Grand Paris

Grand Paris, sortir des illusions, approfondir les ambitions. Livre de Jean-Pierre Orfeuil et Marc Wiel. Scrineo, 2012. Le Grand Paris, ce que l’on a fait, ce qui aurait dû être fait.
« On pourrait ne retenir de la vision de Nicolas Sarkozy et ses collaborateurs que sa mégalomanie brouillonne, dont témoignent l’énormité de l’investissement public envisagé en période de disette de ressources publiques, les virages à 180 degrés sur les moyens de le financer, de l’autofinancement magique par les plus values foncières à l’impôt et la dette, ou encore la création de nouvelles institutions là où il était diagnostiqué qu’il y en avait trop. » L’irrationalité semble la raison même du projet. On croirait entendre Louis XIV. On casse les projets d’aménagement existants, trop médiocres. Seule la démesure est digne de la France. On ne sait pas la financer ? On masque le trou (20md€). La mesquinerie est indigne des conquérants ?
Qu’est-ce que cela va donner ? Des cercles vicieux. L’opposé des objectifs du projet. Toujours plus de spéculation, des conditions de vie de plus en plus mauvaises pour le Parisien, moins d’emplois, plus de dettes pour la nation… Or, on aurait pu faire bien, quasiment pour rien. Pour cela, il aurait fallu accepter la réalité et avoir l’expérience de l’urbanisme…
Si je comprends bien, le moteur de la transformation de la région parisienne, c’est la spéculation internationale. Elle fait augmenter le prix de l’immobilier. Ce renchérissement force les populations à s’éloigner de leur lieu travail. Ce que les pouvoirs publics veulent combattre par des investissements en infrastructure. Ils ouvrent de nouveaux terrains à la spéculation… Bref, en quelque sorte, l’argent public pave notre enfer de ses bonnes intentions (enrichit le spéculateur et creuse le déficit national).
« On n’a pas besoin de lumière, quand on est conduit par le Ciel ». Le précédent gouvernement semble avoir cru que gouverner c’était confier le pays aux forces du marché. Donc atomiser la société. En particulier, écarter, quel que soit le prix à payer, la résistance au changement. Il a donc flatté les intérêts de la RATP, et des collectivités de gauche… Et le corps des ponts et chaussées, qui aurait pu être un intermédiaire compétent, n’existe plus…
Le livre propose des solutions assez simples et pratiques aux problèmes de l’agglomération parisienne. Il illustre ce qu’aurait pu faire une institution intermédiaire comme le corps des ponts, s’il était encore en vie. Il me semble, surtout, qu’elles ont un principe commun. La démesure a été rendue possible par un manque d’informations. Il nous empêche de percevoir le dit cercle vicieux. L’éparpillement des acteurs, leur concurrence ?, en est la cause. (C’est le principe même du modèle du marché.) Si l’on veut prendre à contre le cercle vicieux, on doit rétablir l’information du public, et aider les acteurs concernés par l’aménagement du territoire à se remettre à travailler ensemble.
(De la spéculation : un commentaire.)

La petite ceinture du 15ème

La voie de chemin de fer devient une promenade. La ville prend une nouvelle allure. On découvre que la nature s’y cachait. L’arbre, par exemple. Je ne le voyais pas lorsque je marchais dans la rue. Maintenant, il a droit à sa plaque explicative. Il devient quelque-chose de rare, de précieux, d’exotique, d’inattendu. Il est sorti de l’anonymat.

Ce kilomètre trois cents est bienvenu. Il n’y a pas beaucoup de promenades à Paris. Et j’ai l’impression qu’il y en a besoin. Pourquoi maintenant ? Qu’avons-nous de différent de nos prédécesseurs ? Restaient-ils plus volontiers chez eux ? Étaient-ils plus riches que nous et avaient-ils les moyens de partir en fin de semaine ? Les usages ont-ils changé ?…

Réquisition de logements vides

Hébergement de SDF. J’entendais une ministre annoncer la réquisition des logements vides. Je m’interroge.

Ne s’en prend-elle pas au droit de propriété ? N’est-ce pas un droit de l’homme ? Un socialiste n’est-il pas supposé défendre les droits de l’homme ? D’ailleurs, qu’est-ce qu’un logement vide ? Ne devrait-on pas compter comme vide les grandes habitations occupées par peu de monde ? à propos, jadis les églises accueillaient les pauvres, pourquoi n’est-ce plus le cas ? Pourquoi, plus généralement, les bâtiments publics, qui sont vastes et qui ne servent que quelques heures par jour ne sont-ils pas réquisitionnés ? Ce qui m’a rappelé un article de The Economist qui expliquait que Londres offrait un toit à ses SDF : pourquoi, diable, le socialiste Paris n’y parvient-il pas ?

Inefficacité grossière, dit Julien Damon, si je le comprends bien. Les fonds consacrés à l’hébergement des SDF croissent. L’Etat, les associations, les villes… les gaspillent par la désorganisation de leur action.
Avec les compliments de la Mairie de Paris

La puissance publique ne devrait-elle pas nous protéger, plutôt que de nous accuser de ses impérities ?

PS. wikipediasur le droit de propriété :

Les droits de propriété sont protégés par la loi, la constitution ou une déclaration des droits. Le cinquième et le quatorzième amendement de la Constitution des États-Unis, par exemple, protègent explicitement la propriété privée. On retrouve également cette protection dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, article 17, dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, article XVII, et dans la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), protocole n°1.

Paris décroît

Le département Paris intra-muros décroche chaque année de quelques dixièmes de points, tant au niveau de l’emploi que du PIB. La municipalité a fait le choix de mettre en avant la qualité de vie plutôt que l’économie…

Dit le président de la Chambre de Commerce de Paris (dans le numéro août-septembre de la revue des anciens élèves d’HEC).

Changement dans le métro

Depuis des années, le métro parisien est un chantier.

Pour la première fois de mon histoire d’usager de la RATP, j’ai vu des stations fermées et des correspondances suspendues. Ce qui m’a démontré, une fois de plus, à quel point j’étais peu adapté au changement : mon emploi du temps en a été totalement déboussolé.

La poussière retombe. Qu’en ressort-il ? Une surprise : rien.

Depuis mon enfance, je suis habitué à un métro innovant : métro sur pneu, ligne 14… D’ailleurs, il n’est pas que le moyen de transport du parisien, c’est aussi celui du touriste. En cela il est l’image de la France, et de la Ville Lumière.

Cette fois-ci, je ne perçois pas ce que le passager ou le standing du pays y ont gagné. Difficile de voir en quoi les stations ont été rénovées, sauf, peut-être, FDR, qui a maintenant l’aspect d’une boîte de nuit. Le système de portillons de la ligne 1, bientôt automatisée, parait « low cost ». Et les rames, dont beaucoup sont branlantes, connaissent de plus en plus d’incidents.

Un changement « orienté client » ?

Les Américains à Paris

« Quand un bon Américain meurt, il va à Paris ». Les Américains semblent avoir toujours beaucoup aimé Paris, « Jamais dans leur vie les Américains n’ont vu de tels parcs et palais, ou de si beaux et si nombreux ponts », disait-on. Pour autant l’Américain de Paris reste un Américain.
Cela tient peut-être à ce que l’Américain qui vient à Paris est très riche, et vit entre soi. Bien sûr, Paris n’est plus une cité lumière. Mais son élite est beaucoup plus amicale que jadis, comme le prouvent Minuit in Paris, Mme Lagarde ou DSK (que l’Amérique, d’ailleurs, ne veut plus nous rendre). Au fond, pour un Américain, Paris c’est un peu Londres, avec le frisson de l’exotisme en plus. 

Grand Paris

Cette semaine, j’ai entendu parler des difficultés d’un projet visant à rationaliser le fonctionnement de la Région Parisienne.

Les réformes semblent suivre un mécanisme invariable (voir par exemple l’analyse du début de Réforme de la recherche (suite)). Une analyse partagée d’abord :

Le diagnostic général ne soulève pas de controverses majeures. Chacun admet que Paris étouffe dans des frontières inchangées depuis un siècle et demi. Chacun reconnaît que la coupure trop longtemps marquée entre la capitale et sa région de quelque 9 millions d’habitants n’a pas permis de traiter à la bonne échelle des problèmes aussi cruciaux que le logement (insuffisant), les transports (surchargés), la crise des banlieues « sensibles » (qui se sont embrasées en 2005) ou encore les enjeux écologiques et de compétitivité internationale. Chacun, enfin, préconise, d’une manière ou d’une autre, l’émergence d’un mode de gouvernance de cette métropole moins fragmenté, plus collectif et global.

Puis proposition d’un plan gouvernemental (ici, par Édouard Balladur), qui fait hurler les responsables concernés.

Je crois reconnaître ce que je vois dans les entreprises. Ce qui pêche dans les nouvelles stratégies ce ne sont pas leurs orientations, mais leur mise en œuvre. Elle reflète la vision biaisée de celui qui les a conçues. La « résistance au changement » est l’expression de l’oubli de la réalité.

Malheureusement, cette expression est trop rare ou trop maladroite, si bien que la mise en œuvre se fait. Incorrectement donc. Beaucoup plus tard des dysfonctionnements se manifestent, et on accuse alors ceux qui les subissent d’en être responsables. (Indépendance des Antilles.)

Compléments :