Corruption allemande

The Economist déplore la malhonnêteté allemande (Bavarian backsheesh).

Siemens avait institutionnalisé la corruption. Il y avait même un service spécialisé dans le remplissage de valises. Pour réparer ses torts, la société est condamnée à une lourde amende.
The Economist met en regard ces pratiques de république bananière (la France n’a rien à lui envier, ajoute-t-il) et l’admirable rigueur américaine.

Mais, si les pots de vin de Siemens ont eu un tel succès, c’est qu’il y avait des gens pour les accepter. Et un grand nombre d’Américains. C’est cela une culture exemplaire ?

Nous sommes au milieu d’une des plus formidables crises depuis 1 siècle, créée par l’incurie anglo-saxonne. Sa moindre vaguelette (Madoff) est une fraude de 50 milliards d’Euros. Tout le monde est en faute, des organismes de contrôle, au plus haut niveau de l’état (Dr Doom), qui a étouffé les quelques consciences vaguement droites.

Le paradoxe est l’outil principal du changement. Tentative d’utilisation :

Tant que l’Anglo-saxon ne se verra pas tel qu’il est, il ne pourra pas soigner son vice : l’innovation-tricherie. Non seulement nous serons en proie à la crise, mais ses valeurs et ses paroles seront sujettes à une méfiance croissante. Même si elles sont bonnes.

Compléments :

Ne lisez pas mes livres !

Discussion avec un lecteur des gestes qui sauvent. Et paradoxe. Il me reproche (très gentiment !) de ne pas dire quels sont les « gestes qui sauvent ». Bizarre, il me semblait les avoir nommés, bien lourdement, dans l’introduction, dans le plan, dans les entames de chapitres, et dans la conclusion du texte.

Je regarde la table des matières du livre : http://pagesperso-orange.fr/leverage.change/gestes%20contenu.htm. La synthèse du livre se trouve bien dans les titres de ses chapitres ! Un sous titre de l’introduction va jusqu’à annoncer « Les gestes qui sauvent : savoir remettre en cause ses certitudes et construire des boucles de rétroaction ». (Autrement dit, les gestes qui sauvent sont au nombre de deux.)
Comment expliquer ce paradoxe ? Et si mon lecteur attendait un GPS : allez tout droit, puis, au rond-point, prenez la deuxième sortie… ? Si c’est le cas, c’est l’envers de ce que je veux faire : j’ai constaté que l’homme, globalement, a de bons réflexes. Mais, face à un changement, il tend à commettre des erreurs. Mon livre cherche juste à les lui indiquer. Aller plus loin c’est le croire une marionnette. Résurgence du taylorisme.
Mon livre veut aider ceux pour qui le changement est une préoccupation, et qui ont compris qu’ils devaient prendre leur sort en main. Fini l’assistanat. N’attendant plus rien de la société, ils savent exploiter (et sont reconnaissants pour) la plus petite aide.
Effectivement, ceux qui ont trouvé le livre spontanément intéressant sont des gens qui ont eu à conduire des changements, et qui, d’ailleurs, pourraient servir d’exemple à de prochains livres.
Ça réduit à pas grand-chose mon marché ! Mais, d’un autre côté, sans ce minimum d’expérience je ne suis d’aucune aide.
Si vous voulez un GPS, ne lisez pas mes livres !

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Une centaine de billets de plus. Enseignements ?

  • Intérêt du blog : enregistrer des idées qu’on n’aurait pas formulées. Retrouver la trace de sa pensée. C’est beaucoup mieux qu’un carnet de notes. D’autant plus qu’il faut se forcer à un peu de clarté et de rédaction, puisque ce qui est écrit peut être lu par d’autres.
  • Curieux stretch goal : dire ce que l’on pense, mais en respectant les règles de la politesse, de la cohabitation sociale. Question (compliquée parfois) de formulation. Finalement, c’est un exercice de démocratie.
  • Dans la conduite du changement, l’outil premier est le paradoxe. Le blog permet de les voir naître : ce sont mes erreurs. Je n’apprends que de mes erreurs.
  • Je pense de plus en plus que nos actes sont pilotés par l’inconscient, essentiellement. C’est en regardant ce que l’on a fait, que l’on y détecte une logique, une « intention ». De là, on peut avoir de nouvelles idées. La raison ne peut fonctionner qu’à partir de l’exploration faite par l’intuition. J’ai l’impression que c’est ce que disait Hegel. En lisant les billets de ce blog, je me demande ce que je veux en faire.
  • Google Analytics m’explique que les pics de fréquentation du blog sont dus à des gens qui se trompent. Ils cherchent des indiscrétions, me semble-t-il (par exemple un de mes billets sur la banque postale et les subprimes fait un malheur). Alors que ce blog ne parle pas du présent, mais de l’éternel ! Des mécanismes qui font ce que l’on est. Pas envie d’encourager ce trafic.
  • Je serais intéressé par des commentaires : la contradiction me fait avancer. C’est un autre type d’erreur, de paradoxe. Pour l’instant, ils me viennent indirectement, d’amis proches ou lointains. Je découvre qu’ils lisent mon blog (avec attention), dans leur conversation. C’est pour eux que j’écris ce blog. Maintenir un format de billet facile à lire, mais sans tomber dans la facilité publicitaire.
  • Ce blog a eu l’intérêt de m’ouvrir à l’actualité. Sans lui je n’aurais pas suivi McCain et Obama, la crise financière, je n’aurais pas découvert les théories du « bien commun »… Mais réagir à l’événement, à chaud, prend du temps. Attention à ne pas négliger pour autant le passé, et les travaux scientifiques qui explorent le changement depuis des siècles (et dont nous n’arrêtons pas de perdre le fil). Ne pas céder à la tentation du billet pour le billet, n’écrire que ce qui peut faire progresser la réflexion.

Portrait du philosophe français

J’ai dit ailleurs que le paradoxe permettait de comprendre la logique qui guidait un homme, ou un groupe humain. Depuis quelques années le philosophe français me propose beaucoup de paradoxes. Voici l’état actuel de la modélisation qui me permet de les expliquer.

  • Je crois avoir compris que la philosophie est vue comme une sorte de socle qui forme la pensée et permet d’aborder d’autres disciplines. L’équivalent des mathématiques pour les ingénieurs. Raymond Aron, Émile Durkheim et Claude Lévi-Strauss, par exemple, étaient des philosophes.
  • Le travail du philosophe semble être un travail de raisonnement solitaire. Il part de textes et en fait des développements subtils. Un peu comme un mudicien de Jazz. Ces développements suivent sûrement des règles précises : l’amateur sait les apprécier. Mais ces règles ne sont pas celles de la science, qui veut que tout raisonnement tienne compte d’autres résultats scientifiques, et que toute prédiction puisse être testée.
    Exemple : Traité de l’efficacité de François Jullien. Il donne une vision de la Chine caricaturale et partiale, qui ne correspond pas à ce qu’on peut en voir par ailleurs. Quant à La civilisation chinoise de Marcel Granet, qui semble demeurer un fondement de l’école sinologique française, un de ces critiques étrangers la traitait de « poésie ». Marcel Granet aurait rejeté tout autre moyen d’étude de la civilisation chinoise que les textes anciens (en particulier l’archéologie).
  • En regardant un texte d’introduction à Kant, j’en suis arrivé à la conclusion que ce n’était pas un texte d’introduction. En effet, on y développe une interprétation de l’œuvre de Kant qui n’est pas compréhensible sans études préalables. En fait, l’enseignement de la philosophie doit venir de la parole du maître. Une parole complexe, sans concession, que seuls quelques élus arrivent à pénétrer (ou à répéter ?). Je m’interroge. Est-ce que la philosophie telle qu’elle est enseignée en France est un savoir ? Ou est-ce un moyen de sélection ? Le moyen d’entrer dans un monde à part, celui de l’intellectuel ? Un monde qui, comme celui de la chevalerie, a des règles extrêmement complexes, qui n’ont qu’une relation lointaine avec son objectif apparent (la guerre pour la chevalerie) ? D’ailleurs, le philosophe n’a-t-il pas un langage propre ? Un langage précieux et recherché (il adore le « dès lors »), mais qui ne correspond à rien de ce qui a fait la gloire de la littérature française.

Comme le chevalier, le philosophe français est menacé par la rationalité, avec laquelle il ne peut se mesurer. Peut-il lui arriver ce qui est arrivé à l’Ancien régime ? Tocqueville déplorait l’élimination par la démocratie des êtres exceptionnels qui l’avaient précédée. Il ne restait plus que des médiocres. En est-il de même du philosophe français ? Il représente une richesse qui nous est inaccessible, et que nous menaçons faute de la comprendre ?

Pourra-t-il s’adapter au monde moderne, et nous faire profiter de ses traditions, ou disparaîtra-t-il comme les Incas, les indiens d’Amérique, la noblesse d’Ancien régime et la chevalerie ? Dans le changement qui lui est nécessaire, a-t-il besoin d’un « donneur d’aide » ?

Compléments :

  • GRANET, Marcel, La civilisation chinoise, Albin Michel, 1994 (première édition 1928).
  • JULLIEN, François, Traité de l’efficacité, Le Livre de Poche, 1996.
  • BILLETER, Jean-François, Contre François Jullien, Alia, 2006.
  • LACROIX, Jean, Kant et le Kantisme, Que Sais-je ?, 1966.
  • Sur les règles de la chevalerie, qui semblait considérer la bataille comme une partie d’échecs (dont la règle est de tuer le roi adverse) : DUBY, Georges, Le Dimanche de Bouvines, 27 juillet 1214, Gallimard 1985.
  • TOCQUEVILLE (de), Alexis, De la démocratie en Amérique, Flammarion, 1999.
  • La technique du paradoxe : Démocratie américaine.
  • Sur le rôle du donneur d’aide dans le changement : Tigre tamoul.

La logique de McCain

McCain, joueur de poker ?

Qui est John McCain ? Peut-on le déduire de ses actes ? Une technique pour ce faire est le « paradoxe » : chercher l’explication d’un comportement étrange.

Dernier comportement étrange : il stoppe sa campagne. Il est urgent qu’il intervienne dans le plan de sauvetage du ministère des finances. Il part à Washington. On rapporte qu’il serait derrière l’action d’un groupe de républicains qui fait capoter la mesure. Puis il débat avec son adversaire, alors qu’il avait laissé entendre qu’il ne le ferait pas. Dans la discussion il dit approuver le plan (qui n’a pas changé !). Il revient chez lui. Dorénavant il va suivre les événements par téléphone.

Un article avance une théorie : la stratégie de McCain est le « coup ». Si ça marche il a fait avancer sa candidature, sinon, il cherche autre chose. Cette fois-ci ça a raté, il avait l’opinion contre lui.
Sa campagne : il est en retard, il réussit un pari inattendu et risqué, il reprend de l’avance. Aujourd’hui, il a perdu du terrain et il recherche à se refaire.

McCain aurait une seconde arme : l’émotion. Il touche le cœur de l’Américain. Son concurrent est trop théorique. McCain penserait-il qu’il peut dire n’importe quoi, pourvu que ce soit avec émotion ?

Compléments :

  • L’article : MARINUCCI, Carla ; Risky moves could define McCain’s leadership, SFGate.com, 28 septembre 2008.
  • Sarah Palin comme coup de poker : Sarah Palin, la parole est à la Défense.
  • Je vois aussi dans cette analyse le fait qu’une saine démocratie peut ramener l’aventurier dans le rang : Blocage américain, qui explique le blocage du plan Paulson.

Démocratie américaine

Qu’est-ce que la résistance au changement ? dit que beaucoup d’échecs du changement sont liés à une incompréhension. Le mot « démocratie » est, justement, un sujet d’incompréhension. Les Américains ne l’entendent pas de la même façon que nous. Cette note tente la traduction par application de la technique du paradoxe. Le paradoxe montre qu’il y a divergence entre notre logique et celle d’une personne ou d’une organisation.

Étape I – Un paradoxe du comportement américain : une nation agressive

J’associe démocratie à paix. J’ai d’ailleurs toujours vu l’Amérique comme un géant pacifique. Ne nous a-t-il pas sorti de deux guerres, qui ne le concernaient qu’à peine ?… Paradoxe : les nations anglo-saxonnes ont aussi défié des gouvernements qui ne cherchaient pas la bagarre. Exemples :

  • Chine ou Japon (Voyage à Tokyo), deux nations qui vivaient repliées sur elles-mêmes jusqu’à ce qu’une série d’agressions les réveillent.
  • On admet aujourd’hui que l’URSS a eu un comportement défensif (Grand expectations). L’Amérique l’a entraînée dans une course à l’armement.
  • Dans la doctrine néoconservatrice, qui a inspiré George W. Bush, « l’axe du mal » (Irak, Iran, Corée du Nord) doit être éliminé par une « guerre préventive » (voir l’article de Wikipedia anglais sur « néoconservateur »).

En regardant ces exemples, et même celui de la France (Michel Crozier la croit la Chine de l’Europe, pour son immobilisme), on réalise que l’idéal de beaucoup de peuples est de vivre replié sur soi. Il est d’ailleurs tentant de penser que tout ce monde ne réagit agressivement que parce qu’il est agressé. Pourquoi les USA voient-ils des menaces partout ?

Étape II – Trouver un modèle qui explique le paradoxe : démocratie = libre échange

Outil n°1 d’analyse du paradoxe : rechercher les fondations de la « logique » de l’organisation que l’on veut faire changer. Pour une entreprise, on examine la pensée de son fondateur. Pour une nation, il faut trouver des textes qui parlent de ses débuts. La Richesse des Nations d’Adam Smith pourrait être un tel texte. Notamment par rapport à la culture de l’élite marchande anglo-saxonne. Qu’y voit-on ?

  • La Richesse c’est produire de plus en plus de biens matériels (d’où notre obsession pour la « croissance »). L’optimum est obtenu par le marché le plus étendu possible, donc mondial (« globalisation »). La production est alors maximale, parce que la « division des tâches » est maximale. Le moteur du processus est l’intérêt individuel. Le marché utilise cette énergie pour prospérer (main invisible). Il redistribue la richesse produite (égalitairement). C’est une rationalisation du monde du boutiquier.
  • Si la démocratie est l’état qui permet cet optimum, alors, Démocratie = individu libre (qui suit son intérêt personnel) + libre circulation des biens et des personnes = droits du commerçant (homme = commerçant).

Étape III – Notre modèle explique-t-il le paradoxe ?

Pour ce modèle, les pays refermés sur eux-mêmes sont des menaces pour la « démocratie » : ils bloquent l’échange de biens. Ils menacent les droits du commerçant. Dans ces conditions une dictature favorable au commerce peut être amicale (cf. celles de l’Amérique du sud).

Étape IV – Notre modèle explique-t-il l’avenir ?

Un modèle n’est pas juste. Il est utile. Il fait prendre de saines décisions au cours d’un changement. Puisque je ne suis pas engagé dans le changement des USA, mon exemple ne sera jamais plus qu’un exemple. Le mieux que je puisse faire est de regarder du côté de la Chine, qui change. Je soupçonne qu’elle veut rejeter à la mer l’influence occidentale. C’est le nom du changement. Comment s’y prend-elle ? Elle pourrait avoir lu Adam Smith :

  1. Elle s’est ouverte, et joue la règle de l’échange. Elle a éliminé le risque d’agression.
  2. Elle utilise le moteur du système (l’intérêt de l’Américain), pour manipuler l’entreprise américaine et son gouvernement et leur faire servir ses propres intérêts.

L’élite américaine est satisfaite : la Chine s’est ouverte à l’échange. Elle ne peut que devenir « démocratique ».

Compléments :

Paradoxe et histoire

Parmi les techniques scientifiques utiles au praticien, l’une joue le rôle d’une sorte de boussole. Elle fournit la mécanique qui fait avancer ce blog. C’est le paradoxe. Ce billet traite des caractéristiques de la technique du paradoxe :

Principe fondateur

Le  principe de la technique est le suivant. Ce qui nous paraît « bizarre » dans un comportement individuel ou collectif nous indique une logique qui n’est pas la nôtre. Si l’on parvient à la décrypter, alors il ne reste plus qu’à exprimer selon elle le changement, pour qu’il se fasse immédiatement. (Un exemple.)

Car les individus et les groupes ont des logiques. Nos comportements sont guidés par des lois, principalement inconscientes. C’est ce que les ethnologues appellent « culture ». Ces lois nous aident à résoudre les problèmes que nous pose la vie. Si elles sont efficaces, nous sommes heureux. Sinon, nous sommes déprimés. Elles s’héritent ou se créent lorsque nous rencontrons des questions nouvelles. Ainsi la fondation d’une entreprise est un moment de création culturelle.

Mais ces règles ne signifient pas que notre parcours est parfaitement balisé. Le hasard, le « chaos », joue un grand rôle dans nos existences. En outre quelles règles utiliser n’est pas toujours évident, de même qu’elles peuvent se contredire. Mais elles évoluent peu et ont un énorme pouvoir explicatif de nos comportements, surtout en ce qui concerne leurs tendances à long terme. Et elles semblent (souvent ?) pouvoir se ramener à un « principe » explicatif unique, selon l’idée de Montesquieu (L’esprit des lois).

Paradoxe et histoire

D’où une seconde technique utilisée par ce blog : enquêter sur l’histoire d’un individu ou d’un groupe (par exemple de l’Union Européenne) de façon à comprendre quel événement a pu les marquer et quelles règles en ont été déduites.

Finalement, ces techniques révèlent aussi bien la logique de l’observé que celle de l’observateur. Ecrire un blog amène à s’interroger sur les idéologies qui gouvernent sa vie…