Changement paradoxal

Après guerre, la systémique disait que le changement est « paradoxal » : faites le contraire de ce que vous faites ! (Cela tient probablement à ce que que nous sommes pris dans un système, et que ce système est devenu un cercle vicieux.)

Trump est-il paradoxal ? Il avait un « ennemi de classe », le Bobo. Et il procède à un « nettoyage ethnique » : il élimine tout ce à quoi il était attaché : ses valeurs, ses combats, la transition climatique, mais aussi ce sur quoi il appuyait sa domination : la science, la justice, etc.

Seulement, faire le contraire n’est pas paradoxal. C’est appartenir au même système. Le paradoxe serait de sortir de l’idéologie pour en revenir à la raison, et à la véritable définition de la science, de la justice, des droits de l’homme et de bien d’autres sujets que nous avons oubliés.

Hypocrisie ?

« Alternative truth » ? La gauche américaine était (est) le parti du bien, le défenseur de l’opprimé.

Résultat de sa politique : jamais les riches n’ont été aussi riches. (A moins qu’ils n’aient été opprimés ? Après tout c’est une minorité, et les minorités sont toujours opprimées par les majorités, n’est-ce pas ?)

Paradoxe pour paradoxe : la politique de Trump leur sera-t-elle aussi favorable que celle de Biden ? Serait-ce ce qu’a pensé l’électeur ?

The very richest Americans are among the biggest winners from Biden’s time in office, despite his farewell address warning of an “oligarchy” and a “tech industrial complex” that threaten US democracy

Bloomberg (@bloomberg.com) 2025-01-16T13:58:49.151Z

Sens des mots

Un phénomène qui me frappe depuis longtemps est que lorsque l’on trouve un mot qui semble résoudre un problème, il est immédiatement mal compris. Mais il n’est pas compris n’importe comment : il est compris exactement à l’envers de sa signification.

Récemment, j’ai entendu parler de « taxonomie », dans le cadre du « green deal », ce mot qui signifie « classification » a été spontanément entendu comme une « taxe ».

Plus récemment, j’ai travaillé sur une question qui nous est propre et qui est au coeur de la contre-performance de l’économie française : la solitude du dirigeant. Eh bien, le dirigeant pense que, pour la rompre, il doit soit fraterniser avec ses employés, soit parler avec ses collègues, ce qui n’est pas possible (ce sont des concurrents). En fait, il faut, plutôt, qu’il constitue autour de lui un cercle de « pairs » auquel il puisse confier ses soucis, y compris, surtout ? personnels. Une solution à laquelle peu de gens pensent.

Enseignement ? L’expression de tout changement doit être travaillée de façon à s’assurer qu’elle conduit au bon comportement.

Mystérieux intellectuel

Fitzgerald disait qu’il avait vécu à l’âge du Jazz, j’ai l’impression que notre âge a été celui des intellectuels. Une des découvertes de ce blog aura été « l’intellectuel ». Eternel sujet d’interrogation, depuis.

En quoi je diffère de Michel Winock, qui estime, au contraire, que les intellectuels ont disparu. A moins qu’il n’ait raison ? L’élite intellectuelle issue de l’affaire Dreyfus a été remplacée par un phénomène de masse ? Nous prétendons tous être des autorités de l’esprit ? En tous cas, ceux qui se revendiquent le plus de ce qualificatif présentent pas mal de paradoxes.

Ils semblent aspirer à faire le bien universel, alors que, de plus en plus, ils sont universellement haïs. En s’érigeant en autorité morale, ils condamnent les peuples auxquels ils appartiennent, alors que ceux qu’ils prétendent défendre rejettent, à coups d’attentats le cas échéant, les valeurs qu’ils promeuvent !

Ce qu’on leur reproche surtout est leur « langue fourchue ». Ils prônent un idéal éthéré, alors qu’ils s’enrichissent au détriment de leurs semblables. Ou encore, me disait une personne qui appartient à une famille d’enseignants militants, ils se battent pour la mixité alors qu’ils font des pieds et des mains pour que leurs enfants n’aillent pas dans des écoles fréquentées par les immigrés… (Pas par haine des immigrés, mais parce que leur niveau scolaire est nul.)

Une émission que citait ce blog se demandait si, aux USA, ce n’était pas la crainte de la submersion du Blanc (moteur bien plus puissant que le prétendu « racisme » du col bleu) qui expliquait les croisades de « l’extrême gauche » privilégiée.

Et si c’était ce type de peur qui possédait tous les « intellectuels » de la terre ? Et si, M.Dostoievski, il suffisait de les rassurer sur leur sort pour ôter à nos « possédés » leurs idées révolutionnaires ?

Reine de la couleur

La Reine d’Angleterre et ses couleurs vives semblaient un rien ridicules. (Peut être très anglaises.)

Mais la Reine d’Angleterre ne paraît pas l’avoir été. 

Exercice à la Borges : que signifie que quelqu’un qui n’est pas ridicule paraisse ridicule ? 

Qu’elle voulait donner l’image de la gaieté, de l’optimisme, non de la vieillesse, ou même du sérieux ? 

Exercice du paradoxe, sur lequel est bâti ce blog. Nos premières impressions sont presque toujours fausses. Et dangereuses. 

Incohérence et raison

Pourquoi la gauche, qui avait été la promotrice de l’union libre s’est-elle mise à défendre le mariage (pour tous) ? ai-je demandé, un jour, à un homme de gauche. Il a été surpris. Pas de réponse.

En fait, disent Edgar Schein et quelques-autres, ces incohérences sont riches d’enseignements. Elles montrent que nous obéissons à des règles inconscientes. Les trouver permet de savoir comment « conduire le changement ». Et éviter les crises. 

Penser avec Montaigne et Miss Marple

C’est curieux comme l’humanité est incapable d’apprendre. Lorsqu’il parle d’éducation, Montaigne est étonnamment moderne. Il écrit qu’elle nous bourre le crâne. Mais, bon sang, pourquoi fait-elle tout pour nous empêcher de penser ? 

Mais qu’est-ce que penser ? Faire ce qu’il fait ? Regarder ce qui se passe autour de soi, et en soi, et se demander ce que l’on en pense, soi, avec ses petits moyens, et non ce qu’en dit la société. 

« Quand bien nous pourrions être savants du savoir d’autrui, au moins, sages ne pouvons-nous être que de notre propre sagesse. » 

Oui, mais comment devenir sage ? Quel chemin emprunter ? Miss Marple, après Montaigne ? Ce qui fait qu’elle résout toutes les énigmes, c’est qu’elle piste le paradoxe. Ce qui est anormal. Et elle lui cherche une logique. Paradoxe après paradoxe surgit la vérité. Au fond, c’est aussi ce que fait Montaigne. C’est un critique, au sens vertueux du terme.

« Mon métier et mon art, c’est vivre. »

Miss Marple

Au fond, Agatha Christie a anticipé les travaux modernes sur les biais humains. Elle aurait dû recevoir le prix Nobel d’économie. Les émissions de BBC4 extra, suite. Miss Marple

En effet, tout son travail consiste à jouer sur l’inertie intellectuelle du lecteur, sur ce qui l’amène à être victime des apparences, et à utiliser des « euristiques » pour passer, instantanément, de l’observation au jugement. 

Tout le talent de Miss Marple est celui du paradoxe. Elle ne croit pas les gens sur paroles. Car ils trichent avec eux-mêmes. Elle cherche la bizarrerie, révélatrice. Et c’est d’infime bizarrerie en infime bizarrerie qu’elle finit par reconstruire une toute autre réalité que la pièce de théâtre que joue la société. 

Le dialogue de Christophe Faurie

 Ma contribution aux techniques du « dialogue » :

  • Le paradoxe. Quand un fait nous surprend (paradoxe), identifier notre réaction spontanée, puis chercher une autre interprétation, en quelque sorte « opposée ». Finalement, examiner ces deux interprétations : que suggèrent-elles ? (Troisième interprétation.) Le paradoxe est le principe de ce blog.
  • Le feed-back. Face à une personne que l’on ne comprend pas : lui dire comment on interprète ce qui compte pour elle, ce que l’on a fait pour aller dans son sens, lui expliquer que cela a donné l’effet inverse de celui désiré, et lui demander d’indiquer l’erreur que l’on a commise. C’est une variante du paradoxe, pour personne qui n’arriverait pas à trouver une seconde interprétation. 

Monde d'idiots ?

Ma mère s’occupait du service du courrier d’une banque. Un jour, ce service reçoit des boîtes de soupe. Les collègues de ma mère s’esclaffent. Elle leur fait remarquer que la banque a une cantine, et que ce sont peut être des échantillons. C’était effectivement le cas. 

Qu’il est fréquent de trouver les autres idiots. Mais n’y a-t-il pas que l’idiot qui trouve l’autre idiot ? L’idiotie est peut-être tout simplement un raisonnement non abouti ? Paresseux ? 

Voilà ce que j’ai essayé d’enseigner un temps à mes idiots d’élèves…