiers Thatcher ». Qu’entend-elle pas là, alors que l’Angleterre renie Mme Thatcher, et que Mme Merkel de la fin n’a probablement rien à voir avec ce qu’elle était au début de son mandat ? Peut-être veut-elle parler de leur caractère ? Mais, quand on a réellement de la trempe, a-t-on besoin de se comparer à quelqu’un ? Enfin une différence avec M.Macron ?

(Source : wikipedia.)

Inconnue Pécresse

Mme Pécresse, présidente de la République, disent les sondages. 

C’est l’effet Zemmour, dont parlait un précédent billet. M.Zemmour nuit à Mme Le Pen, ce qui permet à un candidat traditionnel d’être au second tour de la présidentielle.

Mais Mme Pécresse est un candidat peu évident. Elle et M.Macron sont quasiment du même bord, celui de l’élite privilégiée, aux valeurs « socialement avancées ». Par conséquent, la gauche et l’extrême droite devraient s’abstenir. Ce qui laisse peu de monde. 

Un écart entre eux se creusera peut-être dans les débats. Il serait intéressant, en tous cas, de faire une « étude de perception », pour savoir ce que chacun représente pour l’électorat. Peut-être serait-on surpris du résultat. 

Autre sujet dont on parle peu : l’élection des députés. C’est le point faible de M.Macron. Son parti n’existe pas. Etre élu, pour lui, n’est pas la fin de l’histoire. 

Rien ne va plus ? comme à la roulette ?

Canabis

Mme Pécresse se plaint de ce que le gouvernement aurait fait savoir que son fils a été arrêté en possession de canabis. Non seulement on offre sans cesse des cadeaux aux politiques, mais leur famille se drogue ? était-ce le message de Mme Pécresse ?
Pauvre enfant, son infamie est étalée sur la place publique. L’homme politique n’hésite pas à sacrifier ce qu’il a de plus cher à ses intérêts ? (Qu’il croit généraux ?) Serait-ce pour cela que ses enfants se droguent ?

Quotas et grandes écoles

Le gouvernement voudrait qu’il y ait 30% de boursiers en Grandes Ecoles, ce à quoi leurs directeurs répondent que les quotas diminuent le niveau du recrutement, ils sont désignés à la vindicte populaire. Curieux, me suis-je dit : les grandes écoles se sont toujours affirmées élitistes, or, brutalement, elles sont accusées de l’être ! Et pourquoi les boursiers n’arrivent-ils pas à entrer en Grande Ecole : du temps de mes parents, c’étaient les meilleurs élèves ? Pourquoi la discrimination réussirait-elle en France alors qu’elle échoue aux USA ?…

Un problème mal posé
J’ai voulu creuser la question (la suite repose principalement sur : Les grandes écoles incitées à repenser leurs concours – LeMonde.fr). En fait le raisonnement suivi implicitement semble être :
  1. les grandes écoles fournissent les positions sociales les plus désirables ;
  2. l’on veut que ces positions ne reviennent pas de fait aux enfants de ceux qui les détiennent déjà, qu’il y ait un certain brassage de la société ;
  3. les matières qui servent à la sélection des élèves des grandes écoles (de l’orthographe aux mathématiques, selon Mme Pécresse) favorisent les enfants aisés.
Rien dans ce raisonnement ne va de soi. Les hypothèses qui le sous-tendent paraîtraient contre nature partout ailleurs qu’en France. Elles expriment, en particulier, la vision d’un monde organisé comme une bureaucratie.
Implicitement, l’objectif du gouvernement serait de revenir à la situation des années 50 où, d’après un député PS cité par l’article, 29% des diplômés de grandes écoles étaient de milieux populaires (définition ?), contre 9 aujourd’hui.
Comment expliquer ce revirement ? Les mathématiques, les langues, la culture générale étaient-elles moins discriminantes dans les années 50 ? Ou l’Eduction nationale ne sait plus les enseigner à tous comme jadis. Il semblerait que Mme Pécresse en vienne à se demander si elle n’a pas parlé un peu vite : « il faut repérer les talents, comme cela se faisait sous la IIIème République et les faire grandir ».
Mais elle dit aussi « qu’il faudrait réfléchir à des épreuves qui valoriseraient l’intensité du parcours du jeune, son mérite réel ». Comment évaluer objectivement un mérite ? (Que signifie « mérite » ?) Les critères de sélection du mérite ne sont-ils pas beaucoup plus facilement manipulables que les mathématiques ?
D’ailleurs, dans l’inconscient français le mérite est inné, l’Education nationale est là pour l’identifier. Dans l’inconscient anglo-saxon, le mérite se démontre par la réussite de l’action individuelle, l’école doit (éventuellement) apporter des outils utiles à l’élu. Sans le dire nous sommes en train de basculer d’un modèle vers l’autre. Si nous le faisons, il faudra procéder avec prudence : le système américain est, selon nos critères, inacceptablement inégalitaire. Il tend, paradoxalement, à être un régime d’héritiers.
En résumé, le problème que pose implicitement le gouvernement semble être :
  • Faut-il conserver le modèle culturel français traditionnel, et alors comment ramener l’éducation nationale à son niveau d’efficacité des années 50 ?
  • Faut-il adopter un nouveau modèle culturel ? Lequel ? Comment l’adapter chez nous sans qu’il ait des conséquences que nous refusons ?
L’erreur est humaine…
Au fil de ses réformes, l’algorithme suivant paraît expliquer le comportement du gouvernement :
  • Il identifie un problème, trouve un coupable qui en serait la cause (mais pourquoi ne l’avait-on pas vu plus tôt ? se dit-il, que le monde est donc stupide !) déclenche une guerre civile, et découvre alors que le dit coupable n’est que la partie émergée d’un phénomène extrêmement complexe.
  • Surtout, il semble schizophrène : il parle d’un retour à la IIIème République, tout en rêvant de basculer dans le modèle anglo-saxon.
Qu’a donc appris l’Education nationale à nos gouvernants ? à penser ? à agir ? Est-ce ses critères de sélection ou son enseignement qu’il faut réformer ?
Compléments :
  • C’est Hervé Kabla qui m’a lancé dans cette réflexion.
  • Au passage, un exemple de changement réussi, à la française : « l’objectif de 30% de boursiers en classes préparatoires, déjà atteint en partie grâce au relèvement du seuil d’obtention des bourses ». (Les grandes écoles dans la tourmente.)